Barr Barr (c’est lui qui a commencé)

Barr : Summary

Summary, second album de Barr, prend, dès la plage d’ouverture, la forme d’une confession, excessivement personnelle, presque dérangeante, de Brendan Fowler, la voix de Barr. Pendant neuf plages excessivement émotionnelles où il se dévoile comme sur le divan d’une thérapie, il nous ouvre une fenêtre sur son cerveau et sur son fonctionnement. Si cet album est bien plus musical que son prédécesseur, c’est ici toujours le flot de parole qui mène le jeu, peu de moments de silence sur ce disque, mais au contraire une logorrhée permanente, incessante, une voix, un discours, de la première note de chaque chanson à la dernière. Car si cette description pourrait sonner comme un disque de spoken word, évoquant des images de stand-up comedian, quelque part entre Bill Hicks et Henri Rollins, il est pourtant question ici de chansons.

Des chansons sans refrain, mais avec des répétitions, des leitmotivs qui rythment le texte et en font un objet dynamique, vivant. Plus que d’une lecture de texte, c’est d’une mise en scène qu’il s’agit. Fowler joue avec la langue comme le ferait un acteur, il ajoute/garde dans sa diction tout ce qu’un chanteur en ôterait, les hésitations, les ralentissements, les borborygmes, l’exaspération tonitruante où l’on renonce, devant l’absurde, à terminer ses propres phrases, les finissant plutôt par un aaaaargh de désespoir. La langue est définitivement parlée, parfois mélodieusement, mais toujours un peu à coté, vers le réalisme, loin de la chanson. Elle trébuche, se répète, saute du coq à l’âne, change de perspective, de narrateur, d’humeur aussi beaucoup. L’album raconte une période de cinq mois, dans le désordre, passant par toutes les phases du spectre émotionnel : la gaieté, la joie, le désespoir, l’échec, la colère… Présenté comme « a document of the body as a record », un document sur le corps en tant que mémoire des émotions, des changements capricieux d’état d’esprit, sur la manière dont cet esprit parvient ou ne parvient pas à organiser ce qui lui arrive.

Sans qu’on puisse à proprement parler de mise en abyme, cet album n’a qu’un sujet: lui-même. Fowler/Barr parle de sa vie, de sa musique et surtout de cet album “summary” et de sa création ( “I’ll talk about every inch of this thing, this record/ Every square fucking inch/ I’ll fully talk this thing into the ground.”) Il décrit en détails sa vie quotidienne, l’enregistrement du disque, ses tournées avec Upset the Rythm («I got sooo sick ! / We cancelled two shows/Northampton and Glasgow/ I’m so sorry if you cared »), et surtout explique la genèse de ses morceaux, de ses textes, s’excusant au passage auprès des amis à qui il a emprunté une phrase, une mélodie. Racontant les origines du disque, justifiant ses mots, sa voix, s’excusant encore, confessant parfois, mais aussi défendant violemment ses points de vue et ses choix musicaux. Comme les face-caméra les plus névrotiques d’un Woody Allen, Fowler nous parle autant qu’il parle à lui-même, ou plutôt nous prend à témoin de son propre discours, de son propre stream-of-consciousness. Nous passons par tous les détours que peut prendre un cerveau pour contourner sa propre logique, pour sortir de l’impasse, de l’émotion à la prise de décision à l’action (« You change, you shift plans, plots, focus ».) Nous passons d’un personnage à l’autre, parfois Brendan Fowler lui-même, parfois pas. Le monologue est toujours intensément personnel, parfois gênant, comme une confidence recueillie après une soirée trop arrosée, où l’on n’est pas sûr de savoir si on devait vraiment apprendre ça, si on voulait vraiment apprendre ça.

Les premières armes de Brendan Fowler se sont faites dans le circuit de la performance, il s’est produit à travers le monde dans le milieu des galeries d’art, des musées, avant de se produire sur scène, avec son projet Barr, en tournée avec Tracy & the Plastics, The Quails, This Song Is A Mess But So Am I, Xiu Xiu et The Evens, ainsi qu’avec ses anciens amis du collège, les Animal Collective. On imagine aisément l’intensité que peuvent prendre ces histoires, live, avec la présence physique supplémentaire du performer, passant du chuchotement, de la mesure, à la libération expressionniste (« catharsis is real/ catharsis is real ! »). « Summary » est par conséquent, l’antithèse d’une musique de fond. Ce disque veut qu’on l’écoute vraiment, il vous prend par la manche et réclame l’attention, beaucoup d’attention. Comme une conversation avec un inconnu dans un bistrot, il ne tient qu’à vous de savoir si vous avez le temps et la patience de vous rendre disponible. Mais prenez la peine d’écouter ses histoires, vous vous en ferez peut-être un ami.

(bd)

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