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JCVD

Posted in chronique, cinema with tags , , , , , , on février 11, 2009 by noreille

Il faut l’avouer, de toutes les barbaques musculeuses qui gambadent dans les films d’actions, JCVD a toujours été le plus attachant. Pas le plus fort ni le plus intelligent, non, mais le plus attachant. Ces interviews-fleuves, et multilingues, dans lesquelles il se révélait également philosophe, achevaient de nous convaincre. On l’attendait au tournant d’un rôle différent, sérieux, ou en tout cas décalé, un chouia moins physique et un chouia plus introspectif. C’est à présent chose faite avec JCVD, un film de Mabrouk El Mechri, tourné ici, à Bruxelles, non loin de son lieu de naissance. Tour à tour drôle et pathétique, subtil et lourdingue, émouvant ou ridicule, JCVD est un film comme on n’en réussit qu’une fois. Il se consacre à une réhabilitation, si besoin était, de JCVD, Jean-claude Van Damme, héros des uns, honte des autres. C’est en cela que JCVD est un film qui ne fonctionne qu’une fois. Sorti de son rôle à l’écran, et surtout lorsqu’il s’agit du même rôle de film en film, qui sait ce qui se cache dans la tête d’un acteur ? Les précédentes entreprises similaires de sauvetage, ou simplement de détournement, d’icônes de la culture populaire n’avaient jusqu’ici livré qu’un illuminé scientologue et un gouverneur républicain.


JCVD explore bien sûr à fond cette distinction entre la personne à l’écran, la personne publique, et la personne privée. Anti-héros, chien battu dans la vraie vie, le Van Damme du film craque, il a des problèmes d’argent, sa carrière bat de l’aile, il se fait vieux, il est en plein divorce et sa fille ne veut plus le voir parce que « chaque fois que mon père passe à la télé, mes amis se moquent de moi à l’école ». Egratignant en passant ses collègues, Vin Diesel, Rutger Hauer, Stephen Seagal et sa couette, JCVD a de plus en plus de mal à lutter contre la concurrence. Il s’essouffle. Et pourtant son public, ses fans, lui conservent toute leur admiration ; pour le surhomme, bien sûr, leur idole, mais aussi pour l’homme. « Il est comme tout le monde, monsieur l’agent », « il a bossé, Jean-Claude, pour aller jusqu’à Hollywood ». Mais le héros est fatigué, et le vernis s’écaille, et le public, volage, menace de se retourner contre lui. « Vous êtes plus sympa à l’écran, ça je peux vous le dire ».

Et comme les ennuis appellent les ennuis, JC continue sa descente. Dans un Bruxelles maquillé comme pour un Jeunet-Carot, il pousse la porte d’un bureau de poste, où, mais il ne le sait pas encore, il va affronter son destin. C’est alors un classique film de braquage qui démarre, rendant au passage un hommage au « Dog Day Afternoon » de Sydney Lumet, avec un sosie de John Cazale dans le rôle principal, et comme chez Lumet des manifs dans la rue pour soutenir notre héros.


A coup de flashes-back très efficaces, le film multiplie les approches, les éclairages, JCVD est examiné sous toutes les coutures. On nous le montre tour à tour fier comme un karateka, modeste comme un samurai, puis désemparé, cherchant à utiliser sa gloire qui s’enfuit pour obtenir de lamentables faveurs; « C’est incohérent, je suis Jean-Claude Van Damme, c’est des conneries ! ». Et puis, le film se fend d’une scène de confession, pétage de plombs où notre héros tragique prend conscience de sa condition et nous demande, nous, public, pourquoi tout ça, finalement, le monde, la violence (« c’est con de tuer des gens, ils sont tellement beaux »), l’injustice (« ça fait mal au cœur de voir de gens qui n’ont pas ce que j’ai »), tout ça, quoi. On savait l’homme philosophe, on nous le dévoile humaniste, lévitant zen pour la rédemption du monde, et la sienne. Située quelque part à une intersection improbable de John Woo et de Jean-luc Godard, cette scène est un sommet du film, et en marque les limites. Il n’est plus possible d’aller plus loin. Au-delà, il n’y a plus d’autre salut possible qu’un retour à la fiction, qu’un retour à l’action, comme le montre la fin (les fins) du film.


Un après-midi de chien

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , , , , , , on juin 13, 2008 by noreille

« Le braquage ne devait durer que dix minutes. Huit heures plus tard, tout le pays est rivé devant sa télé. Et tous les faits sont véridiques. » C’est ainsi que W*** B***, éditeur du DVD résume « Dog Day Afternoon », en français « Un Après-midi de Chien », un film de Sydney Lumet.

Un peu en marge de notre thématique « cinéma du complot », quoique … Le film est une des petites merveilles produites par le cinéma (presque-)indépendant américain des années septante. Attention aux spoilers… droit devant…

Tourné en 1975, ce film n’est pas un film de braquage classique. Contrairement à la plupart des Heist films, on n’assiste pas à la traditionnelle préparation du coup, de la formation de la bande, la recherche des complices idéaux, à la surveillance des lieux, au minutage des rondes, etc… Dès le début du film, on sait que tout va foirer. Le film s’ouvre, après un préambule sur la vague de chaleur sur New York cet été-là, qui donne son titre au film, sur l’arrivée de la bande sur les lieux du crime, une petite succursale de banque, en train de terminer sa journée. Le dernier client (une cliente) sorti, la banque peut fermer, mais les braqueurs qui faisaient la file après elle, ont un pied dans la place et vont pouvoir forcer le personnel à vider les coffres. Excellent script, porté par de non moins excellents acteurs, le film joue moins sur un suspense un peu léger (vont-ils s’en sortir?, oui ou non?) que sur des situations et retournements de situations inattendus, où le casting produit des merveilles, provoquant des étincelles dans les dialogues et des feux d’artifices dans les scènes de bravoure dont est truffé le film. Al Pacino y est sonny, un improbable gangster sentimental, braqueur par amour, écrasé par ses responsabilités; John Cazale, Sal, son complice, timide et taciturne, suicidaire qui n’a jamais pris l’avion.

Cinq minutes après le début du film, le gang se retrouve seul, largué par leur troisième homme, le chauffeur, qui ne résiste pas au trac. Quelques secondes plus tard, le téléphone sonne. C’est la Police, elle est devant la banque, dans l’échope du barbier, le magasin d’en face. Vous êtes cernés, ne faites pas les cons. Le film passe alors très vite dans le registre de la farce tragique. Comme dans une tragédie classique, le sort est déjà jeté et l’intrigue ne sera plus de savoir comment cela finira. En quelques minutes, un choeur (au sens grec du terme, de chorale narrative) s’est rassemblé autour de la banque, badauds, curieux, passants, qui vont prendre parti alternativement pour les uns ou les autres, les bons ou les méchants, les voleurs ou les forces de l’ordre. Sonny va se découvrir une vocation d’entertainer, de communicateur, entraînant la foule à sa suite, à travers ses démêlés avec sa famille ( sa mère, amenée là par la Police pour le raisonner), son amant et ses prises de positions bidon (Dans une scène mémorable, il se ralliera la foule en mentionnant la prison d’Attica, symbole de la brutalité policière américaine, depuis la révolte qui y avait eu lieu en 1971).

Son interlocuteur, le sgt Eugene Moretti, interpreté par l’impeccable Charles Durning, lui donnera la réplique, du ton blasé du vieux flic qui se voit obligé d’expliquer les règles du jeu au truand débutant, amateur et maladroit. Il sait, lui, que des vies sont en jeu, que la prise d’otage finira dans le sang, et que la seule question à régler est de savoir qui versera ce sang, otages, gangsters, policiers ou badauds.