Archive pour paranoia

Du bon usage des CCTV

Posted in cinema, paranoia with tags , , , on mai 16, 2008 by noreille

Il y a quelques posts (à propos du film The Anderson Tapes), je parlais de l’omniprésence des caméras de surveillance, dans le film, d’une part, assez prémonitoire, et dans la « vraie vie », d’autre part. Je parlais principalement de l’inutilité et de l’inefficacité de ces engins… Selon la BBC, il y aurait jusqu’à 4,2 millions de caméras de surveillance installées sur le territoire britannique. Le guardian vient de publier un article exposant le déplorable manque de résultats du système ( 3% des affaires résolues le sont avec l’aide des caméras, malgré l’investissement de milliards de livres dans le réseau .) Selon l’inspecteur de police Mike Neville, responsable du Bureau des images, identifications et détections visuelles (Viido) de la police de Londres, l’utilisation de cette technologie est jusqu’ici un « véritable fiasco ».

lien vers l’article (en anglais) (via Claris)

C’est par contre devenu un gimmick indispensable de tout thriller, film policier, ou reportage un peu réaliste. Du générique de la série The Wire, au récent docudrama A Very British Gangster, en passant par le film The Bourne Ultimatum , l’usage artistique dépasse semble-t’il de loin l’usage judiciaire. Un usage qu’à mis récemment à profit le groupe de Manchester « The Get Out Clause », qui, ne pouvant se payer le tournage d’une vidéo, s’est offert le concours d’une série de cameras CCTV. Ils ont « tourné » leur clip devant ces caméras et ont ensuite, comme leur permet la loi britannique, réclamé les bandes, qu’ils n’ont plus eu qu’à mettre bout à bout. Sans doute ont-ils pris au mot leurs collègues de Hard-Fi et leur Stars of CCTV

un autre Lien (via Boing Boing)

La CCTV est également un point central du film Fear X, de Nicolas Winding Refn, sorti en 2003 et bizarrement traduit (?) par « Inside Job ». John Turturro y joue le rôle d’Harry Cain, agent de sécurité, hanté par le souvenir de sa femme, brutalement assassinée dans le parking du centre commercial où il travaille. Tandis que l’enquête piétine, Harry décide de résoudre lui-même le mystère qui entoure sa mort, en collectant les enregistrements des caméras de surveillance…

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Retour à la conspiration (première partie)

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , , , , on mai 13, 2008 by noreille

Trois films à ajouter au dossier « complot » : « Missing », de Costa-gavras, « The Parallax View », de A.J. Pakula et « The Package » d’Andrew Davis.

Le film Missing de Constantin Costa-gavras, tourné en 1982, nous apporte quelques données complémentaires dans le dossier du film de complot. S’il est réalisé quelques temps après l’age d’or du genre, les années 60 et 70, il n’en apporte pas moins plusieurs éléments d’importance. S’il remplace les caractéristiques paranoïaques des films précédents, et leur complot flou, indéterminé, par un film politique basé sur une histoire réelle, il conserve toutefois les principaux éléments du film de complot : l’enquête que lance le personnage de Jack Lemmon sur la disparition de son fils va être contrecarrée à chaque instant par les mensonges des officiels qu’il rencontre. La tension et la peur vont augmenter au fil du film, au fur et à mesure de la découverte de l’étendue du complot, c’est à dire de l’implication des Etats-Unis dans ce coup d’état en un pays d’Amérique Latine (un Chili de Pinochet à peine déguisé). L’essentiel du film s’est déroulé avant le début de cette enquête, et le spectateur a déjà été témoin de la majeure partie des événements qui ont précédé la disparition du jeune homme. Il est déjà convaincu de l’existence d’une forme de complot. C’est donc à travers le personnage de Jack Lemmon que cette découverte doit se re-produire, et se révéler.

(lire la suite)

The Anderson Tapes

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , , , on avril 28, 2008 by noreille

Attention, spoilers droit devant!!

The Anderson Tapes, en français, le Gang Anderson (ce qui n’a aucun rapport, et passe à coté du thème du film) est un film policier tourné en 1971 par Sidney Lumet. Il est basé sur un livre de Lawrence Sanders, adapté pour l’écran par Frank Pierson. On y retrouve dans les rôles principaux Sean Connery, Martin Balsam et Dyan Cannon, ainsi qu’un tout jeune et fringuant Christopher Walken. Pourquoi inclure ce film dans une thématique paranoïaque? Le film n’est après tout que l’histoire d’un cambriolage assez ambitieux et osé, et serait assez banal et expéditif s’il se limitait à cela. La préparation du coup, sa réalisation et le dénouement de l’histoire sont des moments plaisants de cinéma de genre, typique du « heist film« , mais c’est surtout le décor qui est intéressant.

A tous les moments-clés du film, on s’aperçoit que les personnages (comme le reste de la population de New York) sont surveillés, filmés, mis sur écoute, etc… Pas moins de 7 agences de police: les stupéfiants, le fisc, la police criminelle, la sureté de l’état, le FBI…, ainsi que des agences privées, les ont, dés le début du film, enregistrés et filmés (d’où le titre anglais du film). Ils figurent ainsi dans les dossiers de tous ces départements, … qui n’en feront rien, parce qu’ils n’y figurent que par hasard, voire par erreur… (Comme lorsque Sean Connery rend visite à un complice qui loge au-dessus d’un local de réunion des Black Panthers, surveillé de près par la Sureté) Aucune de ces agences ne va communiquer avec les autres, et ce n’est qu’au final, a postériori, que les informations ressurgiront. Et encore … La majeure partie de ces écoutes seront détruites, parce qu’illégales. Anticipant de deux ou trois ans le scandale du Watergate, et les nombreux films de surveillance et de complot qu’il va inspirer, Lumet montre déjà dans ce film, l’omniprésence de l’espionnage interne. Des caméras de surveillances aux écoutes téléphoniques, jusqu’aux micros dissimulés, portés par un serveur de restaurant ou une infirmière, toutes les techniques possibles du renseignement sont utilisées autour du gang. Mais comme il n’est pas l’objet principal ni le but de la surveillance, ces renseignements ne serviront jamais à éviter le cambriolage. Comme dans le cas récent des alertes terroristes aux USA comme à Londres, ce n’est qu’après coup que la surveillance se révèle utile, permettant quelquefois de remonter à la source des attentats, mais rarement de les prévenir.

La construction du film prend un tour magistral lorsqu’après une heure environ, la ligne temporelle se brouille. Lumet entrecoupe alors la chronologie linéaire de ce qui se passe après le coup. A travers une succession d’enchaînements rapides, on peut voir les services de police reconstruire une histoire qu’ils ont pourtant filmé depuis le début, mais jamais analysé. On devine à l’arrière-plan que le coup s’est mal passé, et qu’il y a des victimes, mais on ne sait pas encore s’il s’agit des otages ou des cambioleurs. La Police demande alors aux témoins de confirmer ce qu’ils ont déjà vu et qu’ils savent déjà. Sa priorité est alors de clôturer le dossier le plus rapidement possible, afin de ne pas trahir l’existence des écoutes. Ce cambriolage tombe très mal pour eux, et à cause de lui, une série de surveillances légales ou illégales vont devoir être abandonnées au risque d’être repérées. Un conflit d’intérêt plus typique du film d’espionnage que du film policier.

Osterman Weekend

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , , on avril 23, 2008 by noreille

Emballé n’importe comment parce qu’invendable, Osterman Weekend, le dernier film de Sam Peckinpah est un bon exemple de production aux abois, et d’un service marketing qui n’a pas la moindre idée de la signification de son produit. Lancé sur le marché en 1983, le film est promotionné comme un thriller, un film policier, un film de suspense, un film d’espionnage… Le film est à la fois tout cela, bien sûr, mais aussi et surtout tout autre chose… Sam Peckinpah répond avec ce film de commande à ses préoccupations de l’époque: le pouvoir des médias, la peur, et … la paranoia. Plus qu’un film d’action, le film est un meta-film, un film sur la condition de l’image, du cinéaste, du cinéma, et au final de Peckinpah lui-même. Et pourtant, alors que le film regorge de moments forts, de plans saisissants de cinématographie, d’images fortes d’auto-critique du cinéma, la production, comme ce sera le cas avec les films de David Cronenberg, vont choisir, dans les 103 minutes du film, la même image inutile, quoique fort jolie au demeurant, de l’actrice principale, Meg Foster, fixant de ses yeux bleuissimes, la victime prochaine de son arc à flèches hi-tech. La plupart de ces mêmes affiches, ou jaquettes vidéo/DVD ne reprennent pourtant qu’à peine son nom… Une seule édition s’écartera de la règle, qui présentera l’image énigmatique de Rutger Hauer, l’anti-héros du film, qui semble avertir le spectateur de fuir, tant qu’il est encore temps. Une étrange manière d’attirer le public.

La Totalité comme Complot

Posted in cinema, complot, paranoia with tags , , on avril 22, 2008 by noreille

je viens de mettre la main sur ceci:

Publication en français par les éditions « les prairies ordinaires » du premier chapître de « The Geopolitical Aesthetic: Cinema and Space in the World System » publié en anglais en 1992. Fredric jameson s’y lance dans une analyse du thème du complot à travers le cinéma américain des années 70. On pourrait croire que ce thème ne nous a plus quitté depuis, tant il est devenu un signe banal du climat (entretenu) de paranoïa de la fin du XXème siècle et du début de siècle-ci. Jameson montre les nombreuses différences entre le cinéma moderniste qui a précédé l’âge d’or du genre (avec l’ exemple des films de conspiration, et non de complot, d’Alfred Hitchcock, comme « La mort aux trousses ») et le cinéma postmoderniste qui débute dans les années 60 et 70. Comme les écrits de Slavoj Zizek sur le cinéma, le livre est un prétexte pour Jameson à rebondir sur ses chevaux de bataille: la critique des signes culturels du capitalisme tardif, et l’analyse des bouleversements apporté par le postmodernisme à la vision du monde contemporain. Malgré la réputation de « penseur compliqué » qui accompagne Jameson, ce petit opuscule se laisse lire avec grand plaisir, et donne envie

a) d’écrire un plus long article sur ce thème ( c’est pour bientôt)

b) de revoir tous ces films.

si cela vous tente, voici un début de liste non-exhaustive des classiques du complot. (Jameson se concentre sur le cinéma américain, et la situation politico-culturelle particulière des Etats-Unis, mais quelques films non-américains partagent cette même approche, comme par exemple « I comme Icare » d’Henri Verneuil)

Vidéodrome, de Cronenberg (1982)
Les trois jours du condor, de sydney Pollack (1975)
A cause d’un assassinat, d’A.J.Pakula (1974)
Les Hommes du Président, d’A.J.Pakula (1976)
Le gang Anderson, de sydney Lumet (1972)
Osterman weekend, de Sam Peckinpah (1983)
Blow Out, de De Palma (1981)
Conversation secrète, de FF Coppola (1974)
They live, de John Carpenter (1988)