Archive for the pop culture Category

Michael Snow – The last lp – cd Unique Last Recordings Of The Music Of Ancient Cultures

Posted in experimental, musique, musique traditionnelle, pop culture with tags , , , , , on février 5, 2010 by noreille

Exercice de style, mystification, canular, ce disque est tout à la fois un fort beau travail et une totale imposture. Publié en 1987 le disque se présente comme une série d’enregistrements exceptionnels, collectés ou rassemblés par l’artiste, musicien et cinéaste Michael Snow, et représentant les dernières traces sonores de cultures en voie de disparitions. Constitué de pièces rares venues des quatre coins du monde – Inde, Tibet, Brésil, Chine, Syrie, Finlande etc. – et représentant dans certains cas le premier et dernier témoignage conservé de rituels, de cérémonies, auxquelles aucun explorateur, aucun ethnomusicologue, on serait tenté de dire aucun blanc, n’avait jusqu’ici assisté. Cette fascination pour les cultures en danger, et la séduction voyeuriste d’assister aux derniers moments d’une tradition, d’un peuple, voire d’un individu – l’une des plages se termine ainsi par la mort tragique d’un musicien dans un attentat, peut-être attribuable aux mélomanes conservateurs de son pays – peut expliquer l’attrait immédiat de ce disque. Un grand nombre de ces pièces sont ce qu’on pourrait appeler d’extraordinaires coups de chances, l’explorateur se trouvant au bon endroit au bon moment, ajoutant encore à l’intérêt documentaire de ce disque, et à son caractère unique. Une part non négligeable de cet attrait est à trouver également dans les notes de pochette, extraordinairement détaillées, témoignant d’une solide tradition académique et d’une connaissance étendue des musiques du monde. C’est toutefois dans un coin de ce livret, imprimé à l’envers, mais lisible dans un miroir, qu’un court texte dévoile le pot aux roses. La musique de tout l’album est en effet entièrement jouée par Michael Snow lui-même, et ce livret si impressionnant d’érudition, est en fait une totale supercherie. Quelques-une des pièces proposées pouvaient pourtant laisser l’auditeur soupçonneux arriver seul à la même conclusion, mais chaque fois le doute pouvait continuer à planer, tant soit les textes d’accompagnement, soit le caractère « crédible » de la musique, semblaient pouvoir désamorcer les suspicions. Et pourtant : cette cérémonie de pétomanes amérindiens, plausible ? Ces chants rituels d’une tribu du Niger, qui rappellent vaguement Whitney Houston ? Cette chanson à boire des Carpates qui serait à l’origine des Concertos Brandebourgeois de J.S.Bach ? Toujours sur le fil, Michael Snow mène l’auditeur en bateau, sans jamais se moquer de lui, son disque est une énorme blague de potache, certes, mais extraordinairement élaborée. Il s’agit de plus d’une œuvre à tiroir, qui célèbre à la fois la fin de l’époque du disque vinyle, tout en rendant hommage par un clin d’œil à une certaine tradition ethno-musicologique, en voie de disparition, elle aussi, pour cause de globalisation de la culture. Elle pose également d’autres questions : peut-il exister une fausse musique ? Est-ce que ces enregistrements perdent leur sens, ou leur intérêt,  s’ils ne sont pas ce qu’ils prétendent ? Est-ce que la musique d’un peuple est plus importante que celle d’un individu ? La musique d’un artiste mort plus pertinente que celle d’un vivant ? Le disque constitue ainsi en soi une œuvre d’art complète, une production conceptuelle aux lectures admirablement multiples.

Terre Thaemlitz – trans-sister radio

Posted in chronique, experimental, musique, pop, pop culture with tags , , , , , , on janvier 22, 2010 by noreille

Trans-sister radio est le résultat d’une commande faite à Terre Thaemlitz par la Hessischer Rundfunk, il s’agit d’une création radiophonique ayant pour thème le rapport entre transgenre et transport. La thématique du transgenre, de l’ambiguïté sexuelle, à travers les exemples de la transsexualité, de l’homosexualité ou du travestissement, est présente dans toute l’œuvre de Terre Thaemlitz. Ce thème dont il veut préserver la complexité, en dépassant la simple opposition entre hétérosexualité et homosexualité, est pour lui un débat plus large autour de l’identité sexuelle. Ce débat doit aussi aborder selon lui les nombreux cas intermédiaires, qui échappent totalement à cette simple dichotomie, comme tous les cas particuliers, tous les cas minoritaires mais extraordinairement complexes, qui s’écartent de la norme, et mettent en lumière la pression de la conformité, de la normativité. Tout ce qui est conforme à la norme est considéré comme normal, par définition, et cette constante référence à la culture dominante, possède des conséquences politiques, économiques et judiciaires, que Thaemlitz développe dans ce disque. Parmi les exemples abordés, celui d’un transgenre japonais, garçon habillé en fille, montre la multiplicité des approches – transgenre, queer, travestis, metrosexual, androgyne, etc. –  et l’importance du regard social, extrêmement différent au Japon et en occident. L’idée d’une certaine tolérance visuelle, d’aborder cette option comme un simple fashion statement, appliquée aux transgenre comme à d’autres démarches vestimentaires ne nécessitant pas de jugement, est opposée à d’autres circonstances dont est absente cette ouverture d’esprit, ou cette tendance japonaise à éviter la confrontation. Ainsi d’un reality show, illustrant la politique culturelle des identités, à travers l’imposition d’une image stéréotypée des genres. Une jeune fille s’y voit jugée pour ses allures de « garçon manqué », et stigmatisée pour sa déviation des clichés totalitaires concernant l’apparence et le comportement « normal » du sexe féminin.

Un autre point de départ est donné par l’obligation, lors d’un contrôle policier ou d’un passage de frontière, de correspondre visuellement au sexe défini par ses documents d’identité, obligeant la personne à se conformer à sa définition légale, indépendamment de ses propres goûts, convictions ou orientations sexuelles. Un cas assez complexe est illustré par une notification du gouvernement américain, dans sa lutte contre Al-Qaeda, attirant l’attention des policiers et des douaniers sur les risques d’attentats terroristes associés aux coutumes vestimentaires musulmanes. L’idée de cette notice était à l’origine que le vêtement des femmes musulmanes, couvrant presque l’entièreté du corps, jusqu’aux traits du visage, ainsi qu’une gène diplomatique, inter-culturelle, pouvant aller jusqu’à empêcher la fouille corporelle, pourrait hypothétiquement servir de couverture parfaite à un terroriste – mâle – échappant ainsi aux contrôles derrière un déguisement de femme. L’absurdité à relever est que cette possibilité soit envisagée bien avant la possibilité d’une femme terroriste habillée en femme, ou qu’elle prenne plus d’importance que celle d’un homme habillé en homme, par la simple force de la portée imaginaire irrésistible que ce scénario possède, mêlant la coloration paranoïaque de la menace à une outrance issue de films d’espionnage, de thriller, très éloignés du banal quotidien policier. Cette  réglementation ajoute une angoisse supplémentaire aux transgenres, un regard suspect de plus, lors de toute confrontation avec l’autorité.

Thaemlitz ajoute à ce débat son cas personnel, notamment dans le cadre de son visa et de son permis de séjour au Japon. Outre le risque d’accusation de terrorisme, il ajoute que, s’il voyage habillé en homme, ses bagages remplis de vêtements féminins lui font craindre d’autres accusations : le fétichisme ou simplement le vol, voire la contrebande. Il profite ainsi également de son propre cas, qu’il définit comme queer, hétérosexuel et travesti, pour aborder la standardisation réductrice qu’impose des systèmes politiques de surveillance des individus comme les contrôles d’identité, ou les systèmes socio-économiques comme le mariage. Ces deux pratiques sont selon lui une intervention irrecevable de l’état, s’interposant dans la vie privée des individus, et faisant basculer des choix personnels – l’apparence, le vêtement – et interpersonnels – les relations sexuelles et amoureuses entre les individus, du cadre privé – et du domaine romantique – au champ social. Il souligne également l’inadaptation des règlements officiels, basés sur une vision traditionaliste et conservatrice des choix de vie, dans la gestion des cas « intermédiaires », « déviants », imposant un modèle dichotomique homme/femme à des cas de figures transgenres – dans la relation de chaque transgenre à ce qu’il voit comme son « sexe opposé » – et transformant dans son cas sa relation amoureuse en une démarche marchande, facilitant son « immigration économique » au Japon.

Terre Thaemlitz propose depuis l’année passée l’intégrale de son oeuvre (jusqu’ici) , soit 711 titres, 61 heures 29 minutes 40 secondes , sous le titre de DEAD STOCK ARCHIVE – Complete Collected Works. Disponible en plusieurs versions, dont celle-ci, la version « burger en pluche ».


The world is shaking. Cubanismo from the congo, 1954-55– (honest jon’s)

Posted in musique, musique traditionnelle, pop, pop culture with tags , , , , , , , , , on novembre 3, 2009 by noreille

Inutile de revenir une fois de plus sur l’excellence du label Honest Jon’s et le travail magnifique de réédition auquel il s’est attaqué depuis la redoutable opportunité qu’a représenté pour eux l’accès aux archives de 78tours du label EMI, qu’ils explorent aujourd’hui fiévreusement. Plongeons-nous plutôt dans le contenu de cette nouvelle anthologie, consacrée au répertoire congolais des années cinquante. Si la rumba congolaise a obtenu une place de choix dans le panorama des musiques du monde, à travers ses différents styles, ses multiples variations, depuis ses origines jusqu’à son imposition comme LE genre musical hégémonique de toute l’Afrique Centrale, peu de choses sont connues de ce passage historique du high-life qui l’a précédé au melting-pot d’influences qui constitue la rumba et le soukouss telle que nous la connaissons. Pour beaucoup de gens, la rumba du Congo belge et du Congo français ne démarre qu’à la fin des années cinquante, avec des formations légendaires comme l’OK-Jazz, le Tout Puissant Orchestre Kinshasa  de Franco, fondé en 1956 ou l’African Jazz du Grand Kalle dont le plus grand succès sera « independance cha cha cha » en 1960. Les artistes présents sur « The World is shaking » étaient actifs un an ou deux auparavant et illustrent les débuts trépidants de cette musique, qui faisait les belles heures des night-clubs de Brazzaville et de Léopoldville, avant de devenir un cri de ralliement pour les partisans de l’indépendance et de la décolonisation. Au milieu de cette décennie, les bars et les clubs des deux capitales attiraient une foule bigarrée de dandys (les fameux sapeurs, qui se rallieront plus tard à la Société des Ambianceurs et des Personnes élégantes), d’employés en goguette, de voleurs à la tire, et des rares blancs se mêlant à la population locale pour faire la fête dans les quartiers noirs. Cette fête permanente débordant de tous les bars de l’Avenue Prince Baudouin avait pour bande-son une nouvelle musique, créée au shaker à base de tout ce qui était alors importé en Afrique par la radio et les 78tours : le jazz de Louis Armstrong, les bluettes sentimentales de Tino Rossi, et surtout les rythmes latinos-américains de la musique afro-cubaine, le tout récent cha cha cha et la rumba. Retour aux sources des rythmes africains, ce sont ces musiques, une fois leurs textes espagnols échangés pour des textes en Lingala ou en Kikongo, qui vont alors définir la musique congolaise pour les cinquante ans à venir. C’est l’époque où les sanza et les likembe africains, les « pianos de brousse », seront supplantés par les guitares, et où les flûtes feront place aux saxophones. Tous ces instruments nouveaux pour le continent seront en quelques années domestiqués et maîtrisés pour être mis au service d’une frénésie d’expérimentation en tout sens, propulsant les entrelacs complexes de la musique traditionnelle vers les rythmes effrénés du soukouss, du kwassa kwassa, et plus tard, du ndombolo. En 1954 tout cela restait à inventer, mais ce que cette anthologie présente est plus qu’un début prometteur. C’est un témoignage tonitruant d’une musique fascinante, en pleine mutation, inventée au fur et à mesure qu‘elle se jouait, et interprétée avec une fougue, une flamme et une jubilation hautement communicatives, qui émeuvent encore, plus de cinquante ans plus tard.

Glitterbug – Derek Jarman

Posted in cinema, experimental, pop culture with tags , , , , , , , , , on septembre 1, 2009 by noreille

Glitterbug est un film posthume de Derek Jarman, produit par James Mackay sur les instructions de Jarman, et présenté accompagné d’une bande-son de Brian Eno. Ce n’est pas à proprement parler un film mais un collage de vingt ans de super-8 tournés en marge de ses films, entre 1970 et 1986. Fragments intimes, expérimentations, coulisses de tournage, des centaines de bobines sur lequelles Jarman fixe ses amis, sa vie, ses amants, ses acteurs, son actrice.  Glitterbug se regarde comme un film de famille. Ou plutôt non, comme un album de famille, qu’on feuillette, qu’on oublie, auquel on revient, sur lequel on ne s’arrête qu’un instant. Sans doute ce film s’adresse-t’il avant tout aux fans de Jarman, ou aux fans de cette époque. Il nous montre Jarman lui-même et son cercle d’amis, on y croise tout le monde, on y fait des rencontres, des retrouvailles. William Burroughs sort d’un taxi, Genesis P-Orridge passait par là. Tilda Swinton était en vacances dans le coin, tous les prétextes sont bons pour sortir la caméra et faire des images, juste de belles images …

tilda swinton







I know Yan Jun – expérimentation en Chine

Posted in experimental, musique, pop, pop culture with tags , , , , , on août 1, 2009 by noreille

Le musicien chinois Yan Jun a posté il y a quelques temps sur son site un passionant texte sur la scène musicale expérimentale chinoise. Le texte , intitulé RE-INVENT, est extrêmement intéressant pour les différences qu’il pointe entre les pratiques musicales occidentales ( en ce compris le Japon ) et chinoises. Pour les chinois d’aujourd’hui , nous dit Yan Jun, l’expérimentation musicale est une suite logique de la vie courante, dans la mesure où le peuple chinois n’a plus connu de période de stabilité depuis près d’un siècle. Il cite l’exemple des réformes continuelles et souvent contradictoires que connut le pays durant les années qui suivirent la révolution, mais aussi des bouleversement que connais la société chinoise depuis quelques années, durant ce que l’on appelle là-bas les années olympiques, qui virent des quartiers entiers de Beijing, parmi les plus anciens, être rasés pour faire place nuitamment à des infrastructures ultra-modernes. Depuis la période de guerre civile qui ouvrit le vingtième siècle chinois, l’empire qui était connu comme symbole de fixité voire d’immobilisme, a connu plusieurs réformes agraires successives, plusieurs réformes de l’enseignement, plusieurs réformes politiques, jusqu’à une réforme de la langue; ses religions et ses philosophies traditionnelles (taoïsme, bouddhisme, confucianisme) ont été contestées puis abolies; le capitalisme, ennemi d’hier, est le but actuel de la société toute entière … Dans cette atmosphère d’instabilité, de repères fuyants, l’expérimentation est une seconde nature.

Pour les jeunes chinois qui ne veulent pas forcément rentrer dans le système, rejoindre les rangs de la « majorité ennuyeuse des matérialistes sans rèves et sans imagination » (yan jun), la musique est une forme de rébellion, un mode de vie alternatif, une nécessité indispensable à la survie. Dans un pays de près d’un milliard d’habitants, elle condamne toutefois les créateurs les plus originaux a un grand isolement, tant est grande la force du conformisme de la société chinoise, et la crainte des conséquences d’une déviation de la norme sociale ou culturelle. Si une scène musicale expérimentale commence aujourd’hui à se mettre sur pied dans quelques grandes villes du pays, il fut un temps où ces musiciens pouvaient se croire les seuls de leur espèce, tant étaient maigres les chances de croiser un confrère ou simplement une âme-soeur, et presque inexistante la possibilité de réunir un public. La musique expérimentale est par nature une musique de marge qui doit se construire progressivement son propre public. Ce fut le cas également en chine pour le rock et ses dérivés, puis pour la techno et ses variantes. Yan Jun rappelle que la Chine n’avait pas de rock avant 1986, et pas de punk avant 1996. Dans ces conditions, les musiciens ont du, ou ont pu, créer hors de toute référence, presque hors de toute influence.

re-voici le lien vers le texte (en anglais)

et quelques suggestions discographiques pour l’illustrer:

China – the sonic avant-garde : anthologie du label post -concrete. Noise, expérimental, field recording. Réalisée par le musicien Dajuin Yao, une sélection très large, en deux cds, qui explore toutes les facettes de la musique expérimentale chinoise, créant également pour l’occasion des « brigades sonores » documentant le paysage chinois

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Cinnabar Red Drizzle – Dajuin Yao; Dajuin Yao est un musicien chinois vivant aux états-unis. Il est également le fondateur du label Post-concrete. Exploration électro-acoustique des sons de l’opéra chinois réalisée en collaboration avec le chanteur d’opera chinois Jerlian Tsao, l’album utilise autant l’aspect évocateur, exotique du son que sa sonorité.

The mountain swallowing sadness – Wang Changcun – Wang Changcun appartient à la génération de musiciens ayant grandi durant les années 90, alors que la musique occidentale arrivait en chine (la génération  » cd pirates »). Son album consiste en deux plages extrèmement contrastées: une première plage noise, radicale, abrasive, dans la lignée de Merzbow, ou Zbigniew Karkowski, suivi d’un enregistrement effectué durant une cérémonie funéraire bouddhiste.

ma-li-ma-li-hung, what’s sound vol.1 – Anthologie du label sound-factory, de Hong Kong, dirigé par Henry Kwok et  Li Chin Sung, alias pnf, alias Dickson Dee, un des personnages les plus important de la scène expérimentale chinoise pour son travail de producteur, de musicien, de curateur de label ainsi que d’organisateur de concerts. Avec Tats’Lau, pnf, dj-orchestra et Xper.xr

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Lün Hsiao Shuai – Xper.xr ; détournement, parodie, démolitions en règle, un album de noise industriel déstructuré, par un musicien de Hong-Kong, aujourd’hui résident à Londres. Pochettes, titres, etc, sont réorganisées avec un grand sens de l’absurde et de la provocation gratuite. Très réjouissant! Xper Xr réalise aujourd’hui des arrangements de classique electro pour orchestre chinois

Music for roaches, birds and other creatures – Nelson Hiu ; extraordinaire cd d’un des musiciens les plus attachants de cette scène, légères tonalités de flute improvisée, field recordings subtils. Un objet inclassable, beau et fragile.
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nontacky – Torturing nurse ;  archétype du groupe noise chinois, « extrêmement extrême », violent et surprenant. Originaires de Shanghai, déjà responsable d’un respectable discographie,  ils ont sorti ce disque en Belgique, sur le label Ultra Eczema. ——————————————-
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Et enfin, entre temps, ce mois d’août voit la sortie chez subrosa d’un coffret de 4cds, intitulé « An anthology of chinese experimental music » couvrant la période 1992-2008. Le coffret a été organisé par Dickson Dee et est préfacé par Zbigniew Karkowski et Yan Jun.

Vampyr ou l’étrange aventure de David Gray – Carl Théodor Dreyer

Posted in chronique, cinema, pop culture with tags , , , , , on mars 31, 2009 by noreille

David Gray (Allan Grey dans la version allemande) est un jeune homme, amateur de phénomènes paranormaux, de passage en France. Sillonnant le pays à la recherche de légendes et de mystères, il arrive un soir à l’auberge de Courtempierre, petit village situé au bord d’une rivière. La nuit, un vieil homme pénètre dans sa chambre pour implorer son aide. Il disparaît ensuite sans plus d’explications en laissant un paquet portant l’inscription « à n’ouvrir qu’après ma mort ». Acceptant l’invitation de l’homme, il se rend à son manoir où il est présenté aux deux filles du châtelain : Léone et Gisèle. Léone est clouée au lit par un mal mystérieux. Lorsque le maître des lieux est assassiné d’un coup de feu, David Gray n’a d’autre solution que de résoudre l’énigme afin de sauver les deux jeunes filles. Dans le paquet remis par le châtelain, il découvre un livre de François Bonnat : «  Das Seldsame Geschichte der Vampyre » (Leipzig 1877), qui va le mener sur la piste du vampire qui terrorise le village.

Inspiré de deux nouvelles tirées du recueil « In A Glass Darkly » de Joseph Sheridan Le Fanu, « Vampyr » se démarque des autres films explorant le thème du vampire, qui sont généralement inspirés, eux du « Dracula » de Bram Stoker. Le vampire du film n’est ici ni un gentilhomme raffiné,  séduisant prince des ténèbres, comme chez Tod Browning, ni un être démoniaque, monstre semant la peste et la folie, comme le Nostferatu de Murnau. Il s’agit ici d’une vieille femme, Marguerite Chopin, qui hante le village, et vampirise Léone. Le genre du film de vampire n’est alors (nous sommes en 1932) pas aussi complêtement établi qu’aujourd’hui, et le film oscille entre plusieurs thématiques : vampires, bien sûr, mais aussi possédés, fantômes, esprits, etc. Il définit néanmoins quelques scènes clés du film d’épouvante, scènes classiques qui seront par la suite déclinées inlassablement, jusqu’à nos jours : le visiteur étranger et son arrivé au village, le manoir, les jeunes victimes féminines, la malédiction, les rêves prémonitoires, le monstre et ses serviteurs, les symboles religieux, la visite au cimetière.

Comme chez Murnau, le thème du vampire n’est pas l’occasion de réaliser un slasher, un film gore et sanglant, mais bien un film de terreur, un film d’ambiance. Le sang dont on parle plus qu’on ne le voit, est traité comme un liquide précieux, comme un sacrement, qu’on n’expose pas. Les scènes se suivent comme autant de tableaux autonomes, reliés sommairement par le personnage de Gray et ses errances. Plus énigmatiques, voire ésotériques, que réellement effrayantes, elles multiplient les allusions et les symboles, en un poème visuel complexe et codifié, baigné dans une lumière assourdie. S’il est plus proche de l’expressionnisme allemand que du fantastique gothique de la Hammer, le film s’en écarte toutefois pour suivre la voie très personnelle du cinéma de Dreyer. Il est pour le cinéaste l’occasion de multiplier les audaces formelles et les innovations cinématographiques. Il accumule les superpositions d’images et les cadrages inhabituels, réalisant des séquences d’anthologie comme le Bal des Ombres auquel assiste par accident le héros, ou la séquence où nous suivons, à travers ses yeux, son propre enterrement.

La volonté de Dreyer était de dépeindre la dérive d’un personnage dans une situation et un décor incompréhensible. A l’instar des héros de Kafka, le personnage que nous suivons ne maîtrise pas totalement la situation. David Gray est seul, et d’autant plus fragile, d’autant plus susceptible de ne rien comprendre aux mœurs étranges du village. Les seules explications qu’il obtiendra lui viendront de ses rares contacts avec les habitants et du livre laissé par le châtelain. Il va traverser le film dans une sorte de demi-sommeil, mi-ahuri, mi-halluciné. Cet état de somnolence, qui le rendra paradoxalement plus sensible aux phénomènes paranormaux qui se déroulent autour de lui, le conduira à se dédoubler et à percevoir, comme en songe, le fond du mystère, l’origine du mal, le destin qui le menace, et la marche à suivre pour y échapper. Cette projection astrale, qui fera passer le personnage du côté des esprits, de l’invisible,  sera bien sûr l’occasion de jeux de transparence du plus bel effet. Il découvrira ainsi le sort effrayant réservé à chacun par le vampire et ses serviteurs.

« Vampyr » est un mélange étrange de film parlant et de film muet. Il s’agit du  premier long métrage sonorisé de Dreyer, qui poursuit la tradition du cinéma muet en utilisant des « panneaux » commentant l’action, résumant ou introduisant l’histoire. Malgré les dialogues et la présence du son, ce sont ces cartons, ces intertitres, qui conserveront la continuité de l’histoire, et sa lecture rationnelle. Ils seront progressivement complétés par des pages du livre,  qui sera le fil conducteur des révélations du récit, qu’il soit lu par le héros, ou par la suite, par le serviteur du château. Le film sera donc très économe de paroles. Il s’agit de plus d’une coproduction franco-allemande, tournée en plusieurs langues par des acteurs français, récitant des dialogues en allemand, en anglais et en français. Ceux-ci sont réduits au strict minimum, par soucis d’économie (chaque scène parlante devant être tournée trois fois ) mais aussi par goût, et surtout pour coller au mieux à l’atmosphère de rêve du récit.

Cinéaste éminemment religieux, Dreyer infuse tout son film d’une problématique chrétienne, les personnages errent aux abords de la damnation ou à l’inverse cherchent le salut de l’âme. Ici, les vampires sont des criminels qui, morts, ne trouvent pas le repos éternel. Ils doivent se nourrir du sang d’enfants et de jeunes filles. Marguerite Chopin est ainsi décrite comme étant «  de son vivant, un monstre d’apparence humaine. Elle mourut sans repentir. Tout le village était d’accord qu’elle seule pouvait être le vampire responsable de l’épidémie. A sa mort l’Eglise lui refusa les sacrements. » Condamnée par la foule et l’Eglise, l’esprit du monstre cherche à se venger en dévoyant d’autres âmes pour les vouer à la damnation éternelle. Ainsi ses victimes, comme Léone, sont partagées entre cette malédiction, leurs souffrances et la tentation du suicide. Cette délivrance par une mort sacrilège est brandie comme un appat par les complices du vampire, le médecin et ses sbires, poussant peu à peu  Léone vers la folie et la damnation.

A World Of Her Own: Florence Foster Jenkins

Posted in musique, pop culture, portrait with tags , , , , on mars 17, 2009 by noreille

« People may say I can’t sing, but no one can ever say I didn’t sing. »

« On peux dire que je ne savais pas chanter, mais personne ne pourra dire que je ne l’ai pas fait ». Cette citation attribuée à la plus étrange des cantatrices, est comme le reste de sa vie, sujette à caution. Beaucoup de légendes entourent en effet la vie trépidante et la carrière étonnante de Florence Foster Jenkins. Celle qui fut ce que d’aucun appelle la Castafiore originale est aujourd’hui encore un mystère pour les amateurs de musique. Dépourvue de rythme, de justesse, ou de quelque capacité vocale que ce soit, elle a pendant une trentaine d’années, mené une carrière de soprano, enregistré une demi-douzaine de disques et terminé son irrésistible ascension par un concert au Carnegie Hall, où elle fit salle comble. Où se trouve la chute de l’histoire ? Sa carrière est elle le résultat d’un canular, d’une énorme plaisanterie faite à Jenkins par son entourage ? Est-elle à l’origine de cette mystification ? Qui a mené l’autre en bateau ? Donald Collup tente avec ce magnifique reportage de percer une des énigmes de l’histoire de la musique, et de cerner par delà le culte qu’elle a inspiré, la personnalité de Florence Foster Jenkins.

Née Nascina Florence Foster, en 1868, Florence est un enfant prodige. Elle consacre son enfance à la musique, elle étudie le piano, elle est brillante. Ce serait une enfant comblée si son père ne voyait d’un aussi mauvais œil l’idée d’en faire une carrière et ne refusait obstinément de la laisser poursuivre ses études de musique à l’étranger. C’est pourquoi un beau jour elle décide de fuir sa famille pour épouser, contre l’avis de son père, un médecin, un certain Frank Thornton Jenkins, qu’elle finira rapidement par quitter, non sans qu’il ait eu le temps de lui refiler la syphilis, qu’elle devra traiter au mercure pendant le reste de sa vie. Elle vivra un temps dans la pauvreté à Philadelphie, avant de monter à New-York. A la mort de son père, elle reçoit une pension à vie, mais ne pourra toucher à l’entreprise, une précaution destinée à éviter à la fortune de la famille de finir entre les mains d’un autre Jenkins. Elle débute à cette époque une nouvelle carrière, et devient directrice musicale pour plusieurs cercles mondains, plusieurs ladies’club, ainsi que pour le Plaza Hotel, pour lesquels elle monte des opéras comme Carmen, Rigoletto ou Faust. En privé, et en secret, elle passe du piano au chant et suit des leçons pendant des années. C’est à la même époque qu’elle rencontrera son grand amour,  St.Clair Bayfield, mais ne pourra l’épouser, n’ayant jamais divorcé de Jenkins.

Elle entame alors une vie mondaine, une vie de clubbing telle qu’on l’envisageait au XIXème, participant activement à la vie sociale et culturelle new-yorkaise, devenant membre de plusieurs dizaines de Clubs et d’associations culturelles ou caritatives, avant de fonder son propre salon, le Verdi Club, au sein duquel elle produira des spectacles, et invitera des célébrités musicales comme Enrico Caruso ou Marion Talley. Elle organise des fêtes et des galas très courus et généralement très réussis, elle y met en scène des tableaux vivants, auxquels elle participe bien sûr, se réservant le clou du spectacle dans des interprétations de la Du Barry ou de Brunehilde. Elle se lance à fond dans le rôle de la mondaine fantasque et extravagante, rassemblant dans son appartement, entre autres excentricités, une magnifique collection de chaises célèbres, sur lesquelles sont morts des personnages historiques. Elle cultive également quelques superstitions ou particularismes, comme une peur panique des objets pointus, et une obsession du secret qui la pousse à conserver le mystère autour de l’identité de ses professeurs de chant, de ses costumiers et maquilleurs, ainsi qu’autour de son age et de son mariage). Il semblerait que son professeur, elle aussi, tenait beaucoup à garder secrètes les leçons qu’elle dispensait à l’excentrique mondaine. Néanmoins, malgré les doutes de son prof, elle va débuter une série ininterrompue de performances, de galas et de récitals.

Ce n’est qu’en 1912 qu’elle fait le grand saut, et organise ses premiers récitals, se produisant, à la demande générale de ses amis dans les endroits les plus cotés de New-York, comme le Ritz-Carlton. Elle y apparaîtra, sur invitation uniquement, pour un parterre trié sur le volet, choisi parmi ses proches et familiers, et y assassinera régulièrement Mozart, Verdi et Strauss. Son accompagnateur attitré, Cosme Mc Moon, composera également quelques pièces à son intention ; elle-même s’écrira des chansons comme « like a bird ».

La compagnie de disque Melotone, pour des raisons encore difficiles à comprendre aujourd’hui, lui proposera d’enregistrer plusieurs 78tours,  reprenant les plus grands airs de ses récitals. Précédés par la rumeur, les disques sont de grands succès commerciaux. Ce succès, ainsi que celui de ses galas annuels et de ses concerts, confortera Florence Foster Jenkins dans sa conviction d’être une artiste accomplie, une chanteuse exceptionnelle, jalousée par ses concurrentes. Ce sont ces concurrentes irritées qu’elle tient d’ailleurs pour responsables des gloussements et fous rires réprimés qu’on entend quelquefois lors de ses apparitions publiques. Elle se laissa peu à peu convaincre par ses amis et céda, organisa le 25 Octobre 1944, ce qui devait être le climax de sa carrière:  un concert au Carnegie Hall. Ce fut une soirée fabuleuse, à tous les égards, attirant une foule inattendue, malgré le prix prohibitif des tickets pour l’époque. Selon les témoins du concert, néanmoins, le public n’était pas forcément prévenu de ce à quoi il allait assister, et dès les premières (fausses) notes, la salle fut prise de convulsions nerveuses. La seule échappatoire fut d’applaudir à tout rompre et d’acclamer le plus fort possible pour couvrir les rires. La stupéfaction du public  fit de l’événement fut un moment étrange, douloureux et magique, et le concert fini par trois rappels et des ovations hystériques.

Quelques jours après le concert, Florence mourrait d’un arrêt cardiaque, sans doute, toujours selon la légende, en lisant les critiques du gala dans les journaux. Donald Collup parvient à conserver à son reportage un ton neutre et aimable, évitant de charger inutilement l’étrange personnage, et laissant ouverte la question inévitable: Comment, ou pourquoi, Florence Foster Jenkins a-t’elle réussi cette carrière déconcertante, soutenue seulement par la moquerie de ses proches. C’est cette raillerie qui paradoxalement lui accorda, de son vivant, une notoriété improbable et ambiguë, et, pour la postérité, une place de choix dans l’histoire de la musique.

– dvd: FLORENCE FOSTER JENKINS -­ A WORLD OF HER OWN – version anglaise (non-sous-titrée) : TB3293

– deux cds sont encore disponibles:

– The Glory of Human voice – GD1930

– TheMuse Surmounted – Foster Jenkins & 11 Of Her Rivals – GD1931