Stephan Mathieu – Un Coeur simple

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Ce nouvel album de Stephan Mathieu reprend la musique qu’il a composée pour une pièce de théâtre de Christoph Diem adaptée de la nouvelle du même titre de Gustave Flaubert. Première des trois nouvelles qui composent le recueil  » Trois Contes « , paru en 1877, trois ans avant la mort de l’auteur,  » Un Coeur simple  » est une étude de caractère un peu amère, un peu nostalgique, basée sur ses souvenirs d’enfance, et a pour personnage principal une servante, Félicité, employée à Pont-l’Evêque dans la famille d’une jeune veuve, madame Aubain, et de ses deux enfants, Paul et Virginie. La nouvelle est souvent interprétée comme une nouvelle version, une relecture de Madame Bovary. Elle retrace la vie entière de Félicité, depuis son amour de jeunesse déçu jusqu’à ses dernières années, à travers les décès qui rythment son existence. Celle-ci n’est éclairée que par deux choses, sa foi en une religion catholique qu’elle interprète à sa façon, et un perroquet  » venu des Amériques « . Mélodrame déchirant, dépourvu de toute ironie, c’est une nouvelle sombre, désabusée, que son auteur voulait voir bouleverser jusqu’aux larmes ses lecteurs. Stephan Mathieu aborde la bande-son du spectacle avec le même sérieux, la même absence d’ironie. La musique est triste et lumineuse à la fois, toute en harmonies de couleurs passées, comme l’est l’histoire. Elle se veut transparente, diaphane presque, délicate jusqu’à l’absence. Stephan Matthieu s’est beaucoup intéressé ces dernières années aux instruments anciens, comme sa cithare sur table ou sa viole de gambe ténor, dont il fait vibrer les cordes avec un E-Bow, et aux technologies obsolètes comme le 78 tours et le phonographe. Mais plutôt que d’en faire une démonstration nostalgique, il en tire avant tout des textures, des couleurs, et une aura dont on ne sait dire si elle est imaginée ou réelle. Mathieu ne s’écarte de son esthétique de drones et d’harmoniques que pour inclure quelques fragments de musique ancienne, l’une de Guillaume Dufay (1400-1474) et l’autre de Tomás Luis De Victoria (1548 – 1611), toutes deux dans des exécutions remontant à l’entre-deux-guerres. Ces deux moments sont presque traités comme des interludes, de brefs moments de réalisme avant de retourner à la limpidité abstraite de sa musique des sphères.

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