Tools – Giuseppe Ielasi

Giuseppe Ielasi est plus qu’un musicien à suivre. Depuis ses débuts dans la musique expérimentale et improvisée, il a développé un langage extrêmement personnel qui s’est cristallisé autour de ses dernières productions (l’album Aix sur le label 12k, ou ses récentes parutions sur son propre label schoolmap). S’écartant des habitudes (pour éviter de parler de « défauts ») de la musique expérimentale actuelle, le recours systématique au drone, le rejet du rythme, etc., il construit une musique instrumentale qui ne se fond dans aucun style existant mais emprunte des éléments épars au jazz comme au hiphop sans en épouser la forme, ni jamais utiliser ces emprunts comme une référence, un clin d’œil.

Ce nouvel album, tools, poursuit cette ligne, son titre est une allusion aux dj-tools, ces disques remplis de breaks, de fragments, de transitions, qui ne sont pas des morceaux terminés mais une sorte de kit permettant aux djs de construire un set ou un morceau de toutes pièces. C’est sans doute trop de modestie de la part de Ielasi car les pièces qui composent cet album sont tout aussi abouties que celles des précédents. Quoique trompeusement simples d’apparences, voire spartiates, chacun des morceaux, construits autour d’une source sonore unique, est l’ exploration d’un objet, d’une matière, d’une texture, une sorte d’inventaire très complet des possibilités musicales d’une poêle à frire, d’un élastique, d’une feuille de papier aluminium. Evidement ludique, au vu des objets choisi, le disque est aussi étrangement sautillant, presque dansable, sinon dansant.

On pense à d’autres disques dans ce genre, le CD+DVD « multiple Otomo » ou Otomo Yoshihide faisait une série de démonstration de ses divers méthodes et techniques de jeu, scratchant, démontant, immolant par le feu, noyant et plus généralement mettant à mal ses instruments dans une série de courtes pièces didactiques. Mais on pense aussi à des choses très différentes, en dehors du circuit improv/expérimental, comme quelques unes des pièces qui composent l’album Funf du label osgut ton, le label maison du club berghain de Berlin. Pour cette anthologie célébrant les 5 ans du club, les musiciens participants ont été invités à inclure le bâtiment dans leur composition. Enorme bâtisse aux multiples recoins, couloirs, caves, comportant plusieurs salles et surmonté d’un bar-panorama, le Berghain a ainsi été documenté soigneusement par le son et mis en musique. Comme chez Ielasi, on se concentre sur des objets pour en extirper une palette sonore étonnamment variée et la mettre en mouvement. Un hybride assez réussi entre une techno minimaliste mais efficace, et une exploration des sons, des textures et des ambiances du lieu.

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