Le Dossier 51

Un film à ajouter à notre section française du film de complot:

Le Dossier 51 est un roman d’espionnage de Gilles Perrault, publié en 1969, et adapté au cinéma en 1978 par Michel Deville. On y voit une organisation secrète, non précisée, tenter de placer sous sa coupe un diplomate français récemment engagé auprès d’une organisation internationale. Elle va le mettre sous surveillance et tenter d’établir de lui un profil complet, à la recherche d’une faille pouvant servir de « levier », au cas où.


L’originalité du film comme du roman est de se présenter comme un dossier, ne rassemblant que des notes, mémos, compte-rendus de filatures ou d’écoute, jouant sur les variations de mises en pages et typographies, dans le cas du livre, et sur un survol très complet, dans le cas du film, de supports visuels. On y croise donc une foultitude de caméras de surveillance, de caméra cachées, de photos au téléobjectif, etc, tout un panel d’images possibles, y compris une scène « aveugle » où seul un micro caché permet de suivre l’action. Nous sommes en 1978 et ce genre de variations stylistiques, de jeu sur le support, est encore rare, et surtout peu courant dans le cinéma français. On n’avait pas encore alors pris l’habitude de passer du 35mm à une image vidéo, puis au grain d’une webcam, ou d’une caméra de surveillance. On avait également rarement autant recours à la caméra subjective, qui force à des astuces pour que certains personnages, invisibles parce que représentés par l’objectif de la caméra, apparaissent toutefois à l’écran, ne serait-ce que furtivement. Michel Deville s’en donne ici à cœur–joie, multipliant les approches, les trouvailles, les variantes, les styles. Quelquefois formel par plaisir, souvent ludique, le film tourne autour de ses personnages; ils sont abordés de loin, entendus au détour d’un couloir, observés à la jumelle, aperçus dans un miroir, jamais accostés de front. Certains ne sont jamais vus, et sont seulement entendus.


Comme souvent dans les conspirations de ce type, la technologie joue un grand rôle. Elle est présente durant tout le film, véritable défilé d’écrans, de moniteurs, de banques de données, d’ordinateurs en tous genres. Elle ajoute à la surveillance la froideur et l’anonymat de l’espionnage moderne. Elle se livre à la dissection de la vie du diplomate avec le côté clinique et impassible des machines. Et une fois de plus démontre l’inutilité, plus que le danger, de ces pratiques de surveillance, inondant l’équipe d’un excès d’informations superflues et parasites. L’organisation aura alors recours à la psychanalyse pour percer la personnalité et les désirs du diplomate. Elle profilera celui-ci à la grosse louche dans un premier temps, pour finir par pointer avec précision les faiblesses de l’homme. C’est alors que celui-ci se révèlera réellement humain, découvrant en lui-même des failles qu’il ignorait.


Sans en raconter plus, et sans révéler plus de l’intrigue du film, il faut avant tout le raccrocher à notre dossier « complot » et déceler les éléments paranoïaques qui s’y trouve. Comme dans les conspirations classiques, telles qu’on les trouve dans les film d’Alan J.Pakula, par exemple, le complot est du côté de l’état. L’organisation, quoique anonyme et jamais explicitée, a toutes les caractéristiques d’un appareil d’état. Elle est montrée assez caricaturalement comme une administration avec ses défauts typiques, sa lourdeur bureaucratique, ses rivalités entre services, sa hiérarchie rigide. Les services secrets, loin du glamour des James Bond, sont une extension de la fonction publique telle qu’on la conçoit dans la France des années septante. Une certaine confusion y règne quand à la finalité réelle du travail accompli.


On comprend rapidement qu’une lutte de pouvoir est en cours, entre les différents secteurs de l’organisation, mais aussi entre celle-ci et l’appareil d’état « normal », représenté par le diplomate. Une lutte entre les structures démocratiquement élues et les structures occultes de l’organisation secrète. Une lutte dont l’objet est le controle. Le contrôle d’un individu, tout d’abord, à asservir aux vues de l’organisation, et à travers lui, un contrôle sur le reste de la société. L’ombre du « Grand Complot » plane derrière la simple opération, que l’on présente pourtant comme routinière de ce  service secret. Le nouveau diplomate est ciblé comme l’étaient ses prédécesseurs, et comme le sera le suivant, ainsi que le montre les nouvelles instructions données par l’ordinateur à l’équipe, à la fin du film. Conspiration éternelle, maitrise occulte du monde, le processus est en cours depuis presque toujours et se perpétuera jusqu’à la fin des temps. Mais ça, c’est sans doute de la paranoïa.


Une Réponse to “Le Dossier 51”

  1. en 1069 quel visionnaire ce perralt…

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