Archive pour hong kong

Cindytalk – the crackle of my soul

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , , on mars 5, 2010 by noreille

On ne s’attendait pas vraiment à un retour de Cindytalk, et encore moins à un retour d’une telle force. On se souvenait du projet de Gordon Sharp pour sa participation au projet This Mortal Coil du label 4AD, et depuis lors, presque rien, l’album Wappinshaw de 1994 passant quasiment inaperçu, et ensuite pas un coup de téléphone, à peine une carte postale. Et pourtant l’homme a voyagé, après l’Ecosse, puis Londres, il s’est successivement établi en Californie, à Hong-Kong, puis au Japon. C’est ainsi dans trois studios successifs, en trois lieux et trois environnement différents, qu’il a entamé la réalisation de cet album, qu’il mettra huit ans à terminer. Travaillant seul pendant longtemps, il va transformer le groupe Cindytalk en un nouveau concept, lui qui avait jusque là été reconnu principalement comme chanteur, allait se lancer en solo dans la conception d’un album entièrement réalisé sur son laptop, à partir de prises de sons diverses, et surtout extrêmement éloigné du format chanson. Dépourvu de rythmes ou de mélodies, le disque est par contre rempli de textures extraordinaires, tantôt délicates, tantôt brutalement stridentes. Le ton est étonnamment dur, les sons sont abrasifs, les constructions sans concessions. L’ensemble est à la fois douloureux et irrésistiblement séducteur, évoquant quelques figures de l’électronique radicale, Kevin Drumm ou  Pita, pour les sons perçants, saturés de bruit blanc, qu’il met en mouvement, mais s’en démarquant par une personnalité très marquée. « The Crackle of My Soul” est publié chez mego, ce qui est une autre indication de la nouvelle orientation de Cindytalk, qui promet de le faire suivre de plusieurs autres productions dans l’année.

Son blog – of ghost and buildings – est rempli à ras-bord d’informations, interviews, extraits sonores inédit (un très beau set noise enregistré à kyoto, notamment) et de liens en tous genres. The Crackle of my Soul » sera suivi d’un split-lp vinyle, réunissant pour une face chacun Robert Hampson et Cindytalk.

Voici un extrait d’un concert à Bordeaux avec son nouveau « backing group ».

I know Yan Jun – expérimentation en Chine

Posted in experimental, musique, pop, pop culture with tags , , , , , on août 1, 2009 by noreille

Le musicien chinois Yan Jun a posté il y a quelques temps sur son site un passionant texte sur la scène musicale expérimentale chinoise. Le texte , intitulé RE-INVENT, est extrêmement intéressant pour les différences qu’il pointe entre les pratiques musicales occidentales ( en ce compris le Japon ) et chinoises. Pour les chinois d’aujourd’hui , nous dit Yan Jun, l’expérimentation musicale est une suite logique de la vie courante, dans la mesure où le peuple chinois n’a plus connu de période de stabilité depuis près d’un siècle. Il cite l’exemple des réformes continuelles et souvent contradictoires que connut le pays durant les années qui suivirent la révolution, mais aussi des bouleversement que connais la société chinoise depuis quelques années, durant ce que l’on appelle là-bas les années olympiques, qui virent des quartiers entiers de Beijing, parmi les plus anciens, être rasés pour faire place nuitamment à des infrastructures ultra-modernes. Depuis la période de guerre civile qui ouvrit le vingtième siècle chinois, l’empire qui était connu comme symbole de fixité voire d’immobilisme, a connu plusieurs réformes agraires successives, plusieurs réformes de l’enseignement, plusieurs réformes politiques, jusqu’à une réforme de la langue; ses religions et ses philosophies traditionnelles (taoïsme, bouddhisme, confucianisme) ont été contestées puis abolies; le capitalisme, ennemi d’hier, est le but actuel de la société toute entière … Dans cette atmosphère d’instabilité, de repères fuyants, l’expérimentation est une seconde nature.

Pour les jeunes chinois qui ne veulent pas forcément rentrer dans le système, rejoindre les rangs de la « majorité ennuyeuse des matérialistes sans rèves et sans imagination » (yan jun), la musique est une forme de rébellion, un mode de vie alternatif, une nécessité indispensable à la survie. Dans un pays de près d’un milliard d’habitants, elle condamne toutefois les créateurs les plus originaux a un grand isolement, tant est grande la force du conformisme de la société chinoise, et la crainte des conséquences d’une déviation de la norme sociale ou culturelle. Si une scène musicale expérimentale commence aujourd’hui à se mettre sur pied dans quelques grandes villes du pays, il fut un temps où ces musiciens pouvaient se croire les seuls de leur espèce, tant étaient maigres les chances de croiser un confrère ou simplement une âme-soeur, et presque inexistante la possibilité de réunir un public. La musique expérimentale est par nature une musique de marge qui doit se construire progressivement son propre public. Ce fut le cas également en chine pour le rock et ses dérivés, puis pour la techno et ses variantes. Yan Jun rappelle que la Chine n’avait pas de rock avant 1986, et pas de punk avant 1996. Dans ces conditions, les musiciens ont du, ou ont pu, créer hors de toute référence, presque hors de toute influence.

re-voici le lien vers le texte (en anglais)

et quelques suggestions discographiques pour l’illustrer:

China – the sonic avant-garde : anthologie du label post -concrete. Noise, expérimental, field recording. Réalisée par le musicien Dajuin Yao, une sélection très large, en deux cds, qui explore toutes les facettes de la musique expérimentale chinoise, créant également pour l’occasion des « brigades sonores » documentant le paysage chinois

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Cinnabar Red Drizzle – Dajuin Yao; Dajuin Yao est un musicien chinois vivant aux états-unis. Il est également le fondateur du label Post-concrete. Exploration électro-acoustique des sons de l’opéra chinois réalisée en collaboration avec le chanteur d’opera chinois Jerlian Tsao, l’album utilise autant l’aspect évocateur, exotique du son que sa sonorité.

The mountain swallowing sadness – Wang Changcun – Wang Changcun appartient à la génération de musiciens ayant grandi durant les années 90, alors que la musique occidentale arrivait en chine (la génération  » cd pirates »). Son album consiste en deux plages extrèmement contrastées: une première plage noise, radicale, abrasive, dans la lignée de Merzbow, ou Zbigniew Karkowski, suivi d’un enregistrement effectué durant une cérémonie funéraire bouddhiste.

ma-li-ma-li-hung, what’s sound vol.1 – Anthologie du label sound-factory, de Hong Kong, dirigé par Henry Kwok et  Li Chin Sung, alias pnf, alias Dickson Dee, un des personnages les plus important de la scène expérimentale chinoise pour son travail de producteur, de musicien, de curateur de label ainsi que d’organisateur de concerts. Avec Tats’Lau, pnf, dj-orchestra et Xper.xr

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Lün Hsiao Shuai – Xper.xr ; détournement, parodie, démolitions en règle, un album de noise industriel déstructuré, par un musicien de Hong-Kong, aujourd’hui résident à Londres. Pochettes, titres, etc, sont réorganisées avec un grand sens de l’absurde et de la provocation gratuite. Très réjouissant! Xper Xr réalise aujourd’hui des arrangements de classique electro pour orchestre chinois

Music for roaches, birds and other creatures – Nelson Hiu ; extraordinaire cd d’un des musiciens les plus attachants de cette scène, légères tonalités de flute improvisée, field recordings subtils. Un objet inclassable, beau et fragile.
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nontacky – Torturing nurse ;  archétype du groupe noise chinois, « extrêmement extrême », violent et surprenant. Originaires de Shanghai, déjà responsable d’un respectable discographie,  ils ont sorti ce disque en Belgique, sur le label Ultra Eczema. ——————————————-
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Et enfin, entre temps, ce mois d’août voit la sortie chez subrosa d’un coffret de 4cds, intitulé « An anthology of chinese experimental music » couvrant la période 1992-2008. Le coffret a été organisé par Dickson Dee et est préfacé par Zbigniew Karkowski et Yan Jun.

I love $ – Johan van der Keuken

Posted in chronique, cinema with tags , , , , , , , , , , on juillet 22, 2009 by noreille

Des hommes, des femmes, des téléphones et  de l’argent…

En plein boom capitaliste, alors que des sitcoms comme Dallas tente de rendre glamour les intrigues financières des classes supérieures et que les traders deviennent les nouveaux aventuriers de cette triste époque, Johan Van Der Keuken écume les places boursières, les marchés financiers. Il interroge les golden boys sur leur vie, leur métier, et sur leur fascination pour l’argent. Un argent de plus en plus volatile, de plus en plus virtuel, ultra-mobile et déconnecté de la réalité. De leur propre aveu, le système qu’ils aident à mettre en place est un géant aux pieds d’argile, totalement artificiel et incroyablement fragile. Nous sommes en 1986, et analystes et experts sont prêts à admettre sans effort l’irréalité de l’appareil capitaliste.

Ils sont toutefois également d’accord sur l’aspect ludique de la spéculation, ils considèrent tous leur métier comme un jeu, et la bourse comme un casino. Poussés jusqu’aux limites de ce raisonnement, ils admettent également que, comme dans un jeu, le capitalisme a ses gagnants et ses perdants, bien sûr, mais que de tous temps, « ça a toujours été comme ça ».

Filmé dans les places-fortes du capitalisme, à New York, Amsterdam, Genève et Hong-Kong, « i love $ » est non seulement le portrait d’une époque, les années Reagan, les années d’or du capitalisme débridé, insouciant et sans scrupules, où faire de l’argent était un sport, ni plus ni moins moral qu’un autre, et tout aussi addictif, c’est  aussi  le portrait de cette accoutumance maladive. Comme les joueurs compulsifs, les golden boys parlent de rush d’adrénaline, de compétition, de dépassement de soi et d’écrasement de l’autre. Ils parlent de la relation affective qu’ils ont avec la circulation de l’argent, de leur humeur qui suit le même court que les valeurs qu’ils gèrent. « Golden Boys » est un terme qui leur va si peu, si mal. Nulle flamboyance en effet chez ces joueurs, mais bien des costumes ternes mal portés par des hommes d’age mûr, des employés stressés dans des bureaux anonymes, rendus fous par les sonneries de téléphone  qui se déclenchent toutes les  cinq secondes autour d’eux. C’était déjà un cliché, « achetez! », « vendez! », les communications sont brèves, brusques, mécaniques.

Pendant ce temps, dans le vrai monde …

Johan Van der Keuken présente, en contrepoint aux interviews de ces boys, ce qui est justement absent de leur discours. Il montre le circuit de l’argent, de l’or, et son effet sur le monde réel. Il montre les gens affectés par tous ces coups de téléphone, il montre la vie des travailleurs et de ceux qui suite à un de ces appels, ont perdu leur emploi, leur maison … Procédé simple de champs et de contre-champs, mais jamais gratuit ni simpliste ou didactique, ni même moralisateur. Même si on comprend rapidement le propos de van der Keuken, on est surpris chaque fois de l’aisance avec laquelle il passe d’une situation à une autre, de la bourse à l’immobilier, de la circulation de l’or à son extraction … Et même s’il ne triche pas pour établir des parallèles immédiats, comme on le ferait aujourd’hui au nom de l’efficacité journalistique, les situations qu’il oppose sont toutefois toutes liées, la condition de l’immobilier à Harlem, NY, est une conséquence de la spéculation, les émigrés illégaux portugais ont été engagés par des firmes suisses, les …

En marge des tours de finance, on suit les exclus du système, les victimes de la spéculation, on discute au pied des immeubles laissés à l’abandon par leurs propriétaires, quand ils ne les ont pas incendiés, comme ça arrive, parfois, pour l’assurance. On suit les travailleurs forcenés indispensables au fonctionnement de ce système, les chinois de Hong-kong, partis à la conquête du monde, décidés à devenir les meilleurs, parce c’est pour eux une question de survie, plus qu’une question de jeu, même si … On parle connaissance du marché et bonne fortune, microchips et bâtons d’encens, on s’inquiète un peu, mais on est confiants … Ils avaient raison , et Van der Keuken lui-aussi de pointer ce marché-là, cette émergence, ces dragons, alors « petits dragons », mais qui allaient rapidement concurrencer les orgueilleux occidentaux, et lancer la mode de la sous-traitance, de la délocalisation, de la fuite des entreprises du premier monde vers le second.

On le voit, il y a une nouvelle fois dans ce film une multitude de pistes et d’univers, on y suit plusieurs récits en parallèle, selon le système qu’affectionne Johan Van der Keuken. Celui-ci laisse au spectateur le soin d’établir ou non des connections, de faire ou non des comparaisons. Rien de trop lourd ou trop contraignant dans ces associations, mais bien l’idée que toutes les situations sont liées, que ces éléments  épars sont tous des perspectives d’un réseau, d’un entrelacs chaotique ; on ne parlait pas encore alors de mondialisation, de globalisation, ou en tous cas pas encore en ces termes, mais Van Der keuken le montre bien, le phénomène est à l’oeuvre depuis bien longtemps, et la débacle actuelle est la conséquence d’une dérive entamée depuis plusieurs dizaines d’années.