Rétro-futur (suite) – F.C.Judd

Après les très belles rééditions de Daphne Oram, chez Young Americans, ou de Tristram Cary chez Trunk, ou encore les hommages faitichistes de Jan Jelinek à Ursula Bogner, les explorations rétro-futuristes continuent avec la publication de la première anthologie consacrée au pionnier de la musique électronique britannique  F.C.  (Frederick Charles ) Judd. Intitulée « Electronic without tears », elle a été réalisée par le label Public Information avec l’aide de l’artiste audio-visuel Ian Helliwell, qui vient de terminer un film sur ce musicien jusqu’alors quasi inconnu. Actif durant les années 1950 et 1960, Judd est l’archétype du musicien/chercheur/bricoleur/amateur qui caractérise ce que Helliwell appelle les « années analogues ». Comme Tristram Cary, il servit durant la guerre comme ingénieur-radar (le premier pour la Royal Navy, le second pour la RAF) et utilisa ses connaissances en électronique pour développer des instruments, générateurs de fréquences, enregistreurs, émetteurs radio, et son propre synthétiseur, le Chromasonics. En plus d’une production (relativement confidentielle, il faut l’avouer) de singles sur son propre label Castle, il chercha à faire partager sa passion pour la musique électronique par tous les moyens possibles, participant à des conférences, des émissions de radio, contribuant régulièrement au magazine Amateur Tape Recording, pour enfin publier une dizaine de livres, commençant par un traité intitulé ‘Electronic Music and Musique Concrète’ en 1961. Comme beaucoup de musiciens électroniques, c’est de la télévision que viendra son plus grand succès, une série de pièces pour la série  Space Patrol, une série d’animation de science-fiction dans la lignée des Thunderbirds de Gerry Anderson (bien que réalisé un peu avant) dont elle partage le goût pour les maquettes futuristes et les marionnettes en supermarionation.

Ce rare succès mis à part, Judd se découragea progressivement du manque d’intérêt du public et des médias pour la musique électronique et fini par se détourner de la musique. Le disque présente une trentaine de plages qui couvrent ses expérimentations sonores, ses collages et ses pièces de library music. Très semblable en cela à la musique de Daphne Oram récemment rééditée, c’est une musique hybride, parfois enjouée, parfois fort inquiétante, qui ne connait pas encore sa « place », sa fonction, sa signification. C’est une musique qui préfigure autant la techno que la musique électro-acoustique la plus académique. Avant que le jeu ne soit recadré par l’Histoire, et que l’on n’invente des catégories, des classements, des tiroirs, pour juger les musiques et les musiciens, ces pionniers avaient encore toute latitude, toute liberté, de mélanger les ambiances, les émotions, d’être à la fois sérieux et populaires, expérimentaux et réjouissants. Cette liberté, et la large marge de manoeuvre qu’elle entrainait, explique le flou qui entoure quelque fois les intentions des artistes (ou notre inaptitude à les décoder avec des critères contemporains) mais surtout renvoie à l’aspect utopique de cette période de la musique électronique, où il fallait, bon gré, mal gré, inventer la société qui allait avec cette nouvelle musique.

ci-dessous la bande-annonce du film Practical Electronic de Ian Helliwell.

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