Les fantômes de Takashi Ito et ceux de Clément Rosset

Quelques photos extraites de « Grim », un film expérimental de Takahashi Ito, et qui me semblait incidemment pouvoir illustrer visuellement les discussions de ces derniers temps autour du concept d’hauntology. Alors, d’accord, peut-être vois-je des fantômes partout, mais c’est également un jeu qu’affectionne Ito dans ses films, où superposant plusieurs plans comme ici, ou projetant des films sur les murs qu’il filme, et, démultipliant chaque image en un étrange gâteau feuilleté de plusieurs lieux, de plusieurs temps, il cumule un présent un peu flou, avec des événements qui peuvent être compris au choix comme passé, comme futur ou comme illusion. Ou tout cela ensemble … Au final on ne sait pas ou plus ce qui était réel, ce qui était illusoire, ce qui n’a jamais eu lieu, et ce qu’on a mal compris … C’est en somme la nouvelle métaphore apportée par cette histoire d’hauntology. Elle est a rapprocher de ce que Clément Rosset écrit sur le sujet des ombres, et des fantômes.

Un des grands penseurs des rapports du réel et de l’illusion, Clément Rosset a écrit de nombreuses et fort belles pages sur la présence fantomatique de doubles de la réalité, depuis « Le réel et son double » en 1976 jusqu’à « Impressions fugitives: l’ombre, le reflet, l’écho » en 2004 ou « Fantasmagories » en 2006.  Il y présente l’illusion avant tout comme une mise à l’épreuve de la réalité, une remise en cause du présent. En voici une page: « Il est temps de reconnaître enfin dans cet « autre événement » -attendu peut-être mais ni pensé ni imaginé – que l’événement réel a biffé en s’accomplissant, la structure fondamentale du double (..) Cependant toute duplication suppose un original et une copie, et on se demandera qui de l' »autre événement » ou de l’événement réel, est le modèle, et qui le double. On découvrira alors que l' »autre événement » n’est pas véritablement le double de l’événement réel. C’est bien plutôt l’inverse: l’événement réel qui apparait lui-même comme le double de l’autre événement ». En sorte que c’est l’événement réel qui est, finalement, l' »autre »: l’autre c’est ce réel-ci, soit le double d’un autre réel qui serait lui le réel même, mais qui échappe toujours et dont on ne pourra jamais rien dire ni rien savoir. L’unique, le réel, l’événement possèdent donc cette extraordinaire qualité d’être en quelque sorte l’autre de rien, d’apparaître comme le double d’une « autre réalité qui s’évanouit perpétuellement au seuil de toute réalisation, au moment de tout passage au réel ». (Clément Rosset – « le réel et son double, traité de l’illusion » p.42-43)

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