Lionel MARCHETTI : « Noord Five Atlantica »

Lionel MARCHETTI : « Noord Five Atlantica »
(Cesare, 2006)
XM159L

Olivier Capparos, collaborateur poétique de Lionel Marchetti, décrit ce disque, entre autres, comme «une chanson qui raconte comment s’est débattu un marin aux prises avec les mers du Sud et leurs courants froids». Élaboré autour d’une palette maritime, cet album de Lionel Marchetti, et c’est un cliché de le dire, est en effet un film sonore. Mais si le principe du cinéma pour l’oreille est aujourd’hui acquis, que cela ne nous empêche pas de poursuivre l’analyse. Car il y a film et film, ce disque n’est ni un western ni un drame psychologique. Il serait plutôt à ranger quelque part entre Tati et Tarkovski, dans une tradition du grand angle, de la vision d’ensemble, du panoramique que de rares humains traversent, leur dialogue à peine audible, ou étouffé sous le reste de la bande-son, comme l’aurait fait un Godard. Les acteurs (le marin saoul, la voix, les goélands…), voix jouées ou trouvées (divers hasards radiophoniques), entrent et sortent du champ, à tour de rôle, et passent de cour à jardin en récitant, discrètement, comme pour eux seuls, un texte dont ils vont sporadiquement parsemer l’action. L’action, comme souvent en mer, c’est l’attente, mais l’attente avec une certaine tension, une certitude que dès le moindre relâchement d’attention, le drame qui couve fera surface. L’horizon est calme, malgré les cris d’oiseaux, mais la tension gronde, en sourdine, de «mille vents et mille tremblements de la mer». De rares soulèvements sonores viennent de temps à autre faire quelques vagues et rappeler acteurs comme auditeurs à la vigilance et à la concentration. Marchetti raconte cette histoire de marin(s) avec une belle économie, peu d’effets démonstratifs et une certaine confiance dans son matériel sonore. Les prises de son concrètes sont imparables, diffuses et dépourvues de ce pittoresque facile qui ruine beaucoup de tentatives de narration. La part musicale (c’est-à-dire instrumentale, car tout dans cette histoire est musical) s’immisce dans la trame sonore comme un élément naturel de plus, le souffle et le frottement des instruments répondant au souffle du vent et au frottement des oiseaux dans l’air, un simple surcroît de réalité. Comme au cinéma, c’est ce qu’on ne voit pas, ce qui se passe hors champ, qui a la plus grande force dramatique. Marchetti parvient ici à trouver un équivalent sonore à cette tension dramatique, et invente une musique concrète de la suggestion.
(BD)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :