caduceus – Akira Rabelais

Akira Rabelais est un secret bien gardé, malgré la régularité de ses parutions. Son dernier album, si l’on excepte les étranges fields recordings Hollywood et AM Station sortis dans l’intervalle, date de 2004 et était intitulé Spellewauerynsherde. Il était, souvenez-vous, basé sur des enregistrements de chansons traditionnelles islandaises effectués quelque part dans les années 1960. Comme dans les desintegration loops de William Basinski, qui voyaient des bandes magnétiques se désagréger progressivement, s’effriter pour révéler – ou créer ex-nihilo – un grain inattendu, à la présence lancinante, l’écart entre les enregistrements d’origine et le résultat final ajoutait beaucoup à la magie du disque et lui conférait une indicible mélancolie, comparable à celle produite par les ruines romantiques. Une même fragilité, une même délicatesse, menacée par la déliquescence, par la lente agression du temps, caractérise ce nouvel album. Et pourtant les différences entre les deux sont nombreuses: tout d’abord caduceus voit Rabelais revenir à la guitare, qu’il joue ici accompagnée de bribes de transmissions de radio AM, avant de soumettre ses compositions/improvisations aux transmogriffications et contorsions de son instrument de prédilection: un programme de son invention très bellement nommé l’Argeïphonte Lyre. Ce programme est une sorte de boite noire dont l’output est en grande partie imprévisible, ou qui semble à tout le moins  doté par moment d’une volonté propre, et adopter un comportement indépendant des demandes de son utilisateur, et de la nature de ce qu’on  lui donne à traiter. Si des chants islandais de Spellewauerynsherde, c’est la tristesse des lamentations qui était cristallisée, distillée par la Lyre, ici c’est de l’électricité pure qui est extraite de la guitare, exaltée, magnifiée, isolée de toute idée de corde, de jeu, pour devenir une forme immatérielle de distorsion, une énergie aérienne, transparente. Quelques morceaux s’enfoncent dans la direction d’une limite réductionniste, d’autres s’imposent dans un mur de feedback.  Grésillement obsédant, larsen spectral, parasites, souffle comme phosphorescent, tout un vocabulaire de dégradation, de détérioration, qui pourtant recouvre un album extrêmement lumineux, paradoxalement abstrait et mélodieux, électrique et contemplatif. Akira Rabelais parvient à être à la fois grinçant, acide même, et délicieusement élégiaque.

caduceus est sorti sur le label samadhi.

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