Mohammad – Som Sakrifis

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Mohammad est un trio de musique de chambre presque classique, un violoncelle, une contrebasse, et un oscillateur, piloté au ruban. Leur musique explore les confins du spectre sonore en de lourdes masses sonores monumentales, cantonnant sciemment leurs instruments dans les registres les plus bas. Dans cette atmosphère raréfiée, presque oppressante, le moindre geste, la moindre déviation est amplifiée, magnifiée, et chacun des rares mouvements des musiciens pourra prendre des tonalités lyriques étonnantes. Comme la lueur d’une allumette dans un blackout complet, un simple coup d’archet semblera alors illuminer brièvement la noirceur profonde de leur lente et implacable progression. Plus que de l’économie, il y a chez eux une obsessionnelle volonté de réduction, de concentration, une décision définitive et radicale de ne garder de la musique que le tempo le plus lent, la tonalité la plus sombre, d’établir irrévocablement le climat dans la mélancolie et la sévérité que la culture associe aux fréquences les plus basses. Chaque morceau est un monochrome extrêmement physique, pesant mais à la mobilité inexorable. Heureusement pour eux, le terme de drone s’est imposé dans le vocabulaire musical courant, et on leur cherchera des comparaisons comme Sunn o))), Thomas Köner ou Phill Niblock. Mais on peut remonter plus loin encore et chercher des ressemblances avec le chromatisme de Krzysztof Penderecki, les micropolyphonies de György Ligeti ou encore les lents développements entrelacés de Pérotin le Grand. Mais ce ne sont bien sûr que des comparaisons ; le potentiel de leur musique tient avant tout dans une tension permanente entre la mobilité et l’immobilité, dans un flou continu entre les sonorités acoustiques et électroniques, qui se confondent et se disjoignent dans une alternance d’interpolation et de mimétisme. Il y a sans doute des raisons pour que cette musique apparaisse aujourd’hui, ou pour que le label Pan qui les édite parvienne à les insérer dans le contexte d’une avant-garde bénéficiant d’un minimum de visibilité. Mais le trio reste toutefois en marge de la marche courante de la musique contemporaine. Intenses, exigeants, glacials et émouvants à la fois, leurs morceaux réclament de la patience, du sérieux (c’est-à-dire avant tout une absence d’ironie), et de l’abandon.

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