Christopher McFall – the city of almost

Posted in chronique, experimental, musique avec des tags , , , , , , , , on décembre 16, 2009 by noreille

Christopher McFall est un musicien qui a publié des pièces sur la plupart de mes netlabels favoris : CON-V, Homophoni, Alg-a, And/OAR… Il a également publié il y a quelques années un cd intitulé Four Feels for Fire sur le label entr’acte, ce qui est encore une fois un gage de qualité. Avec une remarquable constance, il développe un travail à long terme, basé sur son environnement et, de plus en plus, sur ses sentiments par rapport à celui-ci. Christopher McFall est originaire de Kansas City. Il travaille à partir de field-recordings et de bandes magnétiques, qu’il traite informatiquement. La plupart de ses pièces se basent sur les ambiances particulières des régions industrielles du Kansas et du Missouri. Ces régions, dévastées par la crise et laissées à l’abandon, sont le prétexte à des compositions reflétant la ruine, la perte de sens, de finalité de cet environnement déchu, rendu à la poussière et à la chaleur. Entamées dans un mode relativement documentaire, ses prises de sons ont rapidement donné lieu à un traitement fort différent, qui ne restituerait plus simplement la réalité de ces friches industrielles, de ces bâtiments saccagés, ou en voie de rénovation, de ces zones longtemps délaissées et aujourd’hui en cours de gentrification. Si le commentaire est toujours présent dans le choix des lieux à enregistrer et à « illustrer », c’est de plus en plus un point de vue qui est exprimé, à la fois interprétation d’une situation socio-économique, et vision de plus en plus impressionniste de l’auteur. Le field-recording est ainsi, comme la photographie, un genre qui oscille continuellement entre une objectivité impossible et une vision artistique qui resterait résolument consciente des limitations du statut d’ « auteur » , qui tiendrait compte de la part du hasard, de la part de circonstances imprévisibles, de la part de données immanentes, qui rentrent dans le processus de création. La proportion de contribution personnelle de l’artiste est à mettre en balance avec la participation d’éléments purement arbitraires, de contingences, de conjonctures. Sans rejeter ce postulat, Christopher McFall intègre depuis quelques temps un plus grand apport subjectif dans ces compositions, les rehaussant de sa propre réponse émotionnelle à son « biotope », traduisant ambiance et atmosphère à travers un filtre à la fois biographique et affectif, cherchant à appliquer à son œuvre « de l’intention, de la cohérence, et de l’esthétique ». A l’opposé des positions strictement documentaires, prétendument objectives, de l’école de l’écologie sonore (de Murray Schafer à Hildegard Westerkamp), McFall colore ses enregistrements de ses propres sensations.  Il les retravaille pour n’en conserver que quelques éléments significatifs, les réorganise en tableaux nostalgiques, calquant sa palette sonore sur la détérioration qui l’entoure. Ainsi on trouve dans son nouvel album the city of almost sorti sur le label  sourdine des échos des rues , des bâtiments, des chantiers, des usines désaffectées de son Kansas city, des reflets du vent, de l’orage, de la pluie, mais aussi des réminiscences des habitants de la région, quelques voix, des choeurs fantômatiques, … Proche d’un William Basinski ou d’un Jim Haynes pour sa capacité à associer à l’usure, à la dégénération, à la déterioration, imitée dans sa musique par la dégradation systématique et volontaire des enregistrement, une signification métaphorique, sentimentale. Ses textures reproduisent la poussière, la rouille, la ruine…  mais aussi l’inquiétude, la nostalgie, l’émerveillement, la peur … Loin d’une simple carte postale sonore, le disque est avant tout une confrontation entre un paysage et l’âme et le cerveau du sujet qui l’habite.

Permafrost – Aernoudt Jacobs

Posted in chronique, experimental avec des tags , , , , , , , , on novembre 25, 2009 by noreille

Découverte hier de la très belle installation Permafrost, au Kaaitheater Studio, dans le cadre du Burning Ice festival, qui rassemble artistes, philosophes, politiciens et scientifiques pour “formuler les enjeux du changement climatique”. Permafrost est une structure sonore qui s’inspire du processus de gel de l’eau. Ce processus de cristallisation devient la source sonore, la matière qui déborde devient visible et tangible. Aernoudt Jacobs est artiste sonore. Il analyse le son en fonction de la matière et de la perception, et présente ses constatations dans des installations et des concerts. Permafrost est une structure double, une cuve remplie d’eau en train de geler, une autre en train de dégeler. Durant le processus des micros amplifient les craquements de l’eau en train de changer d’état, la glace qui se fissure et fond, l’eau en voie de solidification. A la fois sculpture et machinerie musicale, l’installation rend audible un processus lent qui se traduit tantôt en un léger cliquetis, tantôt en crépitement, et parfois en craquements plus impressionnants. Comme toute les bonnes installations sonores, Permafrost captive l’attention de manière très subtile et donne envie de suivre le processus complet de trois heures pour assister à la progression entière, avec ses variations et ses transitions.

Photo par Fabonthemoon

12 : 08 A L’Est de Bucarest

Posted in chronique, cinema avec des tags , , , , , , on novembre 24, 2009 by noreille

L’Histoire est écrite par les vainqueurs, et chaque révolution amène une relecture du passé, une nouvelle version officielle des faits. Passent alors au pilon les mythes et légendes qui l’ont précédé, les héros anciens sont remplacés par des héros flambant neufs, les statues sont déboulonnées, et rapidement remplacées par d’autres. Chacun de son coté corrige sa propre biographie, censure ses erreurs, repeint aux couleurs du jour sa devanture, se découvre rétrospectivement militant, révolutionnaire. Chacun antidate son engagement, et s’invente des prises de conscience, des faits d’armes. Dès l’annonce d’une révolution, il est capital de se trouver dans le peloton de tête ; le résistant de la dernière heure n’a que peu de temps pour se joindre au combat, il doit se saisir au plus vite d’une arme, d’un prisonnier, d’un drapeau. Le temps passe et la mémoire se délite, s’embrume. Aux mensonges et aux illusions vient s’ajouter l’oubli. Le flou du souvenir vient confirmer les tromperies des uns, les alibis des autres, et semer le doute sur la réalité des événements. La bonne conscience de tous est indispensable à la normalisation. Il est de toute importance que la population entière se place du coté gagnant. Au prix qu’il faut. Dans la nouvelle version de l’histoire, la France entière a pris la Bastille, aucun Allemand n’a voté pour Hitler, et toute la Roumanie s’est soulevée d’un même élan pour chasser le couple Ceauscescu.

C’est ce que veut vérifier Jderescu, propriétaire/présentateur/réalisateur d’une station de télévision locale, dans une petite ville à quelques kilomètres de Bucarest. Est-ce que la révolution a bien eu lieu chez eux ? Est-ce que la ville a elle aussi participé à l ‘écriture de l’histoire ? Loin du centre de l’action, loin des caméras, lorsque les témoins perdent la mémoire, lorsqu’ils y mêlent leurs excuses, leurs rancœurs, comment encore raconter son passé? Qui était réellement là, en première ligne? Qui s’en souvient encore ? Qui s’en souvient vraiment? Et les héros de l’histoire eux-même commencent à douter. Ils savent la mesure, petite ou grande, de leur propre implication. Ils connaissent leur propre faiblesse, leur propre force, ils savent la peur qu’ils ont surmontée ou pas, mais n’ont que leur parole pour alléguer de leur éventuel courage, de leur bravoure inattendue. Les vainqueurs et ceux qui se rallient à eux n’ont que faire de ce courage, il ne fait que révéler leur propre absence, leur propre lâcheté. Dans la nouvelle version de l’histoire, les vrais acteurs sont des témoins gênants, face au souvenir commun. Ils sont les seuls à pouvoir révéler qui était ou non sur les barricades, qui a pris les armes, et qui a hésité jusqu’au bout, et a attendu l’issue du combat pour choisir son camp. Comme l”a fait de tout temps la majeure partie de la population. La majorité est en effet doté d’une seule force, celle de son inertie. La révolution est un mythe aux places limitées, mais après les faits, il est indispensable que chacun se l’approprie. Et sacrifie ces témoins sur l’autel de la bonne conscience collective.

Eliane Radigue – vice versa, etc

Posted in chronique, experimental, musique avec des tags , , , , , , on novembre 10, 2009 by noreille

Reçu cette semaine dans ma boite aux lettres ce magnifique album d’Eliane Radigue. Il fait partie d’une réédition par le label Important de deux disques enregistrés dans les années septante par la compositrice: triptych qui date de 1978 et celui-ci, vice versa, etc, conçu à l’origine comme une installation sonore. La pièce de base est construite autour d’une boucle de feedback, qu’on croirait réalisée à partir du synthétiseur qu’Eliane Radigue venait alors d’acquérir – et qui ne la quittera plus jusqu’à nos jours: le ARP 2500 – et qui est en fait un simple larsen généré en  studio. Mais c’est surtout le mode de diffusion de la pièce qui allait être décisif. Ce morceau se présente physiquement comme une bande magnétique stéréo qui peut ainsi être diffusée à plusieurs vitesses, passant du plus rapide et donc plus court: 2′42″, où les sonorités du feedback prennent une teinte légérement crystalline, à la version la plus longue, ralentie pour obtenir une durée de 13’41” et produisant un battement de fréquences basses, très physique, qui deviendra caractéristique des futurs travaux de la compositrice. Le dispositif permet bien évidement tous les intervalles, toutes les gradations entre ces deux extrêmes, mais aussi d’autres modulations comme un jeu sur la stéréo, un choix entre les pistes de gauche ou de droite (ou les deux) et surtout la possibilité de jouer cette pièce à l’endroit comme à l’envers. C’est pourquoi le “disque” sortit à cette époque dans le même format que la version réalisée pour l’installation, c’est à dire une bande magnétique. Tiré à dix exemplaires, accompagné d’une note manuscrite, l’objet était bien évidement rapidement devenu introuvable, et culte. Le voici réédité en un double CD, présentant la pièce jouée à quatre vitesses différentes, à l’endroit sur le premier disque, et à l’envers sur le second. Le disque est accompagné cette fois d’un texte de Manu Holterbach, qui rédige actuellement une biographie d’Eliane Radigue. Il est édité sur deux cds afin de permettre à l’acheteur disposant de deux lecteurs de mixer les deux disques aléatoirement.

J’attends impatiemment mon exemplaire de la réédition de Tryptich, peut-être dans le courrier suivant?

Claude Levi-Strauss 1908-2009

Posted in portrait avec des tags , , , , , , , on novembre 4, 2009 by noreille

Claude Levi-Strauss aime s’expliquer, et aime qu’on le comprenne bien. Au fil des différentes interviews qui composent le DVD, il aime à se raconter, à situer son œuvre autour de lui-même. Pas par narcissisme, ou par égocentrisme, mais parce que son travail d’ethnologue est étroitement lié à cette rencontre entre lui, CLS, et le monde qui l’entoure. Quoique scientifique attaché à l’objectivité de son art, de sa science, il est profondément, intimement conscient de la distance qui sépare l’objet de son étude, la vie des « autres », de sa vie propre, de sa culture, son vécu, sa personnalité. Interrogé par deux journalistes aux approches différentes, il évoque son passé, ses origines. « J’ai toujours rêvé d’être chef d’orchestre » dit-il à l’un ; « j’ai toujours rêvé d’être peintre » dit-il à l’autre. Les deux versions sont également vraies, également sincères, mais donnent un éclairage différent à sa carrière. Elles ont toutefois un point commun : Claude Lévi-Strauss aurait voulu être un artiste, et comme tel, s’accorde une place centrale dans son œuvre. Ses travaux, études scientifiques, recherches ethnologiques, sur les populations les plus isolées, les plus reculées de l’Amazonie, commencent tous de la même manière : par sa rencontre avec elles. Mais à travers cette rencontre, néanmoins, ce qui transparaît est moins la complaisance d’un narcissique qu’une constatation honnête et complète, à travers un récit fidèle, sans fard, de la différence profonde entre « lui » – c’est à dire un peu « nous » – et « eux », les autres. Sa vie durant, Claude Lévi-Strauss est parti en expédition, à la recherche de cet autre.. Il l’a voulu consciemment « sauvage », hors-culture, loin de sa vie et de sa pensée d’occidental. Son insistance su ses sentiments à lui, sur ses réflexions à lui, sont là principalement pour nous faire comprendre cette différence, cette distance, cet inévitable obstacle qui grève toute entreprise de contact, toute exploration. Quel que soit le soin qu’il y apporte, il est impossible à un chercheur en science humaine de se ce défaire de ce qui fait sa propre humanité, sa personnalité propre et sa culture d’origine.

 

 

The world is shaking. Cubanismo from the congo, 1954-55– (honest jon’s)

Posted in musique, musique traditionnelle, pop, pop culture avec des tags , , , , , , , , , on novembre 3, 2009 by noreille

Inutile de revenir une fois de plus sur l’excellence du label Honest Jon’s et le travail magnifique de réédition auquel il s’est attaqué depuis la redoutable opportunité qu’a représenté pour eux l’accès aux archives de 78tours du label EMI, qu’ils explorent aujourd’hui fiévreusement. Plongeons-nous plutôt dans le contenu de cette nouvelle anthologie, consacrée au répertoire congolais des années cinquante. Si la rumba congolaise a obtenu une place de choix dans le panorama des musiques du monde, à travers ses différents styles, ses multiples variations, depuis ses origines jusqu’à son imposition comme LE genre musical hégémonique de toute l’Afrique Centrale, peu de choses sont connues de ce passage historique du high-life qui l’a précédé au melting-pot d’influences qui constitue la rumba et le soukouss telle que nous la connaissons. Pour beaucoup de gens, la rumba du Congo belge et du Congo français ne démarre qu’à la fin des années cinquante, avec des formations légendaires comme l’OK-Jazz, le Tout Puissant Orchestre Kinshasa  de Franco, fondé en 1956 ou l’African Jazz du Grand Kalle dont le plus grand succès sera « independance cha cha cha » en 1960. Les artistes présents sur « The World is shaking » étaient actifs un an ou deux auparavant et illustrent les débuts trépidants de cette musique, qui faisait les belles heures des night-clubs de Brazzaville et de Léopoldville, avant de devenir un cri de ralliement pour les partisans de l’indépendance et de la décolonisation. Au milieu de cette décennie, les bars et les clubs des deux capitales attiraient une foule bigarrée de dandys (les fameux sapeurs, qui se rallieront plus tard à la Société des Ambianceurs et des Personnes élégantes), d’employés en goguette, de voleurs à la tire, et des rares blancs se mêlant à la population locale pour faire la fête dans les quartiers noirs. Cette fête permanente débordant de tous les bars de l’Avenue Prince Baudouin avait pour bande-son une nouvelle musique, créée au shaker à base de tout ce qui était alors importé en Afrique par la radio et les 78tours : le jazz de Louis Armstrong, les bluettes sentimentales de Tino Rossi, et surtout les rythmes latinos-américains de la musique afro-cubaine, le tout récent cha cha cha et la rumba. Retour aux sources des rythmes africains, ce sont ces musiques, une fois leurs textes espagnols échangés pour des textes en Lingala ou en Kikongo, qui vont alors définir la musique congolaise pour les cinquante ans à venir. C’est l’époque où les sanza et les likembe africains, les « pianos de brousse », seront supplantés par les guitares, et où les flûtes feront place aux saxophones. Tous ces instruments nouveaux pour le continent seront en quelques années domestiqués et maîtrisés pour être mis au service d’une frénésie d’expérimentation en tout sens, propulsant les entrelacs complexes de la musique traditionnelle vers les rythmes effrénés du soukouss, du kwassa kwassa, et plus tard, du ndombolo. En 1954 tout cela restait à inventer, mais ce que cette anthologie présente est plus qu’un début prometteur. C’est un témoignage tonitruant d’une musique fascinante, en pleine mutation, inventée au fur et à mesure qu‘elle se jouait, et interprétée avec une fougue, une flamme et une jubilation hautement communicatives, qui émeuvent encore, plus de cinquante ans plus tard.

Depuis que je recois des pourboires, j’ai appris la manière de m’occuper des gens riches

Posted in asie, chronique avec des tags , , , on octobre 15, 2009 by noreille

Sur le Yangzi“, un film de Yung Chan

“il faut savoir se servir de ses yeux…,
d’habitude je n’aide pas les vieux, même s’ils me le demandent,
j’envoie quelqu’un d’autre, ils sont trop pauvres. ils laissent seulement 2 yuans, qu’est-ce que je fais de 2 yuans…?!”

“I’m number one in my family,
je gagne plus que ma mère, je gagne plus que mon père…
Gagner encore plus, c’est mon rêve. Depuis que je reçois des pourboires, j’ai appris la manière de m’occuper des gens riches”

Sur le Yangzi, des croisières sont organisées, on les appelle les farewell tours, ce sont les croisières des adieux. De riches occidentaux viennent faire leurs adieux aux villes et aux campagnes millénaires des rives du fleuve avant qu’elles ne disparaissent sous les eaux du barrage des Trois Gorges.

En fait, ce ne seront sans doute pas les villes qui seront le plus touchées par la montée des eaux. Bien sûr il y aura quelques villes fantômes, comme Fengdu, englouties sous le lac, mais ce seront principalement des cabanes de paysans, des maisons d’artisans, des villages traditionnels, qui seront sacrifiées. Bien sûr, comme le dit un intervenant, on ne peut pas arrêter ce projet pour des gens ordinaires, des petites gens comme nous, mais rien n’a réellement été prévu pour les aider à s’en sortir après. Autant qu’un déplacement géographique, c’est un changement vie complet qui les attend, un relotissement dans des banlieues toutes neuves, un abandon de leurs occupations, de leurs traditions, un éparpillement des communautés, et dispersement des  familles.

En chemin les touristes visitent les bâtiments qui sont prévus pour les “relocalisés”, mais eux mêmes ont du mal à y croire, et leur interprète a du mal à cacher sa gène de les emmener dans cet équivalent chinois des villages de Potemkine, premier ministre de la tsarine Catherine II de Russie à qui il faisait jour après jour visiter des villages en carton-pâte, où des acteurs lui faisaient croire que le peuple russe était heureux et en bonne santé.

Film cruel pour ce qu’il montre du changement de mentalité à l’œuvre dans la Chine contemporaine, abandonnant les espoirs égalitaires (irréalisés sans doutes) du communisme maoïste pour foncer tête baissée dans le miroir aux alouettes du capitalisme, le tout sans pour autant se libérer de la corruption endémique qui mine le pays, le cynisme involontaire de certaines répliques ne fait que souligner le vide moral et idéologique dans lequel le virage capitaliste laisse la Chine. Plus qu’un discours passéiste ou écologique sur la situation des trois gorges, c’est un constat de ce changement qu’illustre ce film. La génération des enfants uniques, enfants trop gâtés selon un intervenant, est une nouvelle génération excessivement individualiste, antithèse de l’idéologie de solidarité populaire qui a façonné leurs parents.

Le grand silence – Sergio Corbucci

Posted in chronique, cinema avec des tags , , , , , , , on septembre 15, 2009 by noreille

Quelques images tirée d’Il Grande Silencio, western spaghetti de Sergio Corbucci, filmé en 1968 avec un casting surprenant. On y trouve dans les rôles principaux Klaus Kinski et Jean-Louis Trintignant, muet d’un bout  à l’autre du film. Le film se démarque du western traditionnel à bien des égards, et prend une série de libertés avec le genre, même au sein de la vision italienne du western, miroir adulte du style classique d’origine. Située dans les neiges de l’Utah, reproduites en studio à coup de mousse à raser et de brouillard artificiel, l’action prend un rythme cotonneux, uniquement rythmée par une succession de massacres.

Film polémique, aux sous-entendus politiques, il s’agit probablement du film le plus sombre, le plus noir du genre. Il n’est égalé dans sa brutalité et son pessimisme que par les plus glaçants des gialli italiens ou par l’ultraviolence japonaise, celle d’un Seijun Suzuki par exemple. Il joue avec tous les clichés du genre, les poussant jusqu’à leur point-limite, mais s’arrêtant juste au point où l’emphase pourrait devenir grandiloquence, et la solennité tourner au ridicule. Trintignant ne se tait pas par grandeur hautaine, comme la plupart des héros de western mais parce qu’il est vraiment muet. Kinski est un  grand villain, souriant et affable, la cruauté lui semble naturelle, dépourvue de méchanceté. D’ailleurs il a la loi pour lui, une loi qui dit: “la justice ne peut que constater les faits, le tout c’est de tirer le premier”

L’archétype du western est bien sûr le duel, la confrontation, et Corbucci prend l’idée au pied de le lettre, construisant tout son film comme une série de face à face, réels ou différés, et comme une succession d’échanges de regards. Chaque plan serré est l’illustration d’un regard: regard en coin, observation furtive, regards fuyants ou défiants, regards de haine, de mépris, d’amour, de peur; l’essentiel de l’intrigue passe par les yeux, un coup d’oeil entraîne une vision, la vue d’un homme entraîne une réaction, on se jauge, se fusille du regard, s’observe, se reconnait puis s’entretue.