JCVD

Il faut l’avouer, de toutes les barbaques musculeuses qui gambadent dans les films d’actions, JCVD a toujours été le plus attachant. Pas le plus fort ni le plus intelligent, non, mais le plus attachant. Ces interviews-fleuves, et multilingues, dans lesquelles il se révélait également philosophe, achevaient de nous convaincre. On l’attendait au tournant d’un rôle différent, sérieux, ou en tout cas décalé, un chouia moins physique et un chouia plus introspectif. C’est à présent chose faite avec JCVD, un film de Mabrouk El Mechri, tourné ici, à Bruxelles, non loin de son lieu de naissance. Tour à tour drôle et pathétique, subtil et lourdingue, émouvant ou ridicule, JCVD est un film comme on n’en réussit qu’une fois. Il se consacre à une réhabilitation, si besoin était, de JCVD, Jean-claude Van Damme, héros des uns, honte des autres. C’est en cela que JCVD est un film qui ne fonctionne qu’une fois. Sorti de son rôle à l’écran, et surtout lorsqu’il s’agit du même rôle de film en film, qui sait ce qui se cache dans la tête d’un acteur ? Les précédentes entreprises similaires de sauvetage, ou simplement de détournement, d’icônes de la culture populaire n’avaient jusqu’ici livré qu’un illuminé scientologue et un gouverneur républicain.


JCVD explore bien sûr à fond cette distinction entre la personne à l’écran, la personne publique, et la personne privée. Anti-héros, chien battu dans la vraie vie, le Van Damme du film craque, il a des problèmes d’argent, sa carrière bat de l’aile, il se fait vieux, il est en plein divorce et sa fille ne veut plus le voir parce que « chaque fois que mon père passe à la télé, mes amis se moquent de moi à l’école ». Egratignant en passant ses collègues, Vin Diesel, Rutger Hauer, Stephen Seagal et sa couette, JCVD a de plus en plus de mal à lutter contre la concurrence. Il s’essouffle. Et pourtant son public, ses fans, lui conservent toute leur admiration ; pour le surhomme, bien sûr, leur idole, mais aussi pour l’homme. « Il est comme tout le monde, monsieur l’agent », « il a bossé, Jean-Claude, pour aller jusqu’à Hollywood ». Mais le héros est fatigué, et le vernis s’écaille, et le public, volage, menace de se retourner contre lui. « Vous êtes plus sympa à l’écran, ça je peux vous le dire ».

Et comme les ennuis appellent les ennuis, JC continue sa descente. Dans un Bruxelles maquillé comme pour un Jeunet-Carot, il pousse la porte d’un bureau de poste, où, mais il ne le sait pas encore, il va affronter son destin. C’est alors un classique film de braquage qui démarre, rendant au passage un hommage au « Dog Day Afternoon » de Sydney Lumet, avec un sosie de John Cazale dans le rôle principal, et comme chez Lumet des manifs dans la rue pour soutenir notre héros.


A coup de flashes-back très efficaces, le film multiplie les approches, les éclairages, JCVD est examiné sous toutes les coutures. On nous le montre tour à tour fier comme un karateka, modeste comme un samurai, puis désemparé, cherchant à utiliser sa gloire qui s’enfuit pour obtenir de lamentables faveurs; « C’est incohérent, je suis Jean-Claude Van Damme, c’est des conneries ! ». Et puis, le film se fend d’une scène de confession, pétage de plombs où notre héros tragique prend conscience de sa condition et nous demande, nous, public, pourquoi tout ça, finalement, le monde, la violence (« c’est con de tuer des gens, ils sont tellement beaux »), l’injustice (« ça fait mal au cœur de voir de gens qui n’ont pas ce que j’ai »), tout ça, quoi. On savait l’homme philosophe, on nous le dévoile humaniste, lévitant zen pour la rédemption du monde, et la sienne. Située quelque part à une intersection improbable de John Woo et de Jean-luc Godard, cette scène est un sommet du film, et en marque les limites. Il n’est plus possible d’aller plus loin. Au-delà, il n’y a plus d’autre salut possible qu’un retour à la fiction, qu’un retour à l’action, comme le montre la fin (les fins) du film.


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