Archive pour honest jons

The world is shaking. Cubanismo from the congo, 1954-55– (honest jon’s)

Posted in musique, musique traditionnelle, pop, pop culture with tags , , , , , , , , , on novembre 3, 2009 by noreille

Inutile de revenir une fois de plus sur l’excellence du label Honest Jon’s et le travail magnifique de réédition auquel il s’est attaqué depuis la redoutable opportunité qu’a représenté pour eux l’accès aux archives de 78tours du label EMI, qu’ils explorent aujourd’hui fiévreusement. Plongeons-nous plutôt dans le contenu de cette nouvelle anthologie, consacrée au répertoire congolais des années cinquante. Si la rumba congolaise a obtenu une place de choix dans le panorama des musiques du monde, à travers ses différents styles, ses multiples variations, depuis ses origines jusqu’à son imposition comme LE genre musical hégémonique de toute l’Afrique Centrale, peu de choses sont connues de ce passage historique du high-life qui l’a précédé au melting-pot d’influences qui constitue la rumba et le soukouss telle que nous la connaissons. Pour beaucoup de gens, la rumba du Congo belge et du Congo français ne démarre qu’à la fin des années cinquante, avec des formations légendaires comme l’OK-Jazz, le Tout Puissant Orchestre Kinshasa  de Franco, fondé en 1956 ou l’African Jazz du Grand Kalle dont le plus grand succès sera « independance cha cha cha » en 1960. Les artistes présents sur « The World is shaking » étaient actifs un an ou deux auparavant et illustrent les débuts trépidants de cette musique, qui faisait les belles heures des night-clubs de Brazzaville et de Léopoldville, avant de devenir un cri de ralliement pour les partisans de l’indépendance et de la décolonisation. Au milieu de cette décennie, les bars et les clubs des deux capitales attiraient une foule bigarrée de dandys (les fameux sapeurs, qui se rallieront plus tard à la Société des Ambianceurs et des Personnes élégantes), d’employés en goguette, de voleurs à la tire, et des rares blancs se mêlant à la population locale pour faire la fête dans les quartiers noirs. Cette fête permanente débordant de tous les bars de l’Avenue Prince Baudouin avait pour bande-son une nouvelle musique, créée au shaker à base de tout ce qui était alors importé en Afrique par la radio et les 78tours : le jazz de Louis Armstrong, les bluettes sentimentales de Tino Rossi, et surtout les rythmes latinos-américains de la musique afro-cubaine, le tout récent cha cha cha et la rumba. Retour aux sources des rythmes africains, ce sont ces musiques, une fois leurs textes espagnols échangés pour des textes en Lingala ou en Kikongo, qui vont alors définir la musique congolaise pour les cinquante ans à venir. C’est l’époque où les sanza et les likembe africains, les « pianos de brousse », seront supplantés par les guitares, et où les flûtes feront place aux saxophones. Tous ces instruments nouveaux pour le continent seront en quelques années domestiqués et maîtrisés pour être mis au service d’une frénésie d’expérimentation en tout sens, propulsant les entrelacs complexes de la musique traditionnelle vers les rythmes effrénés du soukouss, du kwassa kwassa, et plus tard, du ndombolo. En 1954 tout cela restait à inventer, mais ce que cette anthologie présente est plus qu’un début prometteur. C’est un témoignage tonitruant d’une musique fascinante, en pleine mutation, inventée au fur et à mesure qu‘elle se jouait, et interprétée avec une fougue, une flamme et une jubilation hautement communicatives, qui émeuvent encore, plus de cinquante ans plus tard.

Living is hard

Posted in chronique, musique traditionnelle with tags , , , , , on juin 5, 2008 by noreille

Living Is Hard
West African Music In Britain, 1927-1929
HONEST JON’S RECORDS

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Honest Jon’s Records est, faut-il le rappeler, le label qui nous avait déjà donné la magnifique série “London Is The Place For Me” consacrée à la calypso, au kwela, au highlife et au bebop enregistrés par la communauté noire de Londres dans les années 50. Avec cette nouvelle série, le label remonte cette fois un peu plus loin dans le temps, pour déterrer des enregistrements réalisés à Londres toujours, mais cette fois dans les années 20. Réalisés par le label Zonophone à partir de 1927, ces 78 tours étaient consacrés à la musique de l’Afrique de l’Ouest, et des colonies anglaises qui s’y trouvaient alors. Destinés à l’origine au marché Ouest-Africain, et chantés dans toutes les langues de la région: Wolof, Temni, Yoruba, Vai, Fanti, Hausa, Ga et Twi, ces disques étaient généralement réalisés en faisant faire aux artistes le voyage du Ghana ou du Nigéria jusqu’aux studios de Londres, mais aussi dans certains cas en se basant sur une petite communauté naissante de musiciens noirs, immigrés en Angleterre au début du siècle passé. Accompagnant l’immigration africaine en Grande-Bretagne, et sa douloureuse histoire ponctuée d’exploitation, de violence raciste et d’exclusion, ces musiciens ont ainsi réalisé pour Zonophone des centaines de disques, qui furent ensuite exportés en Afrique.

Malgré l’origine coloniale de ces enregistrements, ces disques sont pour la plupart dépourvus de toute trace de fusion, de “blanchissement”. Il n’y a ici aucune volonté d’inclure le public blanc, aucune recherche de popularité auprès du public de Grande-Bretagne, on dirait aujourd’hui aucun compromis. Entièrement tournés vers l’Afrique et s’adressant quasi exclusivement aux communautés traditionnelles de leurs pays d’origine, les musiciens édités par le label ne vont pas chercher le highlife, l’accommodement, le moyen terme. S’il existait un (petit) public à cette époque pour la musique des communautés noires, c’était pour celles des autres continents, la musique des anciens esclaves noirs des Etats-Unis et des Caraïbes. Ce n’était pas encore le blues, mais bien le ragtime ou la musique des Minstrels Shows, qui plaisaient alors. Mais même si l’on entend parfois quelques traces de musique des Caraïbes, ou l’intervention d’une guitare ici ou là, cette anthologie nous montre bien l’exact opposé de ces spectacles. Les musiques sont ici résolument traditionnelles, résolument afro-africaine, sans mélange. Elle sont enracinées dans les musiques folkloriques et les musiques de trance d’Afrique de l’Ouest.

A l’époque où naissait le concept, encore très « ethnologique » et documentaliste de field recording, d’enregistrement de terrain, et où ses concurrents établissaient des studios locaux, sur place, en Afrique ou ailleurs, le cas du label Zonophone est assez étonnant. Il aura toutefois permis à de nombreux musiciens le « passage vers l’Europe ». Bien d’entre eux resteront à Londres et rejoindront une communauté  de plus en plus grande de musiciens noirs africains, qui sera, comme la communauté jamaïcaine qui la rejoindra quelques années plus tard, d’une grande importance pour le futur dévelopement de la musique anglaise.