Archive pour stephan mathieu

Main – Ablation

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , on juillet 2, 2013 by noreille

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Après quelques albums sous son nom complet, Robert Hampson retourne à son projet Main. Le changement se situe plus dans l’idée que Main est un nom de groupe, et son nom, non, plutôt que dans un changement stylistique majeur. Fondé en 1991 sur les ruines du groupe Loop, Main était à l’origine un duo avec Scott Dawson, et était devenu en 1996 le projet solo de Robert Hampson. Il avait entre temps entamé une collaboration très active avec le GRM, le Groupe de Recherche Musical de Paris, et sa musique s’était progressivement éloigné des tonalités rock, ou évoquant de loin le rock par sa structure et par la présence de la guitare (longtemps emblématique de Main), pour absorber des techniques et des approches empruntées à la musique concrète « classique ». Même si on peut affirmer que cette approche a toujours été présente dans la musique du groupe, sa palette s’était enrichie et sa démarche s’était ouverte à des compositions plus large, plus en phase avec les techniques de spatialisation typique du GRM et son goût pour les pièces narratives, étendues dans le temps comme dans l’espace. Il en avait résulté des morceaux qui abandonnait le son concentré, focalisé – et les timing courts – des premiers temps pour multiplier les pièces plus longues, plus complexes, faisant appel à des ingrédients de plus en plus nombreux, renforçant la guitare, en incluant field-recordings ou collaboration avec d’autres musiciens, le batteur Steven Hess par exemple, ou comme ici, Stephan Mathieu. Associé régulier d’Hampson, il est le premier à rejoindre le nouveau concept de Main comme entité collaborative. Divisé en quatre mouvements, plus qu’en quatre morceaux, Ablations reprend à son compte quelques figures classiques de la musique concrète, accords plaqués de piano préparé, agrandissement de gestes (close-miking de micro-événements), percussions arythmiques, etc. S’il faut vraiment trouver des distinctions entre cette approche contemporaine et celle de la génération précédente, ce serait dans la poursuite de l’horizontalité, l’évitement des ruptures trop marquée, un sens du tuilage plus que du collage. François Bayle avait été, au sein du GRM, l’un des premier à « s’attacher à des sonorités étirées et continues, à des formes mouvantes », à avoir mis l’espace au premier plan de son questionnement, à avoir voulu « de l’instant faire un espace » (R.R.Larivière). Cette préférence pour le drone, par opposition à des appositions plus tranchées, est un trait commun entre Stephan Mathieu et Robert Hampson, et répond à une esthétique largement partagée au sein de la musique électroacoustique contemporaine par des musiciens issu du rock, de la musique industrielle, de l’électronique, du noise. Main y ajoute une logique interne, une évolution organique, qui associée à la brillance de leurs prises de sons, font de ce disque un avancement de plus dans une carrière qui en plus de vingt ans n’a cessée de se renouveler, de se remettre en cause et continue à surprendre à chaque nouvelle mutation.

Stephan Mathieu – Un Coeur simple

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , on juin 27, 2013 by noreille

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Ce nouvel album de Stephan Mathieu reprend la musique qu’il a composée pour une pièce de théâtre de Christoph Diem adaptée de la nouvelle du même titre de Gustave Flaubert. Première des trois nouvelles qui composent le recueil  » Trois Contes « , paru en 1877, trois ans avant la mort de l’auteur,  » Un Coeur simple  » est une étude de caractère un peu amère, un peu nostalgique, basée sur ses souvenirs d’enfance, et a pour personnage principal une servante, Félicité, employée à Pont-l’Evêque dans la famille d’une jeune veuve, madame Aubain, et de ses deux enfants, Paul et Virginie. La nouvelle est souvent interprétée comme une nouvelle version, une relecture de Madame Bovary. Elle retrace la vie entière de Félicité, depuis son amour de jeunesse déçu jusqu’à ses dernières années, à travers les décès qui rythment son existence. Celle-ci n’est éclairée que par deux choses, sa foi en une religion catholique qu’elle interprète à sa façon, et un perroquet  » venu des Amériques « . Mélodrame déchirant, dépourvu de toute ironie, c’est une nouvelle sombre, désabusée, que son auteur voulait voir bouleverser jusqu’aux larmes ses lecteurs. Stephan Mathieu aborde la bande-son du spectacle avec le même sérieux, la même absence d’ironie. La musique est triste et lumineuse à la fois, toute en harmonies de couleurs passées, comme l’est l’histoire. Elle se veut transparente, diaphane presque, délicate jusqu’à l’absence. Stephan Matthieu s’est beaucoup intéressé ces dernières années aux instruments anciens, comme sa cithare sur table ou sa viole de gambe ténor, dont il fait vibrer les cordes avec un E-Bow, et aux technologies obsolètes comme le 78 tours et le phonographe. Mais plutôt que d’en faire une démonstration nostalgique, il en tire avant tout des textures, des couleurs, et une aura dont on ne sait dire si elle est imaginée ou réelle. Mathieu ne s’écarte de son esthétique de drones et d’harmoniques que pour inclure quelques fragments de musique ancienne, l’une de Guillaume Dufay (1400-1474) et l’autre de Tomás Luis De Victoria (1548 – 1611), toutes deux dans des exécutions remontant à l’entre-deux-guerres. Ces deux moments sont presque traités comme des interludes, de brefs moments de réalisme avant de retourner à la limpidité abstraite de sa musique des sphères.