Archive pour tape loops

William Basinski

Posted in chronique, experimental, musique, Uncategorized with tags , , , , , , , on mai 24, 2013 by noreille

Image

Depuis leur première publication en 2002, les neuf pièces rassemblées sous le titre de Disintegration loops sont un objet de fascination, une œuvre qui se raconte autant qu’elle ne s’écoute, tant l’histoire de sa création est inséparable de son contenu artistique. Cette histoire a été racontée et re-racontée à l’envie, mais est capitale pour comprendre l’attrait étrange de ces quelques heures de musique. Un jour de 2001, William Basinski décide de transférer sur support digital quelques boucles de musique, enregistrées sur bande magnétique près de vingt ans auparavant, afin de les préserver et de les réutiliser. Au cours de l’opération, qui devait normalement prendre quelques minutes, il s’est rendu compte que ces boucles, après quelques passages, commençaient à s’effriter, à s’auto-détruire, et que la musique qu’elles contenaient se désagrégeait progressivement elle aussi,  et était en train de s’évanouir définitivement. À mesure que la poussière métallique des bandes s’accumulait sur le sol, les taches de silence se multipliaient jusqu’à ne laisser de la mélodie originale que des fragments voilés, de plus en plus lointains, de plus en plus espacés, semblant s’enfoncer irrémédiablement dans le brouillard de leur propre désintégration. Basinski a poursuivi le processus, le prolongeant jusqu’à disparition complète des bandes originales, tirant de ces quelques secondes presque anodines des heures d’une musique majestueuse, quasi solennelle. L’histoire ne sera complète que lorsqu’il trouvera, dans les attentats du 11 septembre de cette même année, la destination de cette plainte mélancolique, qui deviendra pour lui une élégie funèbre commémorant l’événement. En filmant compulsivement, comme beaucoup de new-yorkais, la scène inimaginable qui se déroulait sous ses yeux, une ville noyée dans la fumée de l’incendie, vision de fin du monde, une ville en flamme, écho de cataclysmes démesurés qui font l’histoire, la prise de Constantinople, le tremblement de terre de Lisbonne, le « great fire » de Londres, Tchernobyl, il fit dans son esprit le rapprochement symbolique avec sa découverte sonore. Quelque chose se dissolvait sous ses yeux, qui ne serait plus jamais pareil. Les enregistrements et leur histoire feront tout d’abord le tour des proches de Basinski, partagés comme un témoignage personnel, entre intimes, avant d’être enfin publiés en 2002

Lire la suite