Holly Herndon – Movement

Pour son premier album, l’américaine Holly Herndon, longtemps installée à Berlin, emprunte une voie assez peu fréquentée dans la musique électronique : l’exploration de la voix. Là où d’autres avant elle avaient du décider de se diriger soit vers le chant soit vers l’abstraction, elle a de plus choisi de ne pas choisir et de passer d’un registre à l’autre.

holly-herndonphoto by fabonthemoon

A partir d’un dispositif très simple et très direct, un micro, un laptop rempli d’effets divers, et sa propre voix, Herndon construit des morceaux rassemblant les deux extrêmes de son trajet musical, l’expérimentation issue de ses études au sein du Mills College’s electronic music program, et son métier de DJ dans les clubs technos de Berlin. Les pièces qui constituent l’album alternent les pistes dansantes et les pistes abstraites, toutes composées autour de fragments vocaux hachés, triturés, projetés dans l’espace sous formes d’éclats, de bribes interstitielles, reliés sporadiquement par des notes tenues, prolongées électroniquement. Le chant, hautement traité, met en avant le grain, l’articulation, privilégiant le souffle (à l’instar du morceau « Breathe », empilement de respiration, de feulement, de hululement, unanimement cité comme le sommet de sa démarche). Contrairement à Antye Greie (AGF) qui, au départ d’une technique similaire, conserve une affection pour le texte, la poésie, Herndon concentre ses compositions autour d’une unique phrase, parfois d’un mot seul, le déclinant à travers toutes les variations que lui permet son matériel, jusqu’à n’en faire plus qu’un prétexte à explorer les sonorités de la langue, les interstices de la prononciation, énonçant des attaques, des voyelles ouvertes, une prosodie abstraite rythmée par son accompagnement électronique, ou bien par la simple cadence de sa respiration. Comme Maja Ratjke ou Cosey Fanny Tutti (dans son album avec COH) elle passe de l’humain, du délicat, de l’angélique au diabolique et à l’inquiétant. A ces deux catégories artificielles (l’atonal, le dissonant serait plus maléfique, plus proche de l’animal, que le chant mélodieux), elle ajoute un flou technologique, une alliance avec la machine qui la rapproche de ce moment d’effroi, établi par la cybernétique, où l’artificiel est à fois trop proche du vivant et pas assez semblable à l’humain. Cette « vallée dérangeante » (« uncanny valley ») qui expliquerait le malaise ressenti par les gens confrontés à des robots humanoïdes, est ici une source de décalage fertile : la voix, immanquablement humaine, s’éloigne du familier, du normal, par touches infimes, un ralentissement, une répétition, un phasage, qui appelle la comparaison avec la voix de l’ordinateur HAL 9000 du film 2001, l’Odyssée de l’espace, imperceptiblement mécanique, et néanmoins trop proche de l’humain, et angoissant justement en raison de cette ambigüité.

https://www.youtube.com/watch?v=kanNN4RPrgY

2 Réponses to “Holly Herndon – Movement”

  1. SOUBAI Says:

    Heureux de revoir ce Blog bouger ! Des articles très inspirés ! Merci :D

    • noreille Says:

      Merci, il était temps, j’avoue. Les prochains posts seront un mélange de rattrapage et de nouveauté. Ensuite, heu, on verra.

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