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Klute

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , , , , , on juin 20, 2008 by noreille

Dans son livre « La totalité comme complot » (voir les épisodes précédents ici et ici), Fredric Jameson fait du film « Klute » un des trois volets de ce qu’il appelle la « trilogie de la paranoïa » du cinéaste Alan J.Pakula. Une trilogie dont les autres épisodes seraient « A cause d’un Assassinat » en 1974 et « Les Hommes du Président » en 1976. Ces trois films pourtant si différents constituent selon Jameson trois facettes d’une même intrigue. Trilogie de la paranoïa et non du complot, car le film est en effet l’exception dans une longue série de films politiques. Tous les autres ont à voir avec ce que Jameson appelle la thématique politique en tant que « sujet spécifique, associé à Washington ou aux élections ». Un genre dans lequel se rangent également des films comme « Tempète à Washington » d’Otto Preminger, « Point Limite  » de Sydney Lumet, « Bob Roberts » de Tim Robbins, ou même « Dead Zone » de Cronenberg. « Klute » est en comparaison un film « purement » policier, un film noir, basé sur l’histoire d’amour inattendue entre une call-girl de Manhattan, Bree Daniels(Jane Fonda) et un policier de la campagne, John Klute (Donald Sutherland). Parti à la recherche d’un ami disparu, Klute suit la piste de celui-ci jusqu’à la prostituée, dernier contact connu de cet ami.

L’intrigue tourne tout doucement au thriller, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qu’il ne fait plus aucun doute que Daniels est l’objet d’une surveillance particulière, double de celle établie jusque là par Klute. La traque se resserre et se précise pour culminer dans une scène terrifiante, que je ne puis évidemment vous raconter… Il y a complot, c’est indéniable, et tous les ingrédients traditionnels du film de ce type, les écoutes, les filatures, les micros cachés, l’intrigue, le mystère, la trahison et le double-jeu, sont en place. Mais le fond de l’histoire ici, est bien plus « simplement » une affaire « civile », une intrigue policière qu’une conspiration politique. Contrairement aux deux autres volets de la trilogie, ce qui sera révélé au final sera bien trivial, comparé aux conspirations sans visage d' »A cause d’un assassinat » et à la Haute Trahison du Watergate dévoilée par « Les hommes du Président ». Quoique tout aussi dangereux et potentiellement fatal, ce qui se passe ici, bien que relevant du complot est du ressort du domaine privé. La raison pour laquelle Fredric Jameson considère ce film comme faisant partie d’une trilogie le reliant au deux autres, est à trouver en partie dans la disproportion entre les deux milieux, celui de la call-girl Jane Fonda, new-yorkaise, et son demi-monde, et celui du policier de Pennsylvanie, Donald Sutherland, inflexible, à la limite du rigide, (qui se révèle au final, le vrai sentimental du lot). Lire la suite