Jean Pallandre/Xavier Charles/Marc Pichelin – Atlanta

Atlanta est la conjonction de trois démarches. Carte postale sonore de la ville publiée par le label/association française Ouï-dire, un collectif rassemblant des musiciens issus de la scène électro-acoustique, de la musique improvisée ou du jazz, et de la phonographie, ce disque met en scène des tranches de la ville, des saynètes, dans des vignettes où le field-recording brut est soutenu par des incursions subtiles du clarinettiste Xavier Charles. Intégralement enregistrée « in situ », et non pas ajoutée au montage, cette intervention musicale discrète s’immisce dans les différents plans selon un mode spécifique aux lieux, parfois simple souffle, parfois bruissement ou stridence. Elle est à la fois un personnage ajouté à l’environnement sonore et celui qui nous en détermine le point de vue, qui en fixe le cadre, la mesure. A travers les différents lieux explorés, une scène au bord de la voie ferrée, une interview avec le barbier local, une visite au diner’s, des soundscapes diurnes ou nocturnes, intérieurs ou extérieurs, etc., les sons de la ville et ceux du musicien se côtoient, dialoguent parfois. Leurs relations restent toutefois bien tranchées, la volonté de Pallandre et Pichelin étant de maintenir pour cette carte postale les rôles de chacun bien séparés. La phonographie doit ici pour eux rester du coté du documentaire, et non se faire musique ; elle ne doit avoir d’esthétique que ce qui est déjà présent en elle, et non être manipulée pour le devenir. Proche des créations radiophoniques d’un Yann Paranthoën, par exemple, qui signe d’ailleurs une carte postale sur le même label, ce disque utilise tous les attributs du son, du détail au paysage élargi, du bruit à la parole, de l’image au sens, et se comporte comme une pièce acousmatique où différentes fonctions sont attribuées aux différentes couches qui constituent l’ensemble. Elle est un document subjectif mais strictement réaliste, concret, et les seules manipulations audibles de la matière sonore d’origine sont les empreintes du montage qu’ont réalisé les auteurs. Ce montage, généralement limité à des coupes discrètes au début et à la fin des morceaux, comporte également des finesses dans certaines scènes, reconstruites pour constituer un monde complet de quelques minutes. Les différents passages s’imbriquent alors sans couture apparente, et concentrent le propos, sans pour autant l’accélérer outre mesure, ni le dramatiser inutilement. Le travail des trois musiciens est avant tout un travail d’observation, et de restitution d’une ambiance, d’un panorama. Il s’agit de transposer un espace acoustique, et de transporter la plus intacte possible l’aura sonore de la ville d’Atlanta jusqu’à un couple de haut-parleurs.

Une Réponse to “Jean Pallandre/Xavier Charles/Marc Pichelin – Atlanta”

  1. pthandaround Says:

    Hey Noreille !
    Très belle vue et analyse de ce très bel album . . .je vais l’écouter de ce pas !
    peace
    pth

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :