Shackleton – Music for the Quiet Hour / The Drawbar Organ EPs

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Sam Shackleton est un des premiers “auteurs” à émerger de la dubstep britannique, et à s’écarter du canon tout neuf défini par le genre pour s’engager au contraire dans une musique extrêmement personnelle, mêlant les influences habituelles du genre (jungle et dub) à une approche singulière et non-conformiste. Après le succès de son album pour la série Fabric dont il remettait en question la tradition en proposant non pas un mix de ses groupes préférés mais une relecture de ses propres compositions, il propose en 2012 cet objet imposant (triple album vinyle accompagné d’un CD ou double CD) de pas moins de 137 minutes.

Publié sur son propre label Woe To The Septic Heart, qu’il a fondé en 2010, ce box confirme le goût de Shackleton pour les longues pièces formant des ensembles cohérents (la première sortie du label , « Man on a String », était un morceau épique de douze minutes suivi d’une pièce de presque huit minutes, et son album de 2009 pour le label allemand Perlon était, déjà, un triple vinyle laconiquement intitulé Three Ep’s.) Ce coffret renferme toutefois deux propositions distinctes. La première partie, est une série de morceaux dynamiques, presque spasmodiques (pour ce type de musique en tout cas) qui poursuivent sa démarche rythmique foisonnante, luxurieusement percussive, et rassemblés sous le nom de Drawbar Organ EPs en hommage à son ingrédient principal, un orgue électrique bon marché déjà abondamment utilisé sur ses disques précédents. La seconde partie, Music for the Quiet Hour, est une  seule composition d’une heure (divisée en cinq parties enchaînées) qui s’écoute comme un travelogue de science-fiction, un paysage sonore crépusculaire ponctué par un monologue ténébreux déclamé par Vengeance Tenfold (alias Sam Geiser), un spoken word artist avec lequel Shackleton avait déjà collaboré pour son maxi Death Is Not Final ainsi que pour une carte postale sonore retraçant un voyage par la ligne de chemin de fer North and South Devon reliant Exeter à Totnes et à Barnstaple. Le texte qui fait se rejoindre la tradition psychogéographique anglaise d’un auteur comme Iain Sinclair avec la psalmodie dystopique de Kode9/Spaceape est scandé sur une couche de drones accompagnés de longues séquences électroniques répétitives, à peine ornementées des habituelles percussions tribales auquel le musicien nous avait accoutumé. Oscillant entre le texte incantatoire (« Music is the weapon of the future, turn off your computer. The rhythm is electronic system subverter, reality is clearer.») et l’autofiction (la dernière partie est une lettre écrite par Tenfold à sa future petite-fille, en l’an 2065), le flux de conscience qui traverse ce Music for the Quiet Hour est à son tour découpé en bribes, en fragments de voix, de grognements et de souffle, qui deviennent, mises en boucles, parties intégrantes de la texture sonore du disque. S’il porte immanquablement la marque caractéristique de Shackleton, la trame de ce disque en fait un objet à part, une dérive ambitieuse s’ajoutant à une discographie déjà bien remplie, où l’on serait bien en mal de chercher la redite ou la facilité.

https://www.youtube.com/watch?v=DQs9NWrXDVQ

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