Archive pour japon

La Tour du Soleil

Posted in experimental with tags , , , , , , , , , on juillet 1, 2008 by noreille

Dans l’excellente série « Obscure Tape Music From Japan « , parue sur le label japonais Omega Point, un volume, le cinquième, est consacré au compositeur Toshi Ichiyanagi. Intitulé «Music for Tinguely”, le Cd comporte en fait trois pieces. La première est en effet un hommage au sculpteur Jean Tinguely, et est basée sur le son des pièces que celui-ci présenta à la gallerie Minami, à Tokyo, en 1963.

tower of the sun

La deuxième, intitulée ”appearance” a été composée à New-york en 1967, et a la particularité d’être interprétée entre autres musiciens par John Cage, aux manipulations électroniques et David Tudor au bandoneon (les autres participants étant un trompettiste et un violoniste). La troisième pièce, intitulée «music for living space» est probablement la plus étonnante. Sa genèse est liée à l’exposition universelle qui s’est tenue à Osaka en 1970. Cette exposition a été l’occasion pour beaucoup d’artistes d’avant-garde de se voir commanditer des œuvres, et d’ainsi toucher un public (très) nombreux, et non-averti. L’état japonais, et les entreprises privées japonaises, ont énormément investi dans l’évènement, qui était un bon prétexte pour célébrer la modernité de la technologie et de l’industrie du pays. Une des attractions principales de l’expo était la « tour du soleil »( 太陽の塔, Taiyō-no tō). Construite par le scuplteur Okamoto Taro. Monument impressionnant avec ses soixante mètres de haut et ses allures de totem amérindien, la tour se dresse toujours au centre de l’ancien site de l’exposition et est aujourd’hui encore une des fiertés de la ville d’Osaka. Divisée en trois parties, représentant respectivement le passé ( le dos de la statue ), le présent ( au « rez-de chaussée» ) et l’avenir ( à l’étage ), la tour comportait également deux installations sonores. La section « présent » fut confiée à Toshiro Mayuzumi et la section “futur” à Ishiyanagi. Celui-ci y présenta la pièce reprise sur ce disque, une pièce dont l’axe central est une expérience de synthèse vocale et de simulation du langage.

Partant des écrits de l’architecte Kishyo Kurokawa, exposant ses théories architecturales, Ishiyanagi a patiemment élaboré une voix artificielle, produite par ordinateur (un ordinateur de 1970, ce qui veut dire que cela lui a pris plus que les cinq minutes que cela demanderait de nos jours) qui énonçe le texte de manière, disons … futuriste. La sonorité de la voix robotique, la mise en scène qu’y ajoute Ichiyanagi dans sa composition, associée à l’aspect impressionnant de la Tour, font de cette pièce un artefact sonore inclassable et déroutant.

La tour du soleil continue à fasciner, et s’est vue confier un rôle central dans l’excellent manga « 20th century boys » de Naoki Urasawa. Aujourd’hui située dans un magnifique parc, entre un lac artificiel (rempli de canard-pédalos, fort populaires au Japon) et un jardin japonais traditionnel, elle reste un but de promenade de weekend fort couru à Osaka.

hamaYôko – Ygun –n9– CD (E52)

Posted in chronique, experimental with tags , , , , , , , on juin 25, 2008 by noreille

Yôko Higashi est japonaise, musicienne et danseuse. Elle collabore en qualité de vocaliste et de musicienne avec des gens comme Florent Dichampt, Lionel Marchetti, John Hegre ou la violoniste Agathe Max. Elle travaille avec d’autres musiciens en tant que danseuse et chorégraphe, notamment avec Lionel Marchetti. hamaYôko est son nouveau projet musical qu’elle défini comme electro-pop-influencé-par-la-musique-concrète. « Ygun –n9 » est le deuxième album de ce projet, toujours sur l’excellent label entr’acte records, et il poursuit la collaboration avec Lionel Marchetti, qui co-masterise le CD, et avec qui elle travaille sur un nouvel album de musique concrète « Okura 73°N–42°E », ainsi que sur un nouveau hamaYôko.

« Ygun –n9 » est une grande ratatouille de styles et d’influences ; Yôko Higashi y accumule ses différentes formations: chant classique, piano, théâtre Nô, danse Butô, Commedia del arte et même Aïkido pour la pochette…Les plages, scénarios miniatures, mises en scène de théâtre pour l’oreille, passent de pièces électro-acoustiques à des chansons minimalistes, et de fouillis bruitistes à des épures électroniques. Si cette profusion de genres et de climats, non seulement différents, mais souvent opposés, peut sembler exténuante à première écoute, une insistance et une réécoute permet d’isoler les composantes et de découvrir les trésors enfouis dans cette construction touffue, dense, chanson un instant et chaos l’autre. L’aspect visuel, scénique, manque certes pour profiter pleinement de ces compositions théâtrales, dans lesquelles on sent que la production physique, l’implication du corps dans la musique, a autant d’importance que la conception intellectuelle, cérébrale, qui va généralement de pair avec la musique électro-acoustique (à moins qu’elle ne lui soit attribuée à tord.)

Loin d’être une entreprise de séduction, comme le ferait ( excessivement bien, ceci dit ) quelqu’un comme Tujiko Noriko, Yôko Higashi met en avant les aspect les plus abrasifs, les plus extrêmes, les plus acides, les plus malplaisants de ses capacités vocales. Comme dans la danse Butô dont elle est une disciple, c’est par la grimace, l’exagération et la torsion, l’approche à rebrousse-poil, qu’elle s’exprime, et comme dans le Butô, c’est au milieu du chaos et de la destruction que brillent des éclairs de beauté, étranges et quelque peu vénéneux.

Les dieux du Rock’n Roll

Posted in pop culture with tags , , on avril 27, 2008 by noreille

Tombé par hasard sur la photo suivante (via transformer) , après une recherche complexe dont je vous épargnerai les détails. Il semblerait quelle provienne d’une publicité grecque pour une station radio (comme le dit le sous-titre de la photo: From a Greek radio station advert ) . Elle rassemble plusieurs de mes obsessions de tous les temps.

Une très jolie conflagration graphique de deux déités désirant bouleverser le Panthéon de la culture populaire. Mais malgré cette très belle réussite, le dieu du Rock’n Roll, pour moi, ce sera toujours lui:

On trouve ce brave dieu céleste à la porte de nombreux temples Bouddhistes en Chine, en Corée et au Japon. Celui-ci se trouve au Temple de Beomeosa, en Corée. Les dieux célestes – Shi Tennô (四天王) en japonais, Sacheonwang (사천왕) en coréen – sont au nombre de quatre et sont les protecteurs du Bouddha. Ils représentent chacun un point cardinal. Notre ami ci-dessus est Dhrtarastra, dieu de l’Est et protecteur du territoire. Il tient entre ses mains un Pipa, un instrument à cordes chinois. Son corps est généralement blanc.Ses camarades sont Virudhaka, Virupaksa et Dhanada. Virudhaka est capable de donner un coeur généreux aux hommes, il est armé d’une épée et son corps est bleu. Virupaksa a une connaissance approfondie des êtres humains, son corps est rouge et il porte un serpent. Dhanada est le Roi de la Joie et de la Vertu, c’est le plus connu. Il porte une ombrelle dans sa main droite. D’origine indienne ces Rois Célestes ont été adoptés par les chinois, puis transmis au coréens puis au japonais.

En voici une autre version, du temple coréen de Bulguksa, cette fois: