Le grand silence – Sergio Corbucci

Quelques images tirée d’Il Grande Silencio, western spaghetti de Sergio Corbucci, filmé en 1968 avec un casting surprenant. On y trouve dans les rôles principaux Klaus Kinski et Jean-Louis Trintignant, muet d’un bout  à l’autre du film. Le film se démarque du western traditionnel à bien des égards, et prend une série de libertés avec le genre, même au sein de la vision italienne du western, miroir adulte du style classique d’origine. Située dans les neiges de l’Utah, reproduites en studio à coup de mousse à raser et de brouillard artificiel, l’action prend un rythme cotonneux, uniquement rythmée par une succession de massacres.

Film polémique, aux sous-entendus politiques, il s’agit probablement du film le plus sombre, le plus noir du genre. Il n’est égalé dans sa brutalité et son pessimisme que par les plus glaçants des gialli italiens ou par l’ultraviolence japonaise, celle d’un Seijun Suzuki par exemple. Il joue avec tous les clichés du genre, les poussant jusqu’à leur point-limite, mais s’arrêtant juste au point où l’emphase pourrait devenir grandiloquence, et la solennité tourner au ridicule. Trintignant ne se tait pas par grandeur hautaine, comme la plupart des héros de western mais parce qu’il est vraiment muet. Kinski est un  grand villain, souriant et affable, la cruauté lui semble naturelle, dépourvue de méchanceté. D’ailleurs il a la loi pour lui, une loi qui dit: « la justice ne peut que constater les faits, le tout c’est de tirer le premier »

L’archétype du western est bien sûr le duel, la confrontation, et Corbucci prend l’idée au pied de le lettre, construisant tout son film comme une série de face à face, réels ou différés, et comme une succession d’échanges de regards. Chaque plan serré est l’illustration d’un regard: regard en coin, observation furtive, regards fuyants ou défiants, regards de haine, de mépris, d’amour, de peur; l’essentiel de l’intrigue passe par les yeux, un coup d’oeil entraîne une vision, la vue d’un homme entraîne une réaction, on se jauge, se fusille du regard, s’observe, se reconnait puis s’entretue.






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