Archive pour field recording

Pas le temps d’écrire …

Posted in chronique, experimental, musique, pop with tags , , , , , , , , , , , , , , on juin 18, 2011 by noreille

Trop occupé à écouter :

Excellente collaboration entre ces deux grands bonshommes.

Plus de renseignements et extrait sonore ici

Également sur la platine:

Mist : « House », sur  Spectrum Spools, le nouveau sous-label de mégo, géré par John Elliott, des Emeralds. Electronique à l’ancienne, synthétiseurs vintage, arpeggiators, ring-modulators, et tout ça. Quelque part entre le plus planant du krautrock et les laboratoires sonores d’après-guerre.

Et à ne manquer sous aucun prétexte, sur le même label:

L’excellent « Canzoni dal Laboratorio del Silenzio Cosmico » de Bee Mask, deux longues plages d’expérimentation électronique, très dense sans être indigeste, très variée sans faire démonstration. Excessivement recommandable. On peut en apprendre plus sur Chris Madak/ Bee mask sur son site, où il propose quelques extraits de ce disque et d’autres encore.

Et enfin:

« Static island » d’Aymeric de Tapol, sur tsukuboshi, fascinant trip sonore, orageux, inquiétant et tout à la fois lumineux, serein. Composé à partir de ses field-recordings, c’est un passionnant travail de cadrage, tantôt composé tantôt laissé tel quel. Comme le dit le blurb du label: « Les prises bourdonnent d’une manière tout à la fois ample, profonde, mais aussi céleste et mélodique. La frousse et les dissonances, les échos et les masses organiques, la symbolique moyen-ageuse du sonore et le Microsound, son album nous invite avant tout à redécouvrir la terre en écoutant le chant d’étoiles .. au loin. » Ecouter ici.

Publicités

Cindytalk – the crackle of my soul

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , , on mars 5, 2010 by noreille

On ne s’attendait pas vraiment à un retour de Cindytalk, et encore moins à un retour d’une telle force. On se souvenait du projet de Gordon Sharp pour sa participation au projet This Mortal Coil du label 4AD, et depuis lors, presque rien, l’album Wappinshaw de 1994 passant quasiment inaperçu, et ensuite pas un coup de téléphone, à peine une carte postale. Et pourtant l’homme a voyagé, après l’Ecosse, puis Londres, il s’est successivement établi en Californie, à Hong-Kong, puis au Japon. C’est ainsi dans trois studios successifs, en trois lieux et trois environnement différents, qu’il a entamé la réalisation de cet album, qu’il mettra huit ans à terminer. Travaillant seul pendant longtemps, il va transformer le groupe Cindytalk en un nouveau concept, lui qui avait jusque là été reconnu principalement comme chanteur, allait se lancer en solo dans la conception d’un album entièrement réalisé sur son laptop, à partir de prises de sons diverses, et surtout extrêmement éloigné du format chanson. Dépourvu de rythmes ou de mélodies, le disque est par contre rempli de textures extraordinaires, tantôt délicates, tantôt brutalement stridentes. Le ton est étonnamment dur, les sons sont abrasifs, les constructions sans concessions. L’ensemble est à la fois douloureux et irrésistiblement séducteur, évoquant quelques figures de l’électronique radicale, Kevin Drumm ou  Pita, pour les sons perçants, saturés de bruit blanc, qu’il met en mouvement, mais s’en démarquant par une personnalité très marquée. « The Crackle of My Soul” est publié chez mego, ce qui est une autre indication de la nouvelle orientation de Cindytalk, qui promet de le faire suivre de plusieurs autres productions dans l’année.

Son blog – of ghost and buildings – est rempli à ras-bord d’informations, interviews, extraits sonores inédit (un très beau set noise enregistré à kyoto, notamment) et de liens en tous genres. The Crackle of my Soul » sera suivi d’un split-lp vinyle, réunissant pour une face chacun Robert Hampson et Cindytalk.

Voici un extrait d’un concert à Bordeaux avec son nouveau « backing group ».

Jean Pallandre/Xavier Charles/Marc Pichelin – Atlanta

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , on février 17, 2010 by noreille

Atlanta est la conjonction de trois démarches. Carte postale sonore de la ville publiée par le label/association française Ouï-dire, un collectif rassemblant des musiciens issus de la scène électro-acoustique, de la musique improvisée ou du jazz, et de la phonographie, ce disque met en scène des tranches de la ville, des saynètes, dans des vignettes où le field-recording brut est soutenu par des incursions subtiles du clarinettiste Xavier Charles. Intégralement enregistrée « in situ », et non pas ajoutée au montage, cette intervention musicale discrète s’immisce dans les différents plans selon un mode spécifique aux lieux, parfois simple souffle, parfois bruissement ou stridence. Elle est à la fois un personnage ajouté à l’environnement sonore et celui qui nous en détermine le point de vue, qui en fixe le cadre, la mesure. A travers les différents lieux explorés, une scène au bord de la voie ferrée, une interview avec le barbier local, une visite au diner’s, des soundscapes diurnes ou nocturnes, intérieurs ou extérieurs, etc., les sons de la ville et ceux du musicien se côtoient, dialoguent parfois. Leurs relations restent toutefois bien tranchées, la volonté de Pallandre et Pichelin étant de maintenir pour cette carte postale les rôles de chacun bien séparés. La phonographie doit ici pour eux rester du coté du documentaire, et non se faire musique ; elle ne doit avoir d’esthétique que ce qui est déjà présent en elle, et non être manipulée pour le devenir. Proche des créations radiophoniques d’un Yann Paranthoën, par exemple, qui signe d’ailleurs une carte postale sur le même label, ce disque utilise tous les attributs du son, du détail au paysage élargi, du bruit à la parole, de l’image au sens, et se comporte comme une pièce acousmatique où différentes fonctions sont attribuées aux différentes couches qui constituent l’ensemble. Elle est un document subjectif mais strictement réaliste, concret, et les seules manipulations audibles de la matière sonore d’origine sont les empreintes du montage qu’ont réalisé les auteurs. Ce montage, généralement limité à des coupes discrètes au début et à la fin des morceaux, comporte également des finesses dans certaines scènes, reconstruites pour constituer un monde complet de quelques minutes. Les différents passages s’imbriquent alors sans couture apparente, et concentrent le propos, sans pour autant l’accélérer outre mesure, ni le dramatiser inutilement. Le travail des trois musiciens est avant tout un travail d’observation, et de restitution d’une ambiance, d’un panorama. Il s’agit de transposer un espace acoustique, et de transporter la plus intacte possible l’aura sonore de la ville d’Atlanta jusqu’à un couple de haut-parleurs.

Justin Bennett – Cityscape

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , on janvier 5, 2010 by noreille

L’enregistrement du son des villes, et la composition de paysages sonores urbains peut rapidement sombrer dans le prosaïsme, la fadeur, et il faut les qualités musicales d’un Justin Bennett pour organiser de manière subtile des sons aussi communs à nos oreilles que le brouhaha et la rumeur des rues. Sans doute est-ce la familiarité qui tend à rendre trivial ce bourdonnement perpétuel qui nous entoure, habitués que nous sommes à le neutraliser, à l’ignorer. Ces sonorités extraites du quotidien doivent, pour être perçues à nouveau, être représentées dans un nouveau contexte, dans un agencement neuf. En éludant le spectaculaire, l’événementiel, ou l’anecdotique, et en se concentrant sur des plans larges, Justin Bennett nous propose une série de paysages urbains tels qu’on pourrait les entendre du haut d’un balcon, ou par une fenêtre ouverte. C’est ici une ambiance générale, l’ « aura » de chaque ville, qui nous est présentée. Les distinctions entre elles sont quelquefois floues, mais, s’il est difficile d’isoler et de reconnaître à coup sûr les villes sélectionnées, on perçoit nettement les différentes qualités sonores de chacune. Enregistrée sur une période de trois ans, de 1993 à 1996 dans des villes aussi dissemblables que La Hayes, Paris, Rotterdam, Lisbonne, Hambourg, Tanger, Amsterdam, Fès, Münster et Prague, la pièce se déroule d’un seul tenant, comme un long carnet de voyage, un travelogue où d’invisibles tunnels secrets relieraient instantanément chaque cité aux autres, permettant une transition souple, imperceptible, entre chaque environnement sonore. Justin Bennett a une longue expérience de ce type de composition, qu’il utilise dans ses créations radiophoniques comme dans ses installations audio-visuelles. Sa prédilection pour les ambiances minimalistes, presque neutres, l’amène à créer des assemblages complexes, parcourant des micro-variations subtiles. Ces paysages en demi-teintes semblent, si on n’y prend garde, être totalement statiques et uniformes, mais sont en réalités constitués d’une grande variété de textures, de densités, de perspectives, enchaînées, entrelacées, tuilées, pour ne faire plus qu’un seul panorama, un seul horizon. S’il peut se glisser à l’arrière-plan, et se mêler sans problème au bruit ambiant, le disque résiste également à une attention soutenue, et une écoute au casque en révèle toute la finesse, à la fois comme document sonore et comme création musicale. Il parvient alors à être à la fois précis, rempli d’information, et complètement immersif. On comprend aisément la volonté de Justin Bennett de concentrer l’essentiel de son travail dans le domaine de l’installation sonore où ses pièces peuvent être présentées soit in situ dans un rapport direct avec le visuel, soit de la manière enveloppante qui convient à sa démarche.

quelques liens:

the mosque of Tanger – un soundscape de Tanger à travers les différents appels à la prière qui résonnent dans la ville.

le site du label unsound.

une discographie/catalogue d’expo/bio … complete de Justin Bennett sur BMBCON, avec des liens vers ses soundwalks d’Amterdam.

Christopher McFall – the city of almost

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , , on décembre 16, 2009 by noreille

Christopher McFall est un musicien qui a publié des pièces sur la plupart de mes netlabels favoris : CON-V, Homophoni, Alg-a, And/OAR… Il a également publié il y a quelques années un cd intitulé Four Feels for Fire sur le label entr’acte, ce qui est encore une fois un gage de qualité. Avec une remarquable constance, il développe un travail à long terme, basé sur son environnement et, de plus en plus, sur ses sentiments par rapport à celui-ci. Christopher McFall est originaire de Kansas City. Il travaille à partir de field-recordings et de bandes magnétiques, qu’il traite informatiquement. La plupart de ses pièces se basent sur les ambiances particulières des régions industrielles du Kansas et du Missouri. Ces régions, dévastées par la crise et laissées à l’abandon, sont le prétexte à des compositions reflétant la ruine, la perte de sens, de finalité de cet environnement déchu, rendu à la poussière et à la chaleur. Entamées dans un mode relativement documentaire, ses prises de sons ont rapidement donné lieu à un traitement fort différent, qui ne restituerait plus simplement la réalité de ces friches industrielles, de ces bâtiments saccagés, ou en voie de rénovation, de ces zones longtemps délaissées et aujourd’hui en cours de gentrification. Si le commentaire est toujours présent dans le choix des lieux à enregistrer et à « illustrer », c’est de plus en plus un point de vue qui est exprimé, à la fois interprétation d’une situation socio-économique, et vision de plus en plus impressionniste de l’auteur. Le field-recording est ainsi, comme la photographie, un genre qui oscille continuellement entre une objectivité impossible et une vision artistique qui resterait résolument consciente des limitations du statut d’ « auteur » , qui tiendrait compte de la part du hasard, de la part de circonstances imprévisibles, de la part de données immanentes, qui rentrent dans le processus de création. La proportion de contribution personnelle de l’artiste est à mettre en balance avec la participation d’éléments purement arbitraires, de contingences, de conjonctures. Sans rejeter ce postulat, Christopher McFall intègre depuis quelques temps un plus grand apport subjectif dans ces compositions, les rehaussant de sa propre réponse émotionnelle à son « biotope », traduisant ambiance et atmosphère à travers un filtre à la fois biographique et affectif, cherchant à appliquer à son œuvre « de l’intention, de la cohérence, et de l’esthétique ». A l’opposé des positions strictement documentaires, prétendument objectives, de l’école de l’écologie sonore (de Murray Schafer à Hildegard Westerkamp), McFall colore ses enregistrements de ses propres sensations.  Il les retravaille pour n’en conserver que quelques éléments significatifs, les réorganise en tableaux nostalgiques, calquant sa palette sonore sur la détérioration qui l’entoure. Ainsi on trouve dans son nouvel album the city of almost sorti sur le label  sourdine des échos des rues , des bâtiments, des chantiers, des usines désaffectées de son Kansas city, des reflets du vent, de l’orage, de la pluie, mais aussi des réminiscences des habitants de la région, quelques voix, des choeurs fantômatiques, … Proche d’un William Basinski ou d’un Jim Haynes pour sa capacité à associer à l’usure, à la dégénération, à la déterioration, imitée dans sa musique par la dégradation systématique et volontaire des enregistrement, une signification métaphorique, sentimentale. Ses textures reproduisent la poussière, la rouille, la ruine…  mais aussi l’inquiétude, la nostalgie, l’émerveillement, la peur … Loin d’une simple carte postale sonore, le disque est avant tout une confrontation entre un paysage et l’âme et le cerveau du sujet qui l’habite.