Archive pour little annie

Larsen – La fever Lit

Posted in chronique, musique with tags , , , on janvier 20, 2009 by noreille

Une double raison de se réjouir: Larsen sort son huitième album, il s’intitule « La Fever Lit ». Vous avez pu sans doute découvrir ce groupe italien, actif depuis plus de treize ans, grâce à ses collaborations avec Xiu Xiu, qui ont donné les excellents albums Ciautistico! et Spicchiology?, ainsi que pour ses spectacles inspirés des œuvres graphiques et surtout typographique de l’artiste tchèque Karel Teige. Un album reprenant une partie de ce spectacle, et comprenant les participations de quelques personnalités invitées comme David Tibet, Baby Dee, Julia Kent ou Johann Johannsson, était sorti en 2007 sous le titre Abeceda, Larsen and friends.

La deuxième raison de se réjouir est que ce nouvel album est rehaussé de la présence d’Annie Anxiety Badnez, aka Little Annie. Personnalité fascinante et décalée, cette diva du cabaret électronique avait déjà été responsable d’un des plus beaux albums de l’année  » When good things happen to bad pianos« , en collaboration avec Paul Wallfisch. Même si elle n’apparait que sur quelques plages, elle parvient à impressionner l’album entier de sa voix et de son panache. Non qu’elle tire la couverture à elle, au contraire, et il ne faut pas pour autant négliger le reste du disque. « La fever Lit » est probablement un des albums les plus aboutis du groupe, et il concentre tout ce qui a déjà été esquissé jusqu’ici, une production impeccable, une construction en crescendo imparable, une même aisance dans l’expérimentation que dans la chanson ou dans le drone climatique. Une grande partie de l’album a été composé pour un site spécifique : le Mole Antonelliano de Turin, un musée à l’architecture futuriste. C’est dans le dôme de ce bâtiment, dans l’immense cage d’escalier hélicoïdale, qu’ils ont trouvé la réverbération naturelle dans laquelle baigne tout l’album. Elle donne à ce disque une couleur qu’aucun effet électronique n’aurait pu obtenir, et approfondit encore son caractère flottant et mélancolique.

ci-dessous: une vidéo filmée en 2007 durant la tournée Abeceda. Le concert avait lieu à Kortrijk, durant le festival Happy New Ears, avec le line-up complet de Larsen and friends (ici David Tibet au chant).

d’autres vidéos de Larsen et d’autres groupes de l’écurie ImportantRecords sont disponibles sur la page youtube du label.

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When good things happen to bad pianos

Posted in chronique, pop, pop culture with tags , , , , on juin 10, 2008 by noreille

Little Annie and Paul Wallfisch – When good things happen to bad pianos

Little Annie est un drôle de personnage, qu’on voit apparaître de ci de là depuis près de 25 ans. Sous ce nom ou sous le nom d’Annie Anxiety Bandez, elle a contribué des vocaux étranges, surréalistes à des groupes aussi divers que Coil, Wolfgang Press, Crass, Paul Oakenfold, Kid Congo Powers, Current 93, Nurse With Wound ou Bim Sherman…, pour n’en citer que quelques-uns. Sa présence particulière, sa voix rauque et le découpage bizarre, au bégaiement inquiétant, qu’elle fait subir à ses textes, métamorphosant la moindre liste de banalités ( comme sur le morceau « Forty Six Things I Did Today » de COH) en complainte à l’humour noir grinçant, ont fait d’elle l’invité de choix de nombreux projets. Sa faiblesse pour le pince-sans-rire, la litote, l’understatement, lui font mériter la comparaison avec une Brigitte Fontaine, dont elle partage les personnages, les masques. On peut trouver de traces de la folie légère de Fontaine période « Cet enfant que je t’avais fait » (« vous êtes tout à fait charmant/ Je crois que je n’ai plus la grippe/ voulez vous monter un instant« ) dans des chansons comme « Things happen » de Coil/Little Annie (« I think the colour pink suits my complexion/do you like chilies in Ohio, ») et la même tendance au nonsequitur et au badinage.

Depuis ses premières apparitions sur scène avec son groupe Annie and the Asexuals, en passant par une arrivée en Europe démarrant par un 45-tours de Crass (« Barbed Wire Halo » en 1981) ou plus tard le magnifique maxi « I Think Of You » (sorti chez On-U Sound en 1992), on n’avait jusqu’ici eu droit qu’à des apparitions sporadiques, et un album de loin en loin. L’année passée, sortait le splendide album « Songs From The Coalmine Canary » produit par Antony Hegarty, où elle redonnait tout son sens au concept de « torch song ». Elle recréait sans le maniérisme et les clichés habituels de ce genre d’entreprise, une atmosphère de cabaret, célébrant l’alcool (« absynth-eism ») et la mélancolie.

Elle revient ici avec un disque de reprises, sur lequel elle est accompagnée par le pianiste Paul Wallfisch, complice déjà présent sur le précédent album. Commençant en force avec une magnifique version de « It Was A Very Good Year », chanson composée par Ervin Drake en 1961 et rendue célèbre par l’interprétation de Frank Sinatra, elle se promène avec nonchalance dans un répertoire éclectique allant de Charles Aznavour ( « Yesterday When I Was Young ») ou Jacques Brel (« If You Go Away ») à Tina Turner ( « Private Dancer »’, s’appropriant au passage chaque morceau. Et si en effet l’idée d’un album où U2 (« I Still Havent’t Found What I’m Looking For ») côtoierait Barbara Streisand (« The Summer Knows ») a de prime abord quelque chose d’effrayant, c’est sans compter sur le talent que possède Little Annie de confisquer les chansons et de les détourner vers son univers personnel. Prenant le risque d’attaquer de front un répertoire connu, quelquefois même trop connu, elle démontre qu’elle est capable d’y ajouter une dose de caractère et de personnalité qui en fait oublier la version originale, qu’il s’agisse d’un standard ou d’un tube radiophonique. Et si la plupart des textes sont interprétés intouchés, tel qu’en l’état, on a dans bien des cas l’impression de les comprendre pour la première fois.