Archive pour janvier, 2009

Myra Davies: “Cities & Girls”

Posted in chronique, experimental, musique, pop with tags , , on janvier 28, 2009 by noreille

Après avoir collaboré pendant des années au sein du projet “miasma”, Myra Davies et Gudrun Gut se retrouvent ici à nouveau pour de nouvelles aventures, sous la forme d’un album de Myra Davies: “Cities & Girls”. L’artiste canadienne tente d’expliquer ce renoncement au pseudo « miasma » comme un changement d’orientation musicale, une recherche de nouveaux climats, moins durs, moins rigidement techno. On peut contester d’une part que « miasma » ait jamais été un projet techno, et, d’autre part que cet album marque un grande différence musicale. Mais la question n’est pas là, c’était aussi et surtout le prétexte à multiplier les collaborations, les invitations, au-delà du duo original. Pour réaliser ce disque, Myra Davies s’est entourée de Gudrun Gut, donc, qui signe toujours la majeure partie des musiques, et produit l’album, mais également des fidèles complices de celle-ci, confrérie flottante et berlinoise qu’on retrouve sur les albums de Gudrun Gut, comme sur ceux du Ocean Club, ainsi que sur le label Monika Enterprise. Comme auparavant, ce nouvel album est constitué de vignettes, de courtes pièces de spoken word, mises en forme par des musicien(ne)s invités. Ceux-ci, de Beate Bartel à Danielle de Picciotto et Alexander Hacke, ont apporté un soin particulier à l’évocation géographique des Villes du titre (Hanoi au Vietnam, Doha au Qatar, Berlin en Allemagne, Belfast en Irlande), mais aussi d’époques différentes, les années soixante de « My Friend Sherry », les années 1900 de « Calgary ».

Une même atmosphère musicale, typique de la scène électronique berlinoise, parcourt tout l’album, lui assurant une grande cohésion. On y retrouve une électronique chaude, organique, comme on pouvait en trouver sur l’album « i put a record on » de Gudrun Gut, juste milieu entre techno, expérimentation, chanson et un certain confort lounge. La même formule fait ici encore merveille pour assurer un accompagnement ouaté aux textes doux-amers de Myra Davies. Celle-ci nous balade d’histoires de villes en histoires de filles. Une partie de l’album est ainsi composé d’instantanés, d’observations songeuses, recueillies de part le monde, et isolant, comme dans un conte Zen, des moments de grâce : une dégustation de café au Vietnam, un étrange ballet en noir et blanc, burkas et djellabas, dans un shopping-mall de Doha. Une autre partie du disque raconte des gens, brosse le portrait de personnages, toujours des filles, comme celui de ‘My Friend Sherry’, jeune fille morte dans les années soixante des suites d’un avortement clandestin. Davies raconte avoir ressenti l’obligation de raconter cette histoire, après avoir assisté aux campagnes anti-avortement de la droite américaine, notamment les déclarations tonitruantes de la vice-candidate heureusement malchanceuse, durant les précédentes élections américaines. Elle se devait de rappeler aux nostalgiques qu’ « en ces temps-là, l’avortement illégal était une forme de roulette russe ».

Un des nombreux intérêts de cet album est l’usage qui y est fait de la citation, du sampling, et de la reconstitution. Afin de restituer les atmosphères correspondant aux différentes histoires, les musiciens ont eu recours à des détours ingénieux, évoquant le Vietnam par quelques notes de Dan Bau, un instrument à corde local, ou intégrant à leur composition des extraits de mélodies anciennes, vieil air irlandais pour « Belfast », reconstitution d’une mélodie des années 1910 pour « Calgary », citation détournée de « My Favourite Things » pour « Stuff ». Elaborant leurs compositions autour de fragments, de citations, de détails symboliques, ils travaillent le son d’une manière répondant aux torsions que Myra Davies fait subir au texte. Elaborant en spirale, autour d’une base fragmentaire, pour obtenir ensuite une vue plus large, elle développe le point de départ dans des directions insoupçonnées et inattendues, partant par exemple d’une rencontre avec un ver de terre, comme sur « Worm », pour évoquer des chevaux, des batailles navales, et arriver au final à Jean Genet et Jeanne Moreau. D’association d’idées en association d’idées, et de fil en aiguille, le texte serpente au travers d’analogies surréalistes, mélangeant réminiscences personnelles et culture pop. Et comme Myra Davies le dit elle-même : “That’s the problem with pop culture, it keeps on popping up.

quelques morceaux sont à écouter ici


Larsen – La fever Lit

Posted in chronique, musique with tags , , , on janvier 20, 2009 by noreille

Une double raison de se réjouir: Larsen sort son huitième album, il s’intitule « La Fever Lit ». Vous avez pu sans doute découvrir ce groupe italien, actif depuis plus de treize ans, grâce à ses collaborations avec Xiu Xiu, qui ont donné les excellents albums Ciautistico! et Spicchiology?, ainsi que pour ses spectacles inspirés des œuvres graphiques et surtout typographique de l’artiste tchèque Karel Teige. Un album reprenant une partie de ce spectacle, et comprenant les participations de quelques personnalités invitées comme David Tibet, Baby Dee, Julia Kent ou Johann Johannsson, était sorti en 2007 sous le titre Abeceda, Larsen and friends.

La deuxième raison de se réjouir est que ce nouvel album est rehaussé de la présence d’Annie Anxiety Badnez, aka Little Annie. Personnalité fascinante et décalée, cette diva du cabaret électronique avait déjà été responsable d’un des plus beaux albums de l’année  » When good things happen to bad pianos« , en collaboration avec Paul Wallfisch. Même si elle n’apparait que sur quelques plages, elle parvient à impressionner l’album entier de sa voix et de son panache. Non qu’elle tire la couverture à elle, au contraire, et il ne faut pas pour autant négliger le reste du disque. « La fever Lit » est probablement un des albums les plus aboutis du groupe, et il concentre tout ce qui a déjà été esquissé jusqu’ici, une production impeccable, une construction en crescendo imparable, une même aisance dans l’expérimentation que dans la chanson ou dans le drone climatique. Une grande partie de l’album a été composé pour un site spécifique : le Mole Antonelliano de Turin, un musée à l’architecture futuriste. C’est dans le dôme de ce bâtiment, dans l’immense cage d’escalier hélicoïdale, qu’ils ont trouvé la réverbération naturelle dans laquelle baigne tout l’album. Elle donne à ce disque une couleur qu’aucun effet électronique n’aurait pu obtenir, et approfondit encore son caractère flottant et mélancolique.

ci-dessous: une vidéo filmée en 2007 durant la tournée Abeceda. Le concert avait lieu à Kortrijk, durant le festival Happy New Ears, avec le line-up complet de Larsen and friends (ici David Tibet au chant).

d’autres vidéos de Larsen et d’autres groupes de l’écurie ImportantRecords sont disponibles sur la page youtube du label.

victrola blog

Posted in chronique, experimental, Uncategorized with tags , , on janvier 20, 2009 by noreille

Une bonne nouvelle: Rob Millis, membre de climax golden twins, et  l’un des responsables de ce magnifique objet qu’est la compilation Victrola Favorites: Artifacts from Bygone Days, vient de lancer son blog. On peut espérer y trouver d’autres découvertes magnifiques, et des récits aussi palpitants que ces voyages à travers l’Asie et l’Amérique Latine et des rencontres comme celle de ces collectionneurs de 78 tours indiens, découverts durant ses voyages. Car comme beaucoup de passionnés et de collectionneurs, chaque voyage se transforme en chasse au trésor, comme cet autre périple, à Buenos Aires cette fois. Le blog de Rob Millis est également l’occasion, pour ceux qui avait aimé les illustrations, pochettes et vignettes qui font de Victrola Favorites une fête pour les yeux, de retrouver quelques-unes de ces récentes trouvailles.