Archives de installation sonore

Eliane Radigue – Feedback Works 1969-1970

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , , , on juin 12, 2013 by noreille

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Après le label Important, Alga Marghen poursuit l’exploration des débuts en musique d’Eliane Radigue. Entamée en 2010 avec la publication de Jouet Electronique/Elemental I, cette entreprise de réédition s’attaque à présent aux installations sonores réalisée par la musicienne entre 1969 et 1970. Ces pièces jusqu’ici inédites sont assez proches stylistiquement de ses autres œuvres datant de la même période, c’est à dire avant la découverte par Éliane Radigue de son instrument fétiche, le synthétiseur ARP 2500. Avant cette rencontre, sa technique se basait sur un usage radical du feedback, de la réverbération, une démarche qui lui permettait, avec des moyens très simples (un micro, des haut-parleurs, une table de mixage et quelques enregistreurs à bande donnés par Pierre Henry, son patron au Studio d’Essai de la R.T.F), de se lancer dans une étude approfondie des sons continus, statiques, presque en suspension, qu’elle allait utiliser durant toute sa carrière. Ses premières réalisations, pré-électronique, ont le charme de leur simplicité, de leur immédiateté. Elles témoignent d’une démarche contemplative, retrace une découverte, presque une révélation. Une fascination pour ce temps ralenti à l’extrême, presque immobile mais toujours en mouvement, qui caractérise aujourd’hui encore toute l’œuvre d’Éliane Radigue, que ce temps soit interprété de manière acoustique, sur instruments, comme dans ses travaux les plus récents, de manière électronique, ou encore, comme alors, sur bande magnétique. Ce travail sur bande magnétique a non seulement inspiré la production de pièces basées sur le feedback, mais aussi leur exécution. Conçues pour être diffusées comme des installations sonores, un concept tout nouveau pour l’époque, elles se présentent, matériellement, sous la forme de plusieurs bandes contenant des fragments de compositions, qui ne prennent leur sens que lorsqu’elles sont jouées simultanément, leurs contenus superposés, les différentes durées des bandes assurant une combinaison aléatoire, renouvelée à chaque fois, une technique de chevauchement comparable aux déphasages de Steve Reich, qui magnifie les infinitésimales modulations ondulatoires du feedback, la physicalité des vibrations. Pour la réédition de ces trois pièces, “Stress Osaka”,“Omnht“ et “Usral”, une version stéréo a été réalisée par Emmanuel Holterbach à partir des bobines et des boucles originales. (BD)

Miki Yui – Magina

Posted in chronique, experimental, musique with tags , , , , , on avril 22, 2011 by noreille

Si nous entendons en continu, sans jamais pouvoir fermer les oreilles comme on ferme les yeux, ne serait-ce qu’un instant, cela ne veut pas pour autant dire que nous écoutons en permanence. Notre audition est conditionnée comme tous nos autres sens par une nécessité de sélection dans notre perception, qui nous empêche de prendre en compte tous les sons qui nous entourent. Les premières victimes de cette sélection sont les sons les plus communs, les plus familiers, qu’on entend trop que pour les remarquer encore, et les sons les plus faibles, que leur volume fragile condamne à être éternellement écrasés, masqués, par d’autres plus musclés, plus costauds. Ce sont justement ces sons qui intéressent Miki Yui, ces sons un peu chétifs qui sont pourtant comme d’autres, et souvent plus que d’autres, chargés de mémoire. Ce sont eux qui à peine audibles et à peine entendus, laisse d’un endroit, ou d’un moment, un vague souvenir, imprécis mais persistant, une perception confuse et flottante pour des moments insaisissables.

Si elle a publié jusqu’ici quatre disques en onze ans, Miki Yui est toujours aujourd’hui plus connue dans le domaine de l’installation sonore que dans celui de la musique. Elle y a développé et raffiné une mise en scène de ces « petits sons », dans des créations associant des objets usuels, des dessins épurées, et de minuscules haut-parleurs diffusant sa musique minimale, construite à base de prises de sons, de field-recording, reproduisant le son d’autres objets encore. Des installations délicates et toujours très simples associant parfois un seul objet et un haut-parleur, un bol ébréché comme on en trouve dans toutes les maisons, une feuille de papier blanc, de la poussière, des graines, du bois, etc. et toujours ces petits diffuseurs piezzo qui émettent des sons infimes, abstraits, bruissement plus que musique, irrémédiablement présents sans toutefois s’imposer. Comme Rolf Julius avait qui elle a travaillé (jusqu’au décès de ce dernier en janvier 2011), c’est pour elle ce dialogue, cette coïncidence entre des objets presqu’insignifiants et des sons à peine audibles qui donne vie à l’œuvre, quand elle est réussie, et sollicite par leur interaction l’imagination du spectateur, ses souvenirs, sa rêverie.

Il est bien sûr tentant d’écouter les disques de Miki Yui dans des conditions similaires à ses installations, en les laissant tourner à faible volume pour qu’ils se mêlent imperceptiblement à leur environnement. Ils semblent alors modifier l’espace, comme la lumière peut sembler changer la couleur de l’air, ou comme un parfum léger peut faire voyager dans le temps. Ou bien au contraire ils peuvent s’écouter comme des disques « normaux » voire même s’écouter attentivement, au casque, pour percevoir le détail déroutant de ces constructions. Parmi ces disques, ce dernier, « magina », est peut-être le plus ouvertement musical, le plus mélodique. Si les précédents albums reproduisaient les sonorités utilisées dans ses installations presque tels quelles, comme des fragments bruts, une documentation de la variété de ses sons, présentés, exposés, sans chercher à trop les mélodiser, mais bien à leur permettre de se fondre dans le paysage (l’album ‘lupe luep peul epul’ par exemple recommandait une écoute aléatoire, à faible volume), celui-ci semble  (mais c’est tout relatif, bien sûr) vouloir plus s’imposer, et réclamer l’attention. Comme les précédents il flotte dans une atmosphère effleurant la mélancolie, et ne gardant que des traces floues, des souvenirs intangibles, des événements qu’il évoque.

quelques extraits sonores sont disponibles ici:

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Permafrost – Aernoudt Jacobs

Posted in chronique, experimental with tags , , , , , , , , on novembre 25, 2009 by noreille

Découverte hier de la très belle installation Permafrost, au Kaaitheater Studio, dans le cadre du Burning Ice festival, qui rassemble artistes, philosophes, politiciens et scientifiques pour « formuler les enjeux du changement climatique ». Permafrost est une structure sonore qui s’inspire du processus de gel de l’eau. Ce processus de cristallisation devient la source sonore, la matière qui déborde devient visible et tangible. Aernoudt Jacobs est artiste sonore. Il analyse le son en fonction de la matière et de la perception, et présente ses constatations dans des installations et des concerts. Permafrost est une structure double, une cuve remplie d’eau en train de geler, une autre en train de dégeler. Durant le processus des micros amplifient les craquements de l’eau en train de changer d’état, la glace qui se fissure et fond, l’eau en voie de solidification. A la fois sculpture et machinerie musicale, l’installation rend audible un processus lent qui se traduit tantôt en un léger cliquetis, tantôt en crépitement, et parfois en craquements plus impressionnants. Comme toute les bonnes installations sonores, Permafrost captive l’attention de manière très subtile et donne envie de suivre le processus complet de trois heures pour assister à la progression entière, avec ses variations et ses transitions.

Photo par Fabonthemoon