Depuis que je recois des pourboires, j’ai appris la manière de m’occuper des gens riches

« Sur le Yangzi« , un film de Yung Chan

« il faut savoir se servir de ses yeux…,
d’habitude je n’aide pas les vieux, même s’ils me le demandent,
j’envoie quelqu’un d’autre, ils sont trop pauvres. ils laissent seulement 2 yuans, qu’est-ce que je fais de 2 yuans…?! »

« I’m number one in my family,
je gagne plus que ma mère, je gagne plus que mon père…
Gagner encore plus, c’est mon rêve. Depuis que je reçois des pourboires, j’ai appris la manière de m’occuper des gens riches »

Sur le Yangzi, des croisières sont organisées, on les appelle les farewell tours, ce sont les croisières des adieux. De riches occidentaux viennent faire leurs adieux aux villes et aux campagnes millénaires des rives du fleuve avant qu’elles ne disparaissent sous les eaux du barrage des Trois Gorges.

En fait, ce ne seront sans doute pas les villes qui seront le plus touchées par la montée des eaux. Bien sûr il y aura quelques villes fantômes, comme Fengdu, englouties sous le lac, mais ce seront principalement des cabanes de paysans, des maisons d’artisans, des villages traditionnels, qui seront sacrifiées. Bien sûr, comme le dit un intervenant, on ne peut pas arrêter ce projet pour des gens ordinaires, des petites gens comme nous, mais rien n’a réellement été prévu pour les aider à s’en sortir après. Autant qu’un déplacement géographique, c’est un changement vie complet qui les attend, un relotissement dans des banlieues toutes neuves, un abandon de leurs occupations, de leurs traditions, un éparpillement des communautés, et dispersement des  familles.

En chemin les touristes visitent les bâtiments qui sont prévus pour les « relocalisés », mais eux mêmes ont du mal à y croire, et leur interprète a du mal à cacher sa gène de les emmener dans cet équivalent chinois des villages de Potemkine, premier ministre de la tsarine Catherine II de Russie à qui il faisait jour après jour visiter des villages en carton-pâte, où des acteurs lui faisaient croire que le peuple russe était heureux et en bonne santé.

Film cruel pour ce qu’il montre du changement de mentalité à l’œuvre dans la Chine contemporaine, abandonnant les espoirs égalitaires (irréalisés sans doutes) du communisme maoïste pour foncer tête baissée dans le miroir aux alouettes du capitalisme, le tout sans pour autant se libérer de la corruption endémique qui mine le pays, le cynisme involontaire de certaines répliques ne fait que souligner le vide moral et idéologique dans lequel le virage capitaliste laisse la Chine. Plus qu’un discours passéiste ou écologique sur la situation des trois gorges, c’est un constat de ce changement qu’illustre ce film. La génération des enfants uniques, enfants trop gâtés selon un intervenant, est une nouvelle génération excessivement individualiste, antithèse de l’idéologie de solidarité populaire qui a façonné leurs parents.

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