Un après-midi de chien

« Le braquage ne devait durer que dix minutes. Huit heures plus tard, tout le pays est rivé devant sa télé. Et tous les faits sont véridiques. » C’est ainsi que W*** B***, éditeur du DVD résume « Dog Day Afternoon », en français « Un Après-midi de Chien », un film de Sydney Lumet.

Un peu en marge de notre thématique « cinéma du complot », quoique … Le film est une des petites merveilles produites par le cinéma (presque-)indépendant américain des années septante. Attention aux spoilers… droit devant…

Tourné en 1975, ce film n’est pas un film de braquage classique. Contrairement à la plupart des Heist films, on n’assiste pas à la traditionnelle préparation du coup, de la formation de la bande, la recherche des complices idéaux, à la surveillance des lieux, au minutage des rondes, etc… Dès le début du film, on sait que tout va foirer. Le film s’ouvre, après un préambule sur la vague de chaleur sur New York cet été-là, qui donne son titre au film, sur l’arrivée de la bande sur les lieux du crime, une petite succursale de banque, en train de terminer sa journée. Le dernier client (une cliente) sorti, la banque peut fermer, mais les braqueurs qui faisaient la file après elle, ont un pied dans la place et vont pouvoir forcer le personnel à vider les coffres. Excellent script, porté par de non moins excellents acteurs, le film joue moins sur un suspense un peu léger (vont-ils s’en sortir?, oui ou non?) que sur des situations et retournements de situations inattendus, où le casting produit des merveilles, provoquant des étincelles dans les dialogues et des feux d’artifices dans les scènes de bravoure dont est truffé le film. Al Pacino y est sonny, un improbable gangster sentimental, braqueur par amour, écrasé par ses responsabilités; John Cazale, Sal, son complice, timide et taciturne, suicidaire qui n’a jamais pris l’avion.

Cinq minutes après le début du film, le gang se retrouve seul, largué par leur troisième homme, le chauffeur, qui ne résiste pas au trac. Quelques secondes plus tard, le téléphone sonne. C’est la Police, elle est devant la banque, dans l’échope du barbier, le magasin d’en face. Vous êtes cernés, ne faites pas les cons. Le film passe alors très vite dans le registre de la farce tragique. Comme dans une tragédie classique, le sort est déjà jeté et l’intrigue ne sera plus de savoir comment cela finira. En quelques minutes, un choeur (au sens grec du terme, de chorale narrative) s’est rassemblé autour de la banque, badauds, curieux, passants, qui vont prendre parti alternativement pour les uns ou les autres, les bons ou les méchants, les voleurs ou les forces de l’ordre. Sonny va se découvrir une vocation d’entertainer, de communicateur, entraînant la foule à sa suite, à travers ses démêlés avec sa famille ( sa mère, amenée là par la Police pour le raisonner), son amant et ses prises de positions bidon (Dans une scène mémorable, il se ralliera la foule en mentionnant la prison d’Attica, symbole de la brutalité policière américaine, depuis la révolte qui y avait eu lieu en 1971).

Son interlocuteur, le sgt Eugene Moretti, interpreté par l’impeccable Charles Durning, lui donnera la réplique, du ton blasé du vieux flic qui se voit obligé d’expliquer les règles du jeu au truand débutant, amateur et maladroit. Il sait, lui, que des vies sont en jeu, que la prise d’otage finira dans le sang, et que la seule question à régler est de savoir qui versera ce sang, otages, gangsters, policiers ou badauds.

Une Réponse to “Un après-midi de chien”

  1. globeglauber Says:

    tiens, le film passe à l’Ecran Total à Bruxelles cet été (dans le cadre d’un mini-cycle Al Pacino)…

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