Archives de mai, 2008

Victrola Favorites

Posted in chronique, musique traditionnelle, pop culture with tags , , , , , on mai 26, 2008 by noreille

Le label Dust to digital, qui nous avait déjà donné l’excellente compilation « Black Mirror« , frappe à nouveau un grand coup avec ce magnifique objet qu’est « Victrola Favorites« . Compilé par Rob Millis et Jeffery Taylor de Climax Golden Twins, la chose est un double cd, rempli de repiquage de 78 tours édités entre les années vingt et les années cinquante. Comme « Black Mirror », le choix est éclectique, d’antiques rebetiko, du bluegrass, de la musique indienne, japonaise, africaine, du blues, des field recordings de par le monde… Un choix souvent étonant, toujours pertinent, des raretés, des bizarreries…Mais cela ne s’arrête pas là, ces deux cds arrivent emballés dans une petite merveille de livret: 144 pages de reproductions de pochettes de disques, de labels de phonographe, de vignettes, d’étiquettes, etc.. qui enthousiasmerons tout amateur de belles choses.

Victrola Favorites était à l’origine une série de cassettes, éditée par Climax Golden Twins, qui la présentaient ainsi: « In selecting the Delightful Compositions for your listening Enjoyment, particular emphasis is placed upon presenting Audio Artifacts from non-Western nations and cultures, as well those which are Plain Odd and Amusing™. »

Daniel Menche – Glass Forest

Posted in chronique, experimental with tags , , on mai 20, 2008 by noreille

Comme un tremblement de terre de trois fois vingt minutes, qui ferait tressauter les verres sur les tables, vibrer les murs et osciller dangereusement les chandeliers de cristal. Partant d’une impulsion souterraine, d’une vibration sourde, Daniel Menche met en mouvement des douzaines de micro-événements qui entrent et sortent de notre champ de perception. La première secousse est unique, mais ses répercussions sont infinies, d’une première convulsion naîtront une multitudes de spasmes. Tout en soubresauts et en trépidations, cet album est à pourtant à placer dans la même veine que les autres albums de Menche. Sa force est de construire une musique de drone à partir de son opposé. C’est ici le mouvement, l’agitation et la vitesse qui construisent l’aspect statique, enveloppant, de la musique et qui permet l’impression d’immersion. On y ressent le même envoûtement que lorsque le son, dans un train, se fait bercement malgré la vitesse du déplacement. Daniel Menche publie avec ce disque son dernier cd, il parle de ne plus sortir dorénavant que des vinyle ou des dvds. (bd)

Du bon usage des CCTV

Posted in cinema, paranoia with tags , , , on mai 16, 2008 by noreille

Il y a quelques posts (à propos du film The Anderson Tapes), je parlais de l’omniprésence des caméras de surveillance, dans le film, d’une part, assez prémonitoire, et dans la « vraie vie », d’autre part. Je parlais principalement de l’inutilité et de l’inefficacité de ces engins… Selon la BBC, il y aurait jusqu’à 4,2 millions de caméras de surveillance installées sur le territoire britannique. Le guardian vient de publier un article exposant le déplorable manque de résultats du système ( 3% des affaires résolues le sont avec l’aide des caméras, malgré l’investissement de milliards de livres dans le réseau .) Selon l’inspecteur de police Mike Neville, responsable du Bureau des images, identifications et détections visuelles (Viido) de la police de Londres, l’utilisation de cette technologie est jusqu’ici un « véritable fiasco ».

lien vers l’article (en anglais) (via Claris)

C’est par contre devenu un gimmick indispensable de tout thriller, film policier, ou reportage un peu réaliste. Du générique de la série The Wire, au récent docudrama A Very British Gangster, en passant par le film The Bourne Ultimatum , l’usage artistique dépasse semble-t’il de loin l’usage judiciaire. Un usage qu’à mis récemment à profit le groupe de Manchester « The Get Out Clause », qui, ne pouvant se payer le tournage d’une vidéo, s’est offert le concours d’une série de cameras CCTV. Ils ont « tourné » leur clip devant ces caméras et ont ensuite, comme leur permet la loi britannique, réclamé les bandes, qu’ils n’ont plus eu qu’à mettre bout à bout. Sans doute ont-ils pris au mot leurs collègues de Hard-Fi et leur Stars of CCTV

un autre Lien (via Boing Boing)

La CCTV est également un point central du film Fear X, de Nicolas Winding Refn, sorti en 2003 et bizarrement traduit (?) par « Inside Job ». John Turturro y joue le rôle d’Harry Cain, agent de sécurité, hanté par le souvenir de sa femme, brutalement assassinée dans le parking du centre commercial où il travaille. Tandis que l’enquête piétine, Harry décide de résoudre lui-même le mystère qui entoure sa mort, en collectant les enregistrements des caméras de surveillance…

Retour à la conspiration (première partie)

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , , , , on mai 13, 2008 by noreille

Trois films à ajouter au dossier « complot » : « Missing », de Costa-gavras, « The Parallax View », de A.J. Pakula et « The Package » d’Andrew Davis.

Le film Missing de Constantin Costa-gavras, tourné en 1982, nous apporte quelques données complémentaires dans le dossier du film de complot. S’il est réalisé quelques temps après l’age d’or du genre, les années 60 et 70, il n’en apporte pas moins plusieurs éléments d’importance. S’il remplace les caractéristiques paranoïaques des films précédents, et leur complot flou, indéterminé, par un film politique basé sur une histoire réelle, il conserve toutefois les principaux éléments du film de complot : l’enquête que lance le personnage de Jack Lemmon sur la disparition de son fils va être contrecarrée à chaque instant par les mensonges des officiels qu’il rencontre. La tension et la peur vont augmenter au fil du film, au fur et à mesure de la découverte de l’étendue du complot, c’est à dire de l’implication des Etats-Unis dans ce coup d’état en un pays d’Amérique Latine (un Chili de Pinochet à peine déguisé). L’essentiel du film s’est déroulé avant le début de cette enquête, et le spectateur a déjà été témoin de la majeure partie des événements qui ont précédé la disparition du jeune homme. Il est déjà convaincu de l’existence d’une forme de complot. C’est donc à travers le personnage de Jack Lemmon que cette découverte doit se re-produire, et se révéler.

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Jon Mueller : metals

Posted in chronique, experimental with tags , , , on mai 6, 2008 by noreille

Le monde enchanté du Heavy Metal est une fascination persistante auprès de nombreux musiciens expérimentaux. Du respect pour l’extrémisme du Death Metal ou du Black Metal qu’on retrouve chez Jazzkammer/Jazkamer ou Kevin Drumm, au buzz entourant Sunnn o))) ou Boris, le sujet est récurrent et les citations trop nombreuses à énumérer. Jon Mueller est percussionniste et batteur au sein de groupes comme les excellents Collection of Colonies of Bees, au coté de ses camarades Chris Rosenau et Jim Schoenecker. Il collabore également depuis plusieurs années avec Asmus Tietchens et Jeph Jerman. Bien que le genre soit assez éloigné de sa propre musique, il possède lui-aussi un passé d’amateur de « hard ». D’où l’idée de proposer lui-aussi, avec cet album « metals », sa vision du Heavy Metal, encore une fois dans ses options les plus dures, balayant un spectre allant de la lourdeur du Doom à la batterie à double pédale hyperkinétique du Speed-Métal. Assez typiquement, dans tous ces genres, les tempos sont métronomiques, secs, et quasi inhumains, le jeu est anti-mélodique et anti-groovy au possible, et l’intensité spectaculaire. Mueller conserve toutes ces caractéristiques et leur applique son propre traitement, étirant les sons, filtrant les éléments les plus outrés, poussant le volume des prises de son, martyrisant les cymbales jusqu’à en tirer des déchirements métalliques, orchestrant chaque élément percussif en une symphonie industrielle aussi éloignée du solo de batterie redouté que Carpathian Forest ne l’est d’Europe. S’il est clairement question ici de détournement, ou de recentrage, d’un genre, le Métal, vers un autre, plus flou, l’improvisation ou l’expérimentation, c’est sans pour autant sacrifier les éléments essentiels du premier. L’intensité, l’énergie qui sont centrales au Métal sont conservée intactes, métamorphosées en une forme de violence tranquille comme celle que peut produire un Merzbow, par exemple. Une violence sublimée en énergie pure qui construit un pont inattendu entre deux scènes pourtant à priori fort éloignées.