Andrew Kötting – Gallivant

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Gallivant se présente comme un film-souvenir du voyage que le réalisateur a effectué en 1995 autour des côtes britanniques avec sa grand-mère Gladys, 85 ans, et sa fille Eden, 6 ans. En compagnie d’une équipe de tournage, ils ont parcouru près de 18000 km en trois mois dans un camping-car. Pour ces trois générations, c’est un film qui retrace un moment particulier, à la signification assez vive. Pour Gladys, déjà assez âgée  au moment du tournage, et pour Eden, atteinte du syndrome de Joubert qui la condamne à une durée de vie cruellement courte, c’est peut-être le dernier voyage de ce type. Il sera selon les termes du réalisateur « une occasion de faire connaissance avant d’être forcés de prendre des chemins séparés ».

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Ce contexte personnel, lourd de charges émotionnelles, prendra souvent le pas sur le prétexte du voyage, mais sera atténué par l’approche que les protagonistes ont du tournage et de la vie en général. Les questions les plus dures et les plus profondes sont posées avec un flegme et un humour qui en désamorce la gravité. Le même décalage se retrouvera dans le traitement formel du film. Si Kötting se déclare avant tout fasciné par les paysages, ce seront pourtant les rencontres avec les gens qui formeront le plus gros du film. La plupart des scènes s’imposeront ainsi d’elles-mêmes à travers les personnalités croisées, présentant les bizarreries locales, les curiosités historiques, archéologiques, géographiques ou les curiosités tout court.

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Avec une approche aussi humaniste qu’insolente, le réalisateur va tracer des portraits de personnages atypiques qui vont ensemble redéfinir le caractère britannique par leur bon sens terre-à-terre, ou au contraire par leur originalité. Tous habitants du bord de mer (se qualifiant orgueilleusement d’être très différents des gens de l’intérieur des terres), ils se racontent, chacun avec leurs fiertés régionalistes, leur nostalgie des traditions perdues (ou en voie de l’être) et tous avec des reproches et des doléances sans fin contre le gouvernement, les londoniens. En Écosse et au Pays de Galles on raillera contre les anglais, au nord contre les gens du sud (avec la TV qui ne parle que des anglais, le gouvernement qui ne fait rien pour le reste du pays, et les centrales nucléaires qui sont toujours pour nous et jamais pour eux).

vlcsnap-2013-07-16-11h52m21s32vlcsnap-2013-07-16-11h53m23s140Ce caractère anglais se retrouve dans le folklore local, les légendes et les traditions, comme dans les contes que raconte Gladys à Eden, mais aussi dans l’humour anglais un peu absurde un peu tordu de Kötting lui-même. Ce goût du non-sens colore tout le film à travers un usage (ou un abus) constant de leitmotivs, de running-gags et de private jokes (qui redéfiniront progressivement le personnage des membres du trio : la lollipop lady, le moine et la vierge Marie). Il sera encore renforcé par le traitement des images, parfois accélérées comme dans un slapstick de l’époque du muet, par les effets sonores décalés, par les pitreries du réalisateur et de ses assistants.

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Ainsi le voyage sera ponctué de scénettes de fiction, destinées soit à raconter les péripéties du voyage, soit à faire vivre les lieux plus légèrement que dans une visite guidée sérieuse, et à remettre en question la vérité objective supposée du film documentaire. Le film mélangera les procédés visuels, intégrant par exemple le super 8, dans un usage qui rappelle celui qu’en faisait Derek Jarman (influence avouée de Kötting, avec Werner Herzog) ou incorporant des images d’archives, des films de familles, des photos.

vlcsnap-2013-07-16-11h33m02s219Il fera également appel à ce que le réalisateur décrit comme la technique du Soundscapping, qualifiant les décalages obtenus grâce au remontage, au découpage et au bricolage du son, qui permettent de créer des « histoires implicites ». Le son y joue le rôle d’un commentaire de l’image, un ajout, une donnée supplémentaire plus que celui de simple partie intégrante de la prise de vue. Bien souvent il contredit volontairement ce qui est montré. En multipliant les voix, en superposant plusieurs périodes, plusieurs points de vue sur le voyage, le réalisateur réorganise la narration et lui accorde une richesse et une densité extraordinaires. Il en tire un film à tiroirs, un récit à plusieurs lectures, un forme de vagabondage comme l’indique le titre Gallivant, joli mot anglais un peu archaïque, qui évoque la flânerie, le voyage entrepris à l’aventure, sans but précis, à la recherche du plaisir.

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