Jon Mueller : metals

Le monde enchanté du Heavy Metal est une fascination persistante auprès de nombreux musiciens expérimentaux. Du respect pour l’extrémisme du Death Metal ou du Black Metal qu’on retrouve chez Jazzkammer/Jazkamer ou Kevin Drumm, au buzz entourant Sunnn o))) ou Boris, le sujet est récurrent et les citations trop nombreuses à énumérer. Jon Mueller est percussionniste et batteur au sein de groupes comme les excellents Collection of Colonies of Bees, au coté de ses camarades Chris Rosenau et Jim Schoenecker. Il collabore également depuis plusieurs années avec Asmus Tietchens et Jeph Jerman. Bien que le genre soit assez éloigné de sa propre musique, il possède lui-aussi un passé d’amateur de « hard ». D’où l’idée de proposer lui-aussi, avec cet album « metals », sa vision du Heavy Metal, encore une fois dans ses options les plus dures, balayant un spectre allant de la lourdeur du Doom à la batterie à double pédale hyperkinétique du Speed-Métal. Assez typiquement, dans tous ces genres, les tempos sont métronomiques, secs, et quasi inhumains, le jeu est anti-mélodique et anti-groovy au possible, et l’intensité spectaculaire. Mueller conserve toutes ces caractéristiques et leur applique son propre traitement, étirant les sons, filtrant les éléments les plus outrés, poussant le volume des prises de son, martyrisant les cymbales jusqu’à en tirer des déchirements métalliques, orchestrant chaque élément percussif en une symphonie industrielle aussi éloignée du solo de batterie redouté que Carpathian Forest ne l’est d’Europe. S’il est clairement question ici de détournement, ou de recentrage, d’un genre, le Métal, vers un autre, plus flou, l’improvisation ou l’expérimentation, c’est sans pour autant sacrifier les éléments essentiels du premier. L’intensité, l’énergie qui sont centrales au Métal sont conservée intactes, métamorphosées en une forme de violence tranquille comme celle que peut produire un Merzbow, par exemple. Une violence sublimée en énergie pure qui construit un pont inattendu entre deux scènes pourtant à priori fort éloignées.

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