Emptyset – Demiurge

Image

Comme Pan Sonic l’a fait pour les années 1990 et comme le fait aujourd’hui la génération des Silent Servant et des Rrose, Emptyset revient aux bases les plus brutales de la techno, le rythme des machines et le son de l’électricité.

James Ginzberg et Paul Purgas approche la techno avec une économie extrême de moyens et une palette sonore faussement simplifiée, réduite à quelques éléments ascétiques, une boite à rythme et quelques grésillements synthétiques. Sur ces bases minimales, quasi dépourvues de toute ornementation, le duo développe ce qu’il appelle des « structures sans contenu » (la signification pour les mathématiques du nom emptyset). Leur discours est avant tout une position stratégique de retrait désamorçant par avance toute tentative de détournement conceptuel. Ce qui n’a pas empêché leur musique de se voir rationaliser comme une volonté réductionniste ou un hommage au brutalisme architectural des années 1950, aujourd’hui timidement remis à l’honneur. Il partage avec ce style abandonné et en voie de disparition/démolition une austérité radicale, une efficience un peu inhumaine, et une sévérité qu’on a longtemps refusé de considérer compatible avec aucune forme de séduction ou de plaisir esthétique.  Le duo de Bristol est continuellement à cheval sur deux tableaux, offrant assez de texture électronique, de sound-design bruitiste, aux amateurs de noise ou d’expérimentation, tout en maintenant un rappel constant à des structures ou des rythmes techno, même quand ils ne sont pas affichés franchement. Si on ne parvient pas à situer cet album, il faut se pencher sur le reste de leur production, pour compléter un tableau complexe, et découvrir leurs autres disques, afin de trouver un cadre à celui-ci. Et de confirmer par là l’étendue de la vision du groupe, publiant à la suite de ce Demiurge un album conceptuel, d’une part, encore une fois en lien avec l’architecture, tiré d’enregistrement réalisés dans un manoir gothique (la Woodchester Mansion de Gloucestershire), soumise à des vibrations de basses fréquences et de larsen, comme pour en tirer un portrait en creux, et un EP de quatre titres chez rasternoton, revenant lui à une techno minimaliste. Emptyset est un exemple parfait de ce nouveau courant de la techno britannique, incorporant au schéma rythmique traditionnel du genre une vision spéculative plus large ainsi qu’une exploration de textures nouvelles.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :