Haackula

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , , , , le juillet 17, 2008 par noreille

Un album à part dans la discographie d’un musicien à part, Haackula est un disque étrange pour plusieurs raisons. Comme Raymond Scott avec qui il a un temps travaillé, Bruce Haack, l’auteur, est généralement reconnu pour ses musiques pour enfants, et ses recherches expérimentales sur les instruments électroniques. Il possède toutefois également une autre carrière, de musicien pour adulte cette fois, qui nous a déjà donné ” Electric Lucifer ” et ” Electric Lucifer II”. Il y développait une face plus psychédélique, plus engagée aussi (le concept de l’album ” Electric Lucifer ” tourne autour d’une utopie pacifiste, en opposition avec la guerre du Vietnam), et quelquefois légèrement plus inquiétante. L’électronique primitive, la nouveauté des effets synthétiques et des voix robotiques, associée aux thématiques futuristes de Haack font de ces deux disques des petites merveilles de bizarrerie, en plus d’en faire des précurseurs à la fois de l’électro, de la techno (le film qui lui sera consacré en 2004 s’intitulera Haack: The King of Techno) ou de franc-tireurs comme les Residents. Immédiatement rentré dès sa redécouverte dans le panthéon des pionniers légendaires de la musique électronique aux côtés de Robert Moog, de Raymond Scott ou du BBC Radiophonic Workshop, Bruce Haack possède une discographie impressionnante qui est aujourd’hui réédité au compte-gouttes. C’est enfin le cas de ce ” Haackula “, enregistré en 1978, et jamais encore publié. Les bandes furent en leur temps refusées par le label qui devait les publier, qui fit machine arrière devant le contenu jugé ” offensant ” des textes. Ecrit dans un style sombre et hargneux sans aucun rapport avec le ton plutôt idéaliste de ses oeuvres précédentes, ” Haackula ” fut mis au frigo pendant trente ans (une partie des plages referont surface en 1981 sur l’album ” Bite “). Bruce Haack règle ici ses comptes avec la société, l’Amérique, les gens qui n’aiment pas sa musique, le ton est cynique, dénonciateur, et le langage plutôt vert pour l’époque. Formant un contraste intéressant avec ces textes, la musique, elle, est pop, sautillante, tirant le meilleur parti des sons bizarroïdes sortis des instruments biscornus créés par Haack. On trouve sur Youtube quelques extraits du film Haack: The King of Techno, réalisé en 2004 par Philip Anagnos.

3/4 HadBeenEliminated - theology

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , , le juillet 9, 2008 par noreille

3/4 HadBeenEliminated est genre de supergroupe, composé de Stefano Pilia, de Claudio Rocchetti, Toni Arrabito et de Valerio Tricoli, quatre musiciens parmi les plus excitants d’une scène musicale qui a livré quelques uns des plus beaux albums de l’année dernière : “A Year of the Aural Gauge Operation” chez Hapna, « Healing Memories And Other Scattering Times » de Stefano Pilia en solo chez Last Visible Dog, les deux albums des Autistic daughters, etc… On peut les voir indifféremment comme situés au carrefour de plusieurs genres, établissant des ponts entre des styles musicaux différents, ou simplement comme n’appartenant à aucune chapelle. Si fusion il y a, c’est plutôt surtout dans leur manière de travailler : ils relient en effet deux méthodes de travail apparemment antithétiques : l’improvisation collective et le montage en studio. Partant de sessions d’enregistrements où ils se « laissent aller », accumulant les prises, les pistes, ils redécoupent ensuite le résultat pour lui donner non pas plus de cohérence, mais au contraire plus de complexité encore. Si la première étape est détachée de tout calcul ou de toute réflexion consciente, la seconde est l’application systématique de processus réfléchis, mûrement discutés, où sont sélectionnés les moments les plus réussis de l’improvisation, ceux où l’indicible miracle advient, ceux où « quelque chose se passe », où pour le dire bêtement, la sauce prend, pour ensuite imposer au flux une nouvelle organisation, le remodelant pour lui donner une nouvelle direction, vers plus de surprises encore, plus de suspense. Ils publient ici chez Soleilmoon deux albums parallèles qui offrent un regard privilégié sur les coulisses de leur musique. “The Religious Experience” est un album sorti en vinyle exclusivement et est limité à 225 copies. Il est accompagné par “Theology”, un CD cette fois, qui contient les enregistrements originaux ayant donné naissance à l’album, et est lui limité à 450 copies. Les deux albums sont à la fois complémentaires et opposés, et tout à fait indépendants. Ils sont également extraordinairement beaux.


(pour la petite histoire, les pochettes du vinyle comme du cd sont réalisées à la main, et sont toutes différentes.)

voir également: le site du groupe et son myspace (avec 2 morceaux à écouter)

La Tour du Soleil

Publié dans experimental avec des tags, , , , , , , , , le juillet 1, 2008 par noreille

Dans l’excellente série “Obscure Tape Music From Japan “, parue sur le label japonais Omega Point, un volume, le cinquième, est consacré au compositeur Toshi Ichiyanagi. Intitulé «Music for Tinguely”, le Cd comporte en fait trois pieces. La première est en effet un hommage au sculpteur Jean Tinguely, et est basée sur le son des pièces que celui-ci présenta à la gallerie Minami, à Tokyo, en 1963.

tower of the sun

La deuxième, intitulée ”appearance” a été composée à New-york en 1967, et a la particularité d’être interprétée entre autres musiciens par John Cage, aux manipulations électroniques et David Tudor au bandoneon (les autres participants étant un trompettiste et un violoniste). La troisième pièce, intitulée «music for living space» est probablement la plus étonnante. Sa genèse est liée à l’exposition universelle qui s’est tenue à Osaka en 1970. Cette exposition a été l’occasion pour beaucoup d’artistes d’avant-garde de se voir commanditer des œuvres, et d’ainsi toucher un public (très) nombreux, et non-averti. L’état japonais, et les entreprises privées japonaises, ont énormément investi dans l’évènement, qui était un bon prétexte pour célébrer la modernité de la technologie et de l’industrie du pays. Une des attractions principales de l’expo était la « tour du soleil »( 太陽の塔, Taiyō-no tō). Construite par le scuplteur Okamoto Taro. Monument impressionnant avec ses soixante mètres de haut et ses allures de totem amérindien, la tour se dresse toujours au centre de l’ancien site de l’exposition et est aujourd’hui encore une des fiertés de la ville d’Osaka. Divisée en trois parties, représentant respectivement le passé ( le dos de la statue ), le présent ( au « rez-de chaussée» ) et l’avenir ( à l’étage ), la tour comportait également deux installations sonores. La section « présent » fut confiée à Toshiro Mayuzumi et la section “futur” à Ishiyanagi. Celui-ci y présenta la pièce reprise sur ce disque, une pièce dont l’axe central est une expérience de synthèse vocale et de simulation du langage.

Partant des écrits de l’architecte Kishyo Kurokawa, exposant ses théories architecturales, Ishiyanagi a patiemment élaboré une voix artificielle, produite par ordinateur (un ordinateur de 1970, ce qui veut dire que cela lui a pris plus que les cinq minutes que cela demanderait de nos jours) qui énonçe le texte de manière, disons … futuriste. La sonorité de la voix robotique, la mise en scène qu’y ajoute Ichiyanagi dans sa composition, associée à l’aspect impressionnant de la Tour, font de cette pièce un artefact sonore inclassable et déroutant.

La tour du soleil continue à fasciner, et s’est vue confier un rôle central dans l’excellent manga « 20th century boys » de Naoki Urasawa. Aujourd’hui située dans un magnifique parc, entre un lac artificiel (rempli de canard-pédalos, fort populaires au Japon) et un jardin japonais traditionnel, elle reste un but de promenade de weekend fort couru à Osaka.

hamaYôko - Ygun –n9– CD (E52)

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , , , , , le juin 25, 2008 par noreille

Yôko Higashi est japonaise, musicienne et danseuse. Elle collabore en qualité de vocaliste et de musicienne avec des gens comme Florent Dichampt, Lionel Marchetti, John Hegre ou la violoniste Agathe Max. Elle travaille avec d’autres musiciens en tant que danseuse et chorégraphe, notamment avec Lionel Marchetti. hamaYôko est son nouveau projet musical qu’elle défini comme electro-pop-influencé-par-la-musique-concrète. « Ygun –n9 » est le deuxième album de ce projet, toujours sur l’excellent label entr’acte records, et il poursuit la collaboration avec Lionel Marchetti, qui co-masterise le CD, et avec qui elle travaille sur un nouvel album de musique concrète « Okura 73°N–42°E », ainsi que sur un nouveau hamaYôko.

« Ygun –n9 » est une grande ratatouille de styles et d’influences ; Yôko Higashi y accumule ses différentes formations: chant classique, piano, théâtre Nô, danse Butô, Commedia del arte et même Aïkido pour la pochette…Les plages, scénarios miniatures, mises en scène de théâtre pour l’oreille, passent de pièces électro-acoustiques à des chansons minimalistes, et de fouillis bruitistes à des épures électroniques. Si cette profusion de genres et de climats, non seulement différents, mais souvent opposés, peut sembler exténuante à première écoute, une insistance et une réécoute permet d’isoler les composantes et de découvrir les trésors enfouis dans cette construction touffue, dense, chanson un instant et chaos l’autre. L’aspect visuel, scénique, manque certes pour profiter pleinement de ces compositions théâtrales, dans lesquelles on sent que la production physique, l’implication du corps dans la musique, a autant d’importance que la conception intellectuelle, cérébrale, qui va généralement de pair avec la musique électro-acoustique (à moins qu’elle ne lui soit attribuée à tord.)

Loin d’être une entreprise de séduction, comme le ferait ( excessivement bien, ceci dit ) quelqu’un comme Tujiko Noriko, Yôko Higashi met en avant les aspect les plus abrasifs, les plus extrêmes, les plus acides, les plus malplaisants de ses capacités vocales. Comme dans la danse Butô dont elle est une disciple, c’est par la grimace, l’exagération et la torsion, l’approche à rebrousse-poil, qu’elle s’exprime, et comme dans le Butô, c’est au milieu du chaos et de la destruction que brillent des éclairs de beauté, étranges et quelque peu vénéneux.

Klute

Publié dans cinema, complot, paranoia avec des tags, , , , , , , le juin 20, 2008 par noreille

Dans son livre “La totalité comme complot” (voir les épisodes précédents ici et ici), Fredric Jameson fait du film “Klute” un des trois volets de ce qu’il appelle la “trilogie de la paranoïa” du cinéaste Alan J.Pakula. Une trilogie dont les autres épisodes seraient “A cause d’un Assassinat” en 1974 et “Les Hommes du Président” en 1976. Ces trois films pourtant si différents constituent selon Jameson trois facettes d’une même intrigue. Trilogie de la paranoïa et non du complot, car le film est en effet l’exception dans une longue série de films politiques. Tous les autres ont à voir avec ce que Jameson appelle la thématique politique en tant que “sujet spécifique, associé à Washington ou aux élections”. Un genre dans lequel se rangent également des films comme “Tempète à Washington” d’Otto Preminger, “Point Limite ” de Sydney Lumet, “Bob Roberts” de Tim Robbins, ou même “Dead Zone” de Cronenberg. “Klute” est en comparaison un film “purement” policier, un film noir, basé sur l’histoire d’amour inattendue entre une call-girl de Manhattan, Bree Daniels(Jane Fonda) et un policier de la campagne, John Klute (Donald Sutherland). Parti à la recherche d’un ami disparu, Klute suit la piste de celui-ci jusqu’à la prostituée, dernier contact connu de cet ami.

L’intrigue tourne tout doucement au thriller, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qu’il ne fait plus aucun doute que Daniels est l’objet d’une surveillance particulière, double de celle établie jusque là par Klute. La traque se resserre et se précise pour culminer dans une scène terrifiante, que je ne puis évidemment vous raconter… Il y a complot, c’est indéniable, et tous les ingrédients traditionnels du film de ce type, les écoutes, les filatures, les micros cachés, l’intrigue, le mystère, la trahison et le double-jeu, sont en place. Mais le fond de l’histoire ici, est bien plus “simplement” une affaire “civile”, une intrigue policière qu’une conspiration politique. Contrairement aux deux autres volets de la trilogie, ce qui sera révélé au final sera bien trivial, comparé aux conspirations sans visage d’”A cause d’un assassinat” et à la Haute Trahison du Watergate dévoilée par “Les hommes du Président”. Quoique tout aussi dangereux et potentiellement fatal, ce qui se passe ici, bien que relevant du complot est du ressort du domaine privé. La raison pour laquelle Fredric Jameson considère ce film comme faisant partie d’une trilogie le reliant au deux autres, est à trouver en partie dans la disproportion entre les deux milieux, celui de la call-girl Jane Fonda, new-yorkaise, et son demi-monde, et celui du policier de Pennsylvanie, Donald Sutherland, inflexible, à la limite du rigide, (qui se révèle au final, le vrai sentimental du lot). Plus d’infos »

Un après-midi de chien

Publié dans cinema, complot, paranoia avec des tags, , , , , , , , le juin 13, 2008 par noreille

“Le braquage ne devait durer que dix minutes. Huit heures plus tard, tout le pays est rivé devant sa télé. Et tous les faits sont véridiques.” C’est ainsi que W*** B***, éditeur du DVD résume “Dog Day Afternoon”, en français “Un Après-midi de Chien”, un film de Sydney Lumet.

Un peu en marge de notre thématique “cinéma du complot”, quoique … Le film est une des petites merveilles produites par le cinéma (presque-)indépendant américain des années septante. Attention aux spoilers… droit devant…

Tourné en 1975, ce film n’est pas un film de braquage classique. Contrairement à la plupart des Heist films, on n’assiste pas à la traditionnelle préparation du coup, de la formation de la bande, la recherche des complices idéaux, à la surveillance des lieux, au minutage des rondes, etc… Dès le début du film, on sait que tout va foirer. Le film s’ouvre, après un préambule sur la vague de chaleur sur New York cet été-là, qui donne son titre au film, sur l’arrivée de la bande sur les lieux du crime, une petite succursale de banque, en train de terminer sa journée. Le dernier client (une cliente) sorti, la banque peut fermer, mais les braqueurs qui faisaient la file après elle, ont un pied dans la place et vont pouvoir forcer le personnel à vider les coffres. Excellent script, porté par de non moins excellents acteurs, le film joue moins sur un suspense un peu léger (vont-ils s’en sortir?, oui ou non?) que sur des situations et retournements de situations inattendus, où le casting produit des merveilles, provoquant des étincelles dans les dialogues et des feux d’artifices dans les scènes de bravoure dont est truffé le film. Al Pacino y est sonny, un improbable gangster sentimental, braqueur par amour, écrasé par ses responsabilités; John Cazale, Sal, son complice, timide et taciturne, suicidaire qui n’a jamais pris l’avion.

Cinq minutes après le début du film, le gang se retrouve seul, largué par leur troisième homme, le chauffeur, qui ne résiste pas au trac. Quelques secondes plus tard, le téléphone sonne. C’est la Police, elle est devant la banque, dans l’échope du barbier, le magasin d’en face. Vous êtes cernés, ne faites pas les cons. Le film passe alors très vite dans le registre de la farce tragique. Comme dans une tragédie classique, le sort est déjà jeté et l’intrigue ne sera plus de savoir comment cela finira. En quelques minutes, un choeur (au sens grec du terme, de chorale narrative) s’est rassemblé autour de la banque, badauds, curieux, passants, qui vont prendre parti alternativement pour les uns ou les autres, les bons ou les méchants, les voleurs ou les forces de l’ordre. Sonny va se découvrir une vocation d’entertainer, de communicateur, entraînant la foule à sa suite, à travers ses démêlés avec sa famille ( sa mère, amenée là par la Police pour le raisonner), son amant et ses prises de positions bidon (Dans une scène mémorable, il se ralliera la foule en mentionnant la prison d’Attica, symbole de la brutalité policière américaine, depuis la révolte qui y avait eu lieu en 1971).

Son interlocuteur, le sgt Eugene Moretti, interpreté par l’impeccable Charles Durning, lui donnera la réplique, du ton blasé du vieux flic qui se voit obligé d’expliquer les règles du jeu au truand débutant, amateur et maladroit. Il sait, lui, que des vies sont en jeu, que la prise d’otage finira dans le sang, et que la seule question à régler est de savoir qui versera ce sang, otages, gangsters, policiers ou badauds.

Kamehameha!

Publié dans musique traditionnelle avec des tags, , , , le juin 11, 2008 par noreille

Mercredi 11 juin, c’est aujourd’hui Kamehameha Day à Hawaii.

Cette fête nationale honore la mémoire de Kamehameha le Grand, premier roi d’Hawaii qui unifia les différentes iles hawaiiennes, Niʻihau, Kauaʻi, Oʻahu, Molokaʻi, Lānaʻi, Kahoʻolawe, Maui et Hawaiʻi, en un seul royaume. Il fut nommé le Napoléon du Pacifique pour ses talents de stratège et de diplomate.

On raconte que lorsque Kekuiapoiwa, sa mère, était enceinte, elle fut prise d’une fringale pour les yeux d’un chef, mais qu’à la place, on lui donna des yeux de requins à manger. Les prêtres prédirent alors que cette fringale signifiait que l’enfant serait un rebelle, tueur de chefs. Alapainui, qui régnait à cette époque sur Hawaii, projeta de faire tuer l’enfant. Sa mère parvint à le cacher chez Naeole, un autre chef, qui le protégea et le cacha dans le village d’Awini. Lorsque l’enfant eu cinq ans, il fut enfin accepté par Alapainui, qui avait fait une croix sur cette prophétie.

On raconte que l’enfant ne riait jamais, et ainsi on le nomma Kamehameha (le solitaire). Il passa son enfance à se familiariser avec la complexité du système des tabous qui régissait la société hawaiienne. On ne pouvait construire un canoe, ou cultiver un champs, sans que ne soit organisé les cérémonies rituelles. Il était interdit, sous peine de mort, aux hommes et aux femmes de manger ensemble, et aux gens du peuple de laisser leur ombre tomber sur un chef.

Après avoir défait quelques uns de ses oncles, cousins et autres chefs (et mangé quelques uns d’entre eux comme le voulait la coutume), il se lança dans une campagne de réformes qui transformèrent Hawaii en Royaume moderne selon les standards de l’époque. Il rédigea la première constitution d’Hawaii, et un code civil, qui interdisait notamment le massacre des non-combattants, lors des conflits, et abolissait les sacrifices humains, sauvant des milliers de vies dans les deux cas. Il fut toutefois l’un des derniers défenseurs de la vieille Religion Hawaiienne et de ses traditions, et s’il établit de nombreux contacts avec les chrétiens (français, anglais, américains…) , il semble qu’il n’ait jamais pu prendre leur religion au sérieux.

A sa mort, en mai 1819, son corps fut caché par sa femme Keopuolani et son fidèle ami Hoapili. Il n’a jamais été retrouvé.

Si Hawaii est entre temps devenu une colonie américaine (déguisé en “état de l’union”) et s’est fortement assagi, on peut encore trouver un écho de ces temps rudes et héroïques dans la poésie épique hawaiienne. JVC a ainsi publié il y a quelques années un CD survolant le répertoire lyrique et les chants de guerre hawaiien. Interprété par Kumu Hula John Keola Lake et l’ensemble Na Wa’a Lalani Kahuna, il offre une vision fort différente de la carte postale traditionnelle. Intitulé “Hawaiian Chant - The Lyrical Poetry Of Hawaii”, le disque passe de poèmes épiques en chants de guerre, en passant par des lamentations, en hommage à Kamehameha entre autres.

Il est possible d’en écouter des extraits sur le site de Virgin, qui réédite le disque. (appréciez au passage le changement de pochette, et le retour des vahinés comparativement anorexiques)

When good things happen to bad pianos

Publié dans chronique, pop, pop culture avec des tags, , , , le juin 10, 2008 par noreille

Little Annie and Paul Wallfisch - When good things happen to bad pianos

Little Annie est un drôle de personnage, qu’on voit apparaître de ci de là depuis près de 25 ans. Sous ce nom ou sous le nom d’Annie Anxiety Bandez, elle a contribué des vocaux étranges, surréalistes à des groupes aussi divers que Coil, Wolfgang Press, Crass, Paul Oakenfold, Kid Congo Powers, Current 93, Nurse With Wound ou Bim Sherman…, pour n’en citer que quelques-uns. Sa présence particulière, sa voix rauque et le découpage bizarre, au bégaiement inquiétant, qu’elle fait subir à ses textes, métamorphosant la moindre liste de banalités ( comme sur le morceau « Forty Six Things I Did Today » de COH) en complainte à l’humour noir grinçant, ont fait d’elle l’invité de choix de nombreux projets. Sa faiblesse pour le pince-sans-rire, la litote, l’understatement, lui font mériter la comparaison avec une Brigitte Fontaine, dont elle partage les personnages, les masques. On peut trouver de traces de la folie légère de Fontaine période “Cet enfant que je t’avais fait” (”vous êtes tout à fait charmant/ Je crois que je n’ai plus la grippe/ voulez vous monter un instant“) dans des chansons comme “Things happen” de Coil/Little Annie (”I think the colour pink suits my complexion/do you like chilies in Ohio,”) et la même tendance au nonsequitur et au badinage.

Depuis ses premières apparitions sur scène avec son groupe Annie and the Asexuals, en passant par une arrivée en Europe démarrant par un 45-tours de Crass (« Barbed Wire Halo » en 1981) ou plus tard le magnifique maxi « I Think Of You » (sorti chez On-U Sound en 1992), on n’avait jusqu’ici eu droit qu’à des apparitions sporadiques, et un album de loin en loin. L’année passée, sortait le splendide album « Songs From The Coalmine Canary » produit par Antony Hegarty, où elle redonnait tout son sens au concept de « torch song ». Elle recréait sans le maniérisme et les clichés habituels de ce genre d’entreprise, une atmosphère de cabaret, célébrant l’alcool (« absynth-eism ») et la mélancolie.

Elle revient ici avec un disque de reprises, sur lequel elle est accompagnée par le pianiste Paul Wallfisch, complice déjà présent sur le précédent album. Commençant en force avec une magnifique version de « It Was A Very Good Year », chanson composée par Ervin Drake en 1961 et rendue célèbre par l’interprétation de Frank Sinatra, elle se promène avec nonchalance dans un répertoire éclectique allant de Charles Aznavour ( « Yesterday When I Was Young ») ou Jacques Brel (« If You Go Away ») à Tina Turner ( « Private Dancer »’, s’appropriant au passage chaque morceau. Et si en effet l’idée d’un album où U2 (« I Still Havent’t Found What I’m Looking For ») côtoierait Barbara Streisand (”The Summer Knows”) a de prime abord quelque chose d’effrayant, c’est sans compter sur le talent que possède Little Annie de confisquer les chansons et de les détourner vers son univers personnel. Prenant le risque d’attaquer de front un répertoire connu, quelquefois même trop connu, elle démontre qu’elle est capable d’y ajouter une dose de caractère et de personnalité qui en fait oublier la version originale, qu’il s’agisse d’un standard ou d’un tube radiophonique. Et si la plupart des textes sont interprétés intouchés, tel qu’en l’état, on a dans bien des cas l’impression de les comprendre pour la première fois.