Archives de 78 tours

victrola blog

Posted in chronique, experimental, Uncategorized with tags , , on janvier 20, 2009 by noreille

Une bonne nouvelle: Rob Millis, membre de climax golden twins, et  l’un des responsables de ce magnifique objet qu’est la compilation Victrola Favorites: Artifacts from Bygone Days, vient de lancer son blog. On peut espérer y trouver d’autres découvertes magnifiques, et des récits aussi palpitants que ces voyages à travers l’Asie et l’Amérique Latine et des rencontres comme celle de ces collectionneurs de 78 tours indiens, découverts durant ses voyages. Car comme beaucoup de passionnés et de collectionneurs, chaque voyage se transforme en chasse au trésor, comme cet autre périple, à Buenos Aires cette fois. Le blog de Rob Millis est également l’occasion, pour ceux qui avait aimé les illustrations, pochettes et vignettes qui font de Victrola Favorites une fête pour les yeux, de retrouver quelques-unes de ces récentes trouvailles.

Give me love

Posted in chronique, musique traditionnelle with tags , , , , , on novembre 12, 2008 by noreille

Songs of the brokenhearted – Baghdad, 1925 – 1929


Cela commence à tourner à l’obsession, il semblerait que chaque sortie du label Honest Jon’s réclame une chronique immédiate et enthousiaste. Après sa série consacrée à la musique de la communauté immigrée noire de Londres (« London is the place for me »), après son association avec le label Basic Channel (« Basic Replay »), après ses excursions maliennes (« Mali Album » de Damon Albarn, partenaire du label) ou nigériane (« Lagos Shake » de Tony Allen), c’est ici encore une nouvelle exploration fascinante qui débute. Le label a en effet eu la chance de se voir ouvrir les portes du dépôt de Hayes dans le Middlesex. Cet entrepôt, qui appartient à la firme EMI, renferme des archives discographiques conservées là par la compagnie depuis la construction de ses usines dans la région, en 1906. Autrefois un site florissant, employant quelques 14.000 personnes, les usines sont aujourd’hui désertes ou en cours de démolition, et ne subsistent que quelques entrepôts, dont celui qui nous intéresse ici. A l’intérieur, Mark Ainley, co-fondateur d’Honest Jon’s a trouvé ce qui rassemble le plus beau rêve et le pire cauchemar de tout collectionneur de disques ; des milliers de disques posés sur des centaines d’étagères, avec pour seule indication leur numéro de catalogue. Aucun inventaire, aucun commentaire, aucune forme de classement et un devoir à la fois fabuleux et infernal, celui de … tout écouter. Le projet derrière cette tâche herculéenne est de publier ensuite plusieurs anthologies organisées par pays ; quelques volumes sont ainsi prévus qui concerneront la Turquie, le Liban, la Grèce, l’Egypte, le Congo Belge, etc. Mais le premier volume de cette future série est déjà disponible, il est consacré à l’Irak et porte le très beau titre de « Give Me Love: Songs of The Brokenhearted – Bagdad 1925-1929”.

Collectées à une époque où ce genre d’entreprise avait encore quelque chose d’épique, les vingt-deux plages du disque ont été sélectionnées parmi plus de neuf cents titres enregistrés à Bagdad durant quatre sessions entre 1925 et 1929. Elles couvrent plusieurs traditions musicales séparées, qui se mélangent ici, celles de l’Irak, de Bahreïn, du Kurdistan et du Koweït. Le livret, extrêmement détaillé, est indispensable pour comprendre le contexte attaché à chaque morceau, ses origines, sa signification, un aperçu furtif des musiciens et du public auquel il s’adressait. Magnifiquement restaurées à partir des 78 tours originaux, la musique se répartit entre taqsim, pièces instrumentales mélancoliques, et ballades déchirantes. Les textes sont quelquefois essentiels pour comprendre le caractère bouleversant de certaines chansons.

Comme le titre l’indique, la sélection a été faite parmi les plages les plus poignantes, les plus émotionnelles du répertoire découvert ici. Quelle que soit l’origine ethnique du musicien : Arabe, Juif, Kurde… ou sa classe sociale : paysan, musicien professionnel, prostituée…, chacune des plages choisies communique une urgence, une sensualité, une émotion dramatique. Torch songs flamboyantes, amours impossibles, éloignements tragiques, séparations fatales, l’album décline l’amour dans ce qu’il a de plus dramatique, de plus douloureux ; le chant s’y brise sous l’émotion, les voix en frissonnent tandis que les cœurs brisés se lamentent de souffrance. Désespoir d’un autre âge, délice du supplice, la sélection de Mark Ainley passe outre de l’éloignement culturel, et nous offre une griserie un peu surannée, mais toujours extraordinairement présente.

Living is hard

Posted in chronique, musique traditionnelle with tags , , , , , on juin 5, 2008 by noreille

Living Is Hard
West African Music In Britain, 1927-1929
HONEST JON’S RECORDS

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Honest Jon’s Records est, faut-il le rappeler, le label qui nous avait déjà donné la magnifique série “London Is The Place For Me” consacrée à la calypso, au kwela, au highlife et au bebop enregistrés par la communauté noire de Londres dans les années 50. Avec cette nouvelle série, le label remonte cette fois un peu plus loin dans le temps, pour déterrer des enregistrements réalisés à Londres toujours, mais cette fois dans les années 20. Réalisés par le label Zonophone à partir de 1927, ces 78 tours étaient consacrés à la musique de l’Afrique de l’Ouest, et des colonies anglaises qui s’y trouvaient alors. Destinés à l’origine au marché Ouest-Africain, et chantés dans toutes les langues de la région: Wolof, Temni, Yoruba, Vai, Fanti, Hausa, Ga et Twi, ces disques étaient généralement réalisés en faisant faire aux artistes le voyage du Ghana ou du Nigéria jusqu’aux studios de Londres, mais aussi dans certains cas en se basant sur une petite communauté naissante de musiciens noirs, immigrés en Angleterre au début du siècle passé. Accompagnant l’immigration africaine en Grande-Bretagne, et sa douloureuse histoire ponctuée d’exploitation, de violence raciste et d’exclusion, ces musiciens ont ainsi réalisé pour Zonophone des centaines de disques, qui furent ensuite exportés en Afrique.

Malgré l’origine coloniale de ces enregistrements, ces disques sont pour la plupart dépourvus de toute trace de fusion, de “blanchissement”. Il n’y a ici aucune volonté d’inclure le public blanc, aucune recherche de popularité auprès du public de Grande-Bretagne, on dirait aujourd’hui aucun compromis. Entièrement tournés vers l’Afrique et s’adressant quasi exclusivement aux communautés traditionnelles de leurs pays d’origine, les musiciens édités par le label ne vont pas chercher le highlife, l’accommodement, le moyen terme. S’il existait un (petit) public à cette époque pour la musique des communautés noires, c’était pour celles des autres continents, la musique des anciens esclaves noirs des Etats-Unis et des Caraïbes. Ce n’était pas encore le blues, mais bien le ragtime ou la musique des Minstrels Shows, qui plaisaient alors. Mais même si l’on entend parfois quelques traces de musique des Caraïbes, ou l’intervention d’une guitare ici ou là, cette anthologie nous montre bien l’exact opposé de ces spectacles. Les musiques sont ici résolument traditionnelles, résolument afro-africaine, sans mélange. Elle sont enracinées dans les musiques folkloriques et les musiques de trance d’Afrique de l’Ouest.

A l’époque où naissait le concept, encore très « ethnologique » et documentaliste de field recording, d’enregistrement de terrain, et où ses concurrents établissaient des studios locaux, sur place, en Afrique ou ailleurs, le cas du label Zonophone est assez étonnant. Il aura toutefois permis à de nombreux musiciens le « passage vers l’Europe ». Bien d’entre eux resteront à Londres et rejoindront une communauté  de plus en plus grande de musiciens noirs africains, qui sera, comme la communauté jamaïcaine qui la rejoindra quelques années plus tard, d’une grande importance pour le futur dévelopement de la musique anglaise.