Archive pour décembre, 2008

Aleph1

Posted in chronique, experimental, musique with tags , on décembre 25, 2008 by noreille

Aleph-1 est un alias de plus et un projet de plus pour Carsten Nicolai. Déjà connu, et-reconnu, du public et de la critique, sous les noms de Noto, d’Alva-Noto, et pour ses collaborations avec Ryuichi Sakamoto, entre autres, il est également le fondateur du label Raster-Noton, repère incontournable de l’électronique minimaliste. Ses préoccupations musicales prennent généralement un tour formel et conceptuel, presque mathématique. Ce nouveau projet qui le voit pour la première fois depuis longtemps s’éloigner de son label, ne déroge pas à la règle. Les pièces réunies sous ce nom, et publiées ici par le label IDEAL Recordings, se basent sur les théories du mathématicien Georg Cantor, qui défini en 1884 l’hypothèse de Aleph, une variante de l’infini, possédant les mêmes propriétés tout en permettant une mesure. Les huit pièces présentées sur cet album sont construite pour répondre à ce même postulat, et se basent sur des superpositions de motifs rythmiques et mélodiques, légèrement hors phase, pouvant boucler à l’infini sans se répéter pour autant. Loin de simplement produire une  » musique au kilomètre  » comme beaucoup de productions électroniques construites autour de l’idée de loops, de patterns, cette légère déconnexion suffit à transformer le musique d’Aleph en un tintinnabulement hypnotique, dont on est souvent étonné, lorsqu’il s’arrête soudain, pratiquement de manière arbitraire, qu’il puisse avoir une fin.

Les Arts du Mythe

Posted in chronique, cinema with tags , , on décembre 2, 2008 by noreille

La célébration des 100 ans ( cent ans! ) de Claude-Lévi-Strauss pourrait être le prétexte de cet article; après tout, il fut un  temps sous-directeur du musée de l’homme, ancêtre de l’actuel musée du Quai Branly, dont est tirée la matière de cette série de reportage. On pourrait dire aussi qu’il en est le père spirituel, celui qui parmi les premiers aura cherché a voir plus loin que l’apparente sauvagerie, plus loin que la différence irréconciliable de ce qu’on appelait alors les primitifs. Mais ce ne serait que prétexte, l’excellence de la série elle-même suffit a déclencher des vocations, des passions. Le principe en est simple, choisir une pièce parmi les collections du quai Branly, et en tirer un maximum d’informations, la juger, la jauger, l’expliciter, la contempler. Il s’agit d’accorder à chaque œuvre choisie un intérêt autant esthétique qu’anthropologique, historique autant que sémantique. Entamée en 1999, la série, dirigée par le regretté Ludovic Segarra, a pour principe de préférer  » toujours la présence réelle au commentaire, l’interprète au vulgarisateur, les savoirs de première main – de là-bas ou d’ici – aux propos de généralistes », comme le rappelle le site d’ARTE. « Toute sa vie Ludovic Segarra s’est passionné pour les civilisations non-occidentales et les spiritualités d’Orient. Pendant 35 ans – son premier film date de 1972 -, cet aventurier de l’esprit a su faire partager avec talent et exigence sa curiosité insatiable, dans des documentaires mémorables, filmés aux quatre coins du monde au contact de populations et de cultures ancestrales. »

Les objets choisis par Ludovic Segarra sont tous des objets « sacrés », appartenant à des peuples et des cultures au sein desquelles le mythe et le rituel occupent une place centrale. Le chemin parcouru par ces objets pour parvenir jusqu’à nous mériterait souvent à lui seul un film, retraçant non seulement la griserie de l’aventure, le panache de l’exploration, mais aussi, et surtout, une évolution, celle de l’approche occidentale des peuples « premiers » et de leurs cultures. Passant du simple mépris au pillage, puis de la volonté de civiliser (traduisez christianiser de force avant de réduire en servitude) à une tentative de dialogue, les relations de l’ancien monde avec les cultures « premières » n’ont pas toujours été glorieuses. Il faudra attendre longtemps avant que des occidentaux ne dépassent la simple fascination, et cherchent à comprendre, par-delà l’exotisme, par-delà la sauvagerie, les mythes fondateurs utilisés par ces peuples pour donner un sens à leur environnement, à leurs actes, à leur vie.

Chaque épisode présente une œuvre, un objet qui peut être  un objet de culte, un objet rituel, ou quelquefois un objet plus usuel, d’apparence banale,  mais que le commentaire replacera dans une  perspective plus large, dans sa fonction d’accessoire cérémonial, dans son usage , en relation avec la mythologie de la région. Mais à travers cet objet, c’est généralement un peuple qui est révélé, une culture qui est décryptée. Comme lors d’une autopsie, ou d’une enquête criminelle, les experts convoqués examinent chaque aspect de l’objet et en reconstituent le pourquoi et le comment ; et en déduisent un profil de ses créateurs. A travers son apparence, son esthétique, c’est une culture qui est dévoilée… ou pas. Certaines pièces échappent ainsi à l’analyse, une effigie des iles Marquises (ci-contre), un masque Kodiak. Certaines pièces, liées à des rites secrets, ne se laissent pas disséquer aussi facilement. Même dans des cultures dont les traditions ont été depuis longtemps éradiquées par d’autres religions, plus organisées, et maladivement plus répandues, le tabou persiste, et certains mystères ne peuvent être trahis, livrés au non-initié. Même lorsque la culture qui les a produit a disparu, ces objets conservent une réelle force, une réelle signification, qui dépasse leur simple statut d' »œuvre d’art ».

Et pourtant, c’est aussi la reconnaissance de ce statut « artistique » qui fait l’intérêt de la série. Les œuvres sont également examinées, appréciées pour leur mérite artistique. La série veut ainsi dépasser le stade d' »objets de curiosités », dont l’intérêt est d’être un « simple » documents ethnographiques. Les œuvres présentées le sont également en tant que véritables objets d’art, redonnant par là à leurs auteurs un statut d’artiste bien différent de celui de faiseur, de bricoleur empirique. Sans faire montre d’une affection nostalgique pour les religions exotiques ou les traditions animistes primitives, ni de préférences roussauistes pour des paradis perdus tropicaux, « épargnés par la modernité », la série replace les cultures « premières » au sein de la communauté humaine, et non plus en marge. Elle les traite comme des égaux, et non plus comme des survivances, enfouies au fond des jungles, en des lieux oubliés des hommes.

A voir donc:

LES ARTS DU MYTHE, Vol. 1
LES ARTS DU MYTHE, Vol. 2

Et également de Ludovic Segarra:

KOUMEN – LE MYTHE DU BERGER PEUL
TIBET, HISTOIRE D’UNE TRAGEDIE

et sur le musée du quai Branly

QUAI BRANLY – L’AUTRE MUSÉE – par Auguste VIATTE
QUAI BRANLY, NAISSANCE D’UN MUSÉE – par Richard COPANS
LE MUSÉE DU QUAI BRANLY – DOGON, CHRONIQUE D’UNE PASSION – par Annie CHEVALLAY