A World Of Her Own: Florence Foster Jenkins

« People may say I can’t sing, but no one can ever say I didn’t sing. »

« On peux dire que je ne savais pas chanter, mais personne ne pourra dire que je ne l’ai pas fait ». Cette citation attribuée à la plus étrange des cantatrices, est comme le reste de sa vie, sujette à caution. Beaucoup de légendes entourent en effet la vie trépidante et la carrière étonnante de Florence Foster Jenkins. Celle qui fut ce que d’aucun appelle la Castafiore originale est aujourd’hui encore un mystère pour les amateurs de musique. Dépourvue de rythme, de justesse, ou de quelque capacité vocale que ce soit, elle a pendant une trentaine d’années, mené une carrière de soprano, enregistré une demi-douzaine de disques et terminé son irrésistible ascension par un concert au Carnegie Hall, où elle fit salle comble. Où se trouve la chute de l’histoire ? Sa carrière est elle le résultat d’un canular, d’une énorme plaisanterie faite à Jenkins par son entourage ? Est-elle à l’origine de cette mystification ? Qui a mené l’autre en bateau ? Donald Collup tente avec ce magnifique reportage de percer une des énigmes de l’histoire de la musique, et de cerner par delà le culte qu’elle a inspiré, la personnalité de Florence Foster Jenkins.

Née Nascina Florence Foster, en 1868, Florence est un enfant prodige. Elle consacre son enfance à la musique, elle étudie le piano, elle est brillante. Ce serait une enfant comblée si son père ne voyait d’un aussi mauvais œil l’idée d’en faire une carrière et ne refusait obstinément de la laisser poursuivre ses études de musique à l’étranger. C’est pourquoi un beau jour elle décide de fuir sa famille pour épouser, contre l’avis de son père, un médecin, un certain Frank Thornton Jenkins, qu’elle finira rapidement par quitter, non sans qu’il ait eu le temps de lui refiler la syphilis, qu’elle devra traiter au mercure pendant le reste de sa vie. Elle vivra un temps dans la pauvreté à Philadelphie, avant de monter à New-York. A la mort de son père, elle reçoit une pension à vie, mais ne pourra toucher à l’entreprise, une précaution destinée à éviter à la fortune de la famille de finir entre les mains d’un autre Jenkins. Elle débute à cette époque une nouvelle carrière, et devient directrice musicale pour plusieurs cercles mondains, plusieurs ladies’club, ainsi que pour le Plaza Hotel, pour lesquels elle monte des opéras comme Carmen, Rigoletto ou Faust. En privé, et en secret, elle passe du piano au chant et suit des leçons pendant des années. C’est à la même époque qu’elle rencontrera son grand amour,  St.Clair Bayfield, mais ne pourra l’épouser, n’ayant jamais divorcé de Jenkins.

Elle entame alors une vie mondaine, une vie de clubbing telle qu’on l’envisageait au XIXème, participant activement à la vie sociale et culturelle new-yorkaise, devenant membre de plusieurs dizaines de Clubs et d’associations culturelles ou caritatives, avant de fonder son propre salon, le Verdi Club, au sein duquel elle produira des spectacles, et invitera des célébrités musicales comme Enrico Caruso ou Marion Talley. Elle organise des fêtes et des galas très courus et généralement très réussis, elle y met en scène des tableaux vivants, auxquels elle participe bien sûr, se réservant le clou du spectacle dans des interprétations de la Du Barry ou de Brunehilde. Elle se lance à fond dans le rôle de la mondaine fantasque et extravagante, rassemblant dans son appartement, entre autres excentricités, une magnifique collection de chaises célèbres, sur lesquelles sont morts des personnages historiques. Elle cultive également quelques superstitions ou particularismes, comme une peur panique des objets pointus, et une obsession du secret qui la pousse à conserver le mystère autour de l’identité de ses professeurs de chant, de ses costumiers et maquilleurs, ainsi qu’autour de son age et de son mariage). Il semblerait que son professeur, elle aussi, tenait beaucoup à garder secrètes les leçons qu’elle dispensait à l’excentrique mondaine. Néanmoins, malgré les doutes de son prof, elle va débuter une série ininterrompue de performances, de galas et de récitals.

Ce n’est qu’en 1912 qu’elle fait le grand saut, et organise ses premiers récitals, se produisant, à la demande générale de ses amis dans les endroits les plus cotés de New-York, comme le Ritz-Carlton. Elle y apparaîtra, sur invitation uniquement, pour un parterre trié sur le volet, choisi parmi ses proches et familiers, et y assassinera régulièrement Mozart, Verdi et Strauss. Son accompagnateur attitré, Cosme Mc Moon, composera également quelques pièces à son intention ; elle-même s’écrira des chansons comme « like a bird ».

La compagnie de disque Melotone, pour des raisons encore difficiles à comprendre aujourd’hui, lui proposera d’enregistrer plusieurs 78tours,  reprenant les plus grands airs de ses récitals. Précédés par la rumeur, les disques sont de grands succès commerciaux. Ce succès, ainsi que celui de ses galas annuels et de ses concerts, confortera Florence Foster Jenkins dans sa conviction d’être une artiste accomplie, une chanteuse exceptionnelle, jalousée par ses concurrentes. Ce sont ces concurrentes irritées qu’elle tient d’ailleurs pour responsables des gloussements et fous rires réprimés qu’on entend quelquefois lors de ses apparitions publiques. Elle se laissa peu à peu convaincre par ses amis et céda, organisa le 25 Octobre 1944, ce qui devait être le climax de sa carrière:  un concert au Carnegie Hall. Ce fut une soirée fabuleuse, à tous les égards, attirant une foule inattendue, malgré le prix prohibitif des tickets pour l’époque. Selon les témoins du concert, néanmoins, le public n’était pas forcément prévenu de ce à quoi il allait assister, et dès les premières (fausses) notes, la salle fut prise de convulsions nerveuses. La seule échappatoire fut d’applaudir à tout rompre et d’acclamer le plus fort possible pour couvrir les rires. La stupéfaction du public  fit de l’événement fut un moment étrange, douloureux et magique, et le concert fini par trois rappels et des ovations hystériques.

Quelques jours après le concert, Florence mourrait d’un arrêt cardiaque, sans doute, toujours selon la légende, en lisant les critiques du gala dans les journaux. Donald Collup parvient à conserver à son reportage un ton neutre et aimable, évitant de charger inutilement l’étrange personnage, et laissant ouverte la question inévitable: Comment, ou pourquoi, Florence Foster Jenkins a-t’elle réussi cette carrière déconcertante, soutenue seulement par la moquerie de ses proches. C’est cette raillerie qui paradoxalement lui accorda, de son vivant, une notoriété improbable et ambiguë, et, pour la postérité, une place de choix dans l’histoire de la musique.

– dvd: FLORENCE FOSTER JENKINS -­ A WORLD OF HER OWN – version anglaise (non-sous-titrée) : TB3293

– deux cds sont encore disponibles:

– The Glory of Human voice – GD1930

– TheMuse Surmounted – Foster Jenkins & 11 Of Her Rivals – GD1931

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