Archive pour juin, 2013

Stephan Mathieu – Un Coeur simple

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , on juin 27, 2013 by noreille

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Ce nouvel album de Stephan Mathieu reprend la musique qu’il a composée pour une pièce de théâtre de Christoph Diem adaptée de la nouvelle du même titre de Gustave Flaubert. Première des trois nouvelles qui composent le recueil  » Trois Contes « , paru en 1877, trois ans avant la mort de l’auteur,  » Un Coeur simple  » est une étude de caractère un peu amère, un peu nostalgique, basée sur ses souvenirs d’enfance, et a pour personnage principal une servante, Félicité, employée à Pont-l’Evêque dans la famille d’une jeune veuve, madame Aubain, et de ses deux enfants, Paul et Virginie. La nouvelle est souvent interprétée comme une nouvelle version, une relecture de Madame Bovary. Elle retrace la vie entière de Félicité, depuis son amour de jeunesse déçu jusqu’à ses dernières années, à travers les décès qui rythment son existence. Celle-ci n’est éclairée que par deux choses, sa foi en une religion catholique qu’elle interprète à sa façon, et un perroquet  » venu des Amériques « . Mélodrame déchirant, dépourvu de toute ironie, c’est une nouvelle sombre, désabusée, que son auteur voulait voir bouleverser jusqu’aux larmes ses lecteurs. Stephan Mathieu aborde la bande-son du spectacle avec le même sérieux, la même absence d’ironie. La musique est triste et lumineuse à la fois, toute en harmonies de couleurs passées, comme l’est l’histoire. Elle se veut transparente, diaphane presque, délicate jusqu’à l’absence. Stephan Matthieu s’est beaucoup intéressé ces dernières années aux instruments anciens, comme sa cithare sur table ou sa viole de gambe ténor, dont il fait vibrer les cordes avec un E-Bow, et aux technologies obsolètes comme le 78 tours et le phonographe. Mais plutôt que d’en faire une démonstration nostalgique, il en tire avant tout des textures, des couleurs, et une aura dont on ne sait dire si elle est imaginée ou réelle. Mathieu ne s’écarte de son esthétique de drones et d’harmoniques que pour inclure quelques fragments de musique ancienne, l’une de Guillaume Dufay (1400-1474) et l’autre de Tomás Luis De Victoria (1548 – 1611), toutes deux dans des exécutions remontant à l’entre-deux-guerres. Ces deux moments sont presque traités comme des interludes, de brefs moments de réalisme avant de retourner à la limpidité abstraite de sa musique des sphères.

Eliane Radigue – Feedback Works 1969-1970

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , on juin 12, 2013 by noreille

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Après le label Important, Alga Marghen poursuit l’exploration des débuts en musique d’Eliane Radigue. Entamée en 2010 avec la publication de Jouet Electronique/Elemental I, cette entreprise de réédition s’attaque à présent aux installations sonores réalisée par la musicienne entre 1969 et 1970. Ces pièces jusqu’ici inédites sont assez proches stylistiquement de ses autres œuvres datant de la même période, c’est à dire avant la découverte par Éliane Radigue de son instrument fétiche, le synthétiseur ARP 2500. Avant cette rencontre, sa technique se basait sur un usage radical du feedback, de la réverbération, une démarche qui lui permettait, avec des moyens très simples (un micro, des haut-parleurs, une table de mixage et quelques enregistreurs à bande donnés par Pierre Henry, son patron au Studio d’Essai de la R.T.F), de se lancer dans une étude approfondie des sons continus, statiques, presque en suspension, qu’elle allait utiliser durant toute sa carrière. Ses premières réalisations, pré-électronique, ont le charme de leur simplicité, de leur immédiateté. Elles témoignent d’une démarche contemplative, retrace une découverte, presque une révélation. Une fascination pour ce temps ralenti à l’extrême, presque immobile mais toujours en mouvement, qui caractérise aujourd’hui encore toute l’œuvre d’Éliane Radigue, que ce temps soit interprété de manière acoustique, sur instruments, comme dans ses travaux les plus récents, de manière électronique, ou encore, comme alors, sur bande magnétique. Ce travail sur bande magnétique a non seulement inspiré la production de pièces basées sur le feedback, mais aussi leur exécution. Conçues pour être diffusées comme des installations sonores, un concept tout nouveau pour l’époque, elles se présentent, matériellement, sous la forme de plusieurs bandes contenant des fragments de compositions, qui ne prennent leur sens que lorsqu’elles sont jouées simultanément, leurs contenus superposés, les différentes durées des bandes assurant une combinaison aléatoire, renouvelée à chaque fois, une technique de chevauchement comparable aux déphasages de Steve Reich, qui magnifie les infinitésimales modulations ondulatoires du feedback, la physicalité des vibrations. Pour la réédition de ces trois pièces, “Stress Osaka”,“Omnht“ et “Usral”, une version stéréo a été réalisée par Emmanuel Holterbach à partir des bobines et des boucles originales. (BD)