I know Yan Jun – expérimentation en Chine

Le musicien chinois Yan Jun a posté il y a quelques temps sur son site un passionant texte sur la scène musicale expérimentale chinoise. Le texte , intitulé RE-INVENT, est extrêmement intéressant pour les différences qu’il pointe entre les pratiques musicales occidentales ( en ce compris le Japon ) et chinoises. Pour les chinois d’aujourd’hui , nous dit Yan Jun, l’expérimentation musicale est une suite logique de la vie courante, dans la mesure où le peuple chinois n’a plus connu de période de stabilité depuis près d’un siècle. Il cite l’exemple des réformes continuelles et souvent contradictoires que connut le pays durant les années qui suivirent la révolution, mais aussi des bouleversement que connais la société chinoise depuis quelques années, durant ce que l’on appelle là-bas les années olympiques, qui virent des quartiers entiers de Beijing, parmi les plus anciens, être rasés pour faire place nuitamment à des infrastructures ultra-modernes. Depuis la période de guerre civile qui ouvrit le vingtième siècle chinois, l’empire qui était connu comme symbole de fixité voire d’immobilisme, a connu plusieurs réformes agraires successives, plusieurs réformes de l’enseignement, plusieurs réformes politiques, jusqu’à une réforme de la langue; ses religions et ses philosophies traditionnelles (taoïsme, bouddhisme, confucianisme) ont été contestées puis abolies; le capitalisme, ennemi d’hier, est le but actuel de la société toute entière … Dans cette atmosphère d’instabilité, de repères fuyants, l’expérimentation est une seconde nature.

Pour les jeunes chinois qui ne veulent pas forcément rentrer dans le système, rejoindre les rangs de la « majorité ennuyeuse des matérialistes sans rèves et sans imagination » (yan jun), la musique est une forme de rébellion, un mode de vie alternatif, une nécessité indispensable à la survie. Dans un pays de près d’un milliard d’habitants, elle condamne toutefois les créateurs les plus originaux a un grand isolement, tant est grande la force du conformisme de la société chinoise, et la crainte des conséquences d’une déviation de la norme sociale ou culturelle. Si une scène musicale expérimentale commence aujourd’hui à se mettre sur pied dans quelques grandes villes du pays, il fut un temps où ces musiciens pouvaient se croire les seuls de leur espèce, tant étaient maigres les chances de croiser un confrère ou simplement une âme-soeur, et presque inexistante la possibilité de réunir un public. La musique expérimentale est par nature une musique de marge qui doit se construire progressivement son propre public. Ce fut le cas également en chine pour le rock et ses dérivés, puis pour la techno et ses variantes. Yan Jun rappelle que la Chine n’avait pas de rock avant 1986, et pas de punk avant 1996. Dans ces conditions, les musiciens ont du, ou ont pu, créer hors de toute référence, presque hors de toute influence.

re-voici le lien vers le texte (en anglais)

et quelques suggestions discographiques pour l’illustrer:

China – the sonic avant-garde : anthologie du label post -concrete. Noise, expérimental, field recording. Réalisée par le musicien Dajuin Yao, une sélection très large, en deux cds, qui explore toutes les facettes de la musique expérimentale chinoise, créant également pour l’occasion des « brigades sonores » documentant le paysage chinois

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Cinnabar Red Drizzle – Dajuin Yao; Dajuin Yao est un musicien chinois vivant aux états-unis. Il est également le fondateur du label Post-concrete. Exploration électro-acoustique des sons de l’opéra chinois réalisée en collaboration avec le chanteur d’opera chinois Jerlian Tsao, l’album utilise autant l’aspect évocateur, exotique du son que sa sonorité.

The mountain swallowing sadness – Wang Changcun – Wang Changcun appartient à la génération de musiciens ayant grandi durant les années 90, alors que la musique occidentale arrivait en chine (la génération  » cd pirates »). Son album consiste en deux plages extrèmement contrastées: une première plage noise, radicale, abrasive, dans la lignée de Merzbow, ou Zbigniew Karkowski, suivi d’un enregistrement effectué durant une cérémonie funéraire bouddhiste.

ma-li-ma-li-hung, what’s sound vol.1 – Anthologie du label sound-factory, de Hong Kong, dirigé par Henry Kwok et  Li Chin Sung, alias pnf, alias Dickson Dee, un des personnages les plus important de la scène expérimentale chinoise pour son travail de producteur, de musicien, de curateur de label ainsi que d’organisateur de concerts. Avec Tats’Lau, pnf, dj-orchestra et Xper.xr

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Lün Hsiao Shuai – Xper.xr ; détournement, parodie, démolitions en règle, un album de noise industriel déstructuré, par un musicien de Hong-Kong, aujourd’hui résident à Londres. Pochettes, titres, etc, sont réorganisées avec un grand sens de l’absurde et de la provocation gratuite. Très réjouissant! Xper Xr réalise aujourd’hui des arrangements de classique electro pour orchestre chinois

Music for roaches, birds and other creatures – Nelson Hiu ; extraordinaire cd d’un des musiciens les plus attachants de cette scène, légères tonalités de flute improvisée, field recordings subtils. Un objet inclassable, beau et fragile.
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nontacky – Torturing nurse ;  archétype du groupe noise chinois, « extrêmement extrême », violent et surprenant. Originaires de Shanghai, déjà responsable d’un respectable discographie,  ils ont sorti ce disque en Belgique, sur le label Ultra Eczema. ——————————————-
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Et enfin, entre temps, ce mois d’août voit la sortie chez subrosa d’un coffret de 4cds, intitulé « An anthology of chinese experimental music » couvrant la période 1992-2008. Le coffret a été organisé par Dickson Dee et est préfacé par Zbigniew Karkowski et Yan Jun.

3 Réponses to “I know Yan Jun – expérimentation en Chine”

  1. Bonjour,
    Concernant la scène chinoise, il y a ce blog bien intéressant : http://globalnoiseonline.wordpress.com/about/
    Pour l’historique, on peut aussi consulter http://emfinstitute.emf.org/articles/gluck.china_06.html. Bob Gluck s’est assez bien documenté sur la chose, toutefois, il y a quelques sujets à controverse (voir les discussions sur http://globalnoiseonline.wordpress.com/)
    Pour ma part, j’ai commencé à réaliser sur une page de mon label une base de donnée concernant l’Afrique et l’Asie (musiques électroacoustiques, noise, expérimentales, électroniques, etc.), il reste encore pas mal de boulot à faire, mais je mets à jour régulièrement (plus de 600 références pour l’instant). http://www.3point5.be/syrphe/african&asian_database.htm
    Je travaille également à l’écriture d’un livre parlant de ces musiques en Afrique et Asie de 1944 à nos jours, toute info est la bienvenue !

    • noreille Says:

      excellente nouvelle! je suis impatient de lire ce livre ..

      il faut aussi effectivement signaler l’anthologie « Beyond ignorance and borders. An African, Middle-Eastern, Asian noise and electronic compilation.  » parue sur le label syrphe, qui déborde bien sur un peu le présent propos, mais présente également quelques-un des artistes mentionnés ci-dessus (astronoise, li chi sung et .. yan jun)

  2. Antoine Says:

    Ce coffret représente les coulisses de la Chine en expansion..Et tellement de nostalgie…

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