Living is hard

Publié dans chronique, musique traditionnelle avec des tags, , , , , le juin 5, 2008 par noreille

Living Is Hard
West African Music In Britain, 1927-1929
HONEST JON’S RECORDS

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Honest Jon’s Records est, faut-il le rappeler, le label qui nous avait déjà donné la magnifique série “London Is The Place For Me” consacrée à la calypso, au kwela, au highlife et au bebop enregistrés par la communauté noire de Londres dans les années 50. Avec cette nouvelle série, le label remonte cette fois un peu plus loin dans le temps, pour déterrer des enregistrements réalisés à Londres toujours, mais cette fois dans les années 20. Réalisés par le label Zonophone à partir de 1927, ces 78 tours étaient consacrés à la musique de l’Afrique de l’Ouest, et des colonies anglaises qui s’y trouvaient alors. Destinés à l’origine au marché Ouest-Africain, et chantés dans toutes les langues de la région: Wolof, Temni, Yoruba, Vai, Fanti, Hausa, Ga et Twi, ces disques étaient généralement réalisés en faisant faire aux artistes le voyage du Ghana ou du Nigéria jusqu’aux studios de Londres, mais aussi dans certains cas en se basant sur une petite communauté naissante de musiciens noirs, immigrés en Angleterre au début du siècle passé. Accompagnant l’immigration africaine en Grande-Bretagne, et sa douloureuse histoire ponctuée d’exploitation, de violence raciste et d’exclusion, ces musiciens ont ainsi réalisé pour Zonophone des centaines de disques, qui furent ensuite exportés en Afrique.

Malgré l’origine coloniale de ces enregistrements, ces disques sont pour la plupart dépourvus de toute trace de fusion, de “blanchissement”. Il n’y a ici aucune volonté d’inclure le public blanc, aucune recherche de popularité auprès du public de Grande-Bretagne, on dirait aujourd’hui aucun compromis. Entièrement tournés vers l’Afrique et s’adressant quasi exclusivement aux communautés traditionnelles de leurs pays d’origine, les musiciens édités par le label ne vont pas chercher le highlife, l’accommodement, le moyen terme. S’il existait un (petit) public à cette époque pour la musique des communautés noires, c’était pour celles des autres continents, la musique des anciens esclaves noirs des Etats-Unis et des Caraïbes. Ce n’était pas encore le blues, mais bien le ragtime ou la musique des Minstrels Shows, qui plaisaient alors. Mais même si l’on entend parfois quelques traces de musique des Caraïbes, ou l’intervention d’une guitare ici ou là, cette anthologie nous montre bien l’exact opposé de ces spectacles. Les musiques sont ici résolument traditionnelles, résolument afro-africaine, sans mélange. Elle sont enracinées dans les musiques folkloriques et les musiques de trance d’Afrique de l’Ouest.

A l’époque où naissait le concept, encore très “ethnologique” et documentaliste de field recording, d’enregistrement de terrain, et où ses concurrents établissaient des studios locaux, sur place, en Afrique ou ailleurs, le cas du label Zonophone est assez étonnant. Il aura toutefois permis à de nombreux musiciens le “passage vers l’Europe”. Bien d’entre eux resteront à Londres et rejoindront une communauté  de plus en plus grande de musiciens noirs africains, qui sera, comme la communauté jamaïcaine qui la rejoindra quelques années plus tard, d’une grande importance pour le futur dévelopement de la musique anglaise.

Victrola Favorites

Publié dans chronique, musique traditionnelle, pop culture avec des tags, , , , , le mai 26, 2008 par noreille

Le label Dust to digital, qui nous avait déjà donné l’excellente compilation “Black Mirror“, frappe à nouveau un grand coup avec ce magnifique objet qu’est “Victrola Favorites“. Compilé par Rob Millis et Jeffery Taylor de Climax Golden Twins, la chose est un double cd, rempli de repiquage de 78 tours édités entre les années vingt et les années cinquante. Comme “Black Mirror”, le choix est éclectique, d’antiques rebetiko, du bluegrass, de la musique indienne, japonaise, africaine, du blues, des field recordings de par le monde… Un choix souvent étonant, toujours pertinent, des raretés, des bizarreries…Mais cela ne s’arrête pas là, ces deux cds arrivent emballés dans une petite merveille de livret: 144 pages de reproductions de pochettes de disques, de labels de phonographe, de vignettes, d’étiquettes, etc.. qui enthousiasmerons tout amateur de belles choses.

Victrola Favorites était à l’origine une série de cassettes, éditée par Climax Golden Twins, qui la présentaient ainsi: “In selecting the Delightful Compositions for your listening Enjoyment, particular emphasis is placed upon presenting Audio Artifacts from non-Western nations and cultures, as well those which are Plain Odd and Amusing™.”

Daniel Menche - Glass Forest

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , le mai 20, 2008 par noreille

Comme un tremblement de terre de trois fois vingt minutes, qui ferait tressauter les verres sur les tables, vibrer les murs et osciller dangereusement les chandeliers de cristal. Partant d’une impulsion souterraine, d’une vibration sourde, Daniel Menche met en mouvement des douzaines de micro-événements qui entrent et sortent de notre champ de perception. La première secousse est unique, mais ses répercussions sont infinies, d’une première convulsion naîtront une multitudes de spasmes. Tout en soubresauts et en trépidations, cet album est à pourtant à placer dans la même veine que les autres albums de Menche. Sa force est de construire une musique de drone à partir de son opposé. C’est ici le mouvement, l’agitation et la vitesse qui construisent l’aspect statique, enveloppant, de la musique et qui permet l’impression d’immersion. On y ressent le même envoûtement que lorsque le son, dans un train, se fait bercement malgré la vitesse du déplacement. Daniel Menche publie avec ce disque son dernier cd, il parle de ne plus sortir dorénavant que des vinyle ou des dvds. (bd)

Du bon usage des CCTV

Publié dans cinema, paranoia avec des tags, , , le mai 16, 2008 par noreille

Il y a quelques posts (à propos du film The Anderson Tapes), je parlais de l’omniprésence des caméras de surveillance, dans le film, d’une part, assez prémonitoire, et dans la “vraie vie”, d’autre part. Je parlais principalement de l’inutilité et de l’inefficacité de ces engins… Selon la BBC, il y aurait jusqu’à 4,2 millions de caméras de surveillance installées sur le territoire britannique. Le guardian vient de publier un article exposant le déplorable manque de résultats du système ( 3% des affaires résolues le sont avec l’aide des caméras, malgré l’investissement de milliards de livres dans le réseau .) Selon l’inspecteur de police Mike Neville, responsable du Bureau des images, identifications et détections visuelles (Viido) de la police de Londres, l’utilisation de cette technologie est jusqu’ici un « véritable fiasco ».

lien vers l’article (en anglais) (via Claris)

C’est par contre devenu un gimmick indispensable de tout thriller, film policier, ou reportage un peu réaliste. Du générique de la série The Wire, au récent docudrama A Very British Gangster, en passant par le film The Bourne Ultimatum , l’usage artistique dépasse semble-t’il de loin l’usage judiciaire. Un usage qu’à mis récemment à profit le groupe de Manchester “The Get Out Clause”, qui, ne pouvant se payer le tournage d’une vidéo, s’est offert le concours d’une série de cameras CCTV. Ils ont “tourné” leur clip devant ces caméras et ont ensuite, comme leur permet la loi britannique, réclamé les bandes, qu’ils n’ont plus eu qu’à mettre bout à bout. Sans doute ont-ils pris au mot leurs collègues de Hard-Fi et leur Stars of CCTV

un autre Lien (via Boing Boing)

La CCTV est également un point central du film Fear X, de Nicolas Winding Refn, sorti en 2003 et bizarrement traduit (?) par “Inside Job”. John Turturro y joue le rôle d’Harry Cain, agent de sécurité, hanté par le souvenir de sa femme, brutalement assassinée dans le parking du centre commercial où il travaille. Tandis que l’enquête piétine, Harry décide de résoudre lui-même le mystère qui entoure sa mort, en collectant les enregistrements des caméras de surveillance…

Retour à la conspiration (première partie)

Publié dans cinema, complot, paranoia avec des tags, , , , , , le mai 13, 2008 par noreille

Trois films à ajouter au dossier “complot” : « Missing », de Costa-gavras, « The Parallax View », de A.J. Pakula et « The Package » d’Andrew Davis.

Le film Missing de Constantin Costa-gavras, tourné en 1982, nous apporte quelques données complémentaires dans le dossier du film de complot. S’il est réalisé quelques temps après l’age d’or du genre, les années 60 et 70, il n’en apporte pas moins plusieurs éléments d’importance. S’il remplace les caractéristiques paranoïaques des films précédents, et leur complot flou, indéterminé, par un film politique basé sur une histoire réelle, il conserve toutefois les principaux éléments du film de complot : l’enquête que lance le personnage de Jack Lemmon sur la disparition de son fils va être contrecarrée à chaque instant par les mensonges des officiels qu’il rencontre. La tension et la peur vont augmenter au fil du film, au fur et à mesure de la découverte de l’étendue du complot, c’est à dire de l’implication des Etats-Unis dans ce coup d’état en un pays d’Amérique Latine (un Chili de Pinochet à peine déguisé). L’essentiel du film s’est déroulé avant le début de cette enquête, et le spectateur a déjà été témoin de la majeure partie des événements qui ont précédé la disparition du jeune homme. Il est déjà convaincu de l’existence d’une forme de complot. C’est donc à travers le personnage de Jack Lemmon que cette découverte doit se re-produire, et se révéler.

(lire la suite)

Jon Mueller : metals

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , , le mai 6, 2008 par noreille

Le monde enchanté du Heavy Metal est une fascination persistante auprès de nombreux musiciens expérimentaux. Du respect pour l’extrémisme du Death Metal ou du Black Metal qu’on retrouve chez Jazzkammer/Jazkamer ou Kevin Drumm, au buzz entourant Sunnn o))) ou Boris, le sujet est récurrent et les citations trop nombreuses à énumérer. Jon Mueller est percussionniste et batteur au sein de groupes comme les excellents Collection of Colonies of Bees, au coté de ses camarades Chris Rosenau et Jim Schoenecker. Il collabore également depuis plusieurs années avec Asmus Tietchens et Jeph Jerman. Bien que le genre soit assez éloigné de sa propre musique, il possède lui-aussi un passé d’amateur de « hard ». D’où l’idée de proposer lui-aussi, avec cet album « metals », sa vision du Heavy Metal, encore une fois dans ses options les plus dures, balayant un spectre allant de la lourdeur du Doom à la batterie à double pédale hyperkinétique du Speed-Métal. Assez typiquement, dans tous ces genres, les tempos sont métronomiques, secs, et quasi inhumains, le jeu est anti-mélodique et anti-groovy au possible, et l’intensité spectaculaire. Mueller conserve toutes ces caractéristiques et leur applique son propre traitement, étirant les sons, filtrant les éléments les plus outrés, poussant le volume des prises de son, martyrisant les cymbales jusqu’à en tirer des déchirements métalliques, orchestrant chaque élément percussif en une symphonie industrielle aussi éloignée du solo de batterie redouté que Carpathian Forest ne l’est d’Europe. S’il est clairement question ici de détournement, ou de recentrage, d’un genre, le Métal, vers un autre, plus flou, l’improvisation ou l’expérimentation, c’est sans pour autant sacrifier les éléments essentiels du premier. L’intensité, l’énergie qui sont centrales au Métal sont conservée intactes, métamorphosées en une forme de violence tranquille comme celle que peut produire un Merzbow, par exemple. Une violence sublimée en énergie pure qui construit un pont inattendu entre deux scènes pourtant à priori fort éloignées.

‘We’re just trying to find the greatest next three minutes of your life’

Publié dans Uncategorized le avril 29, 2008 par noreille

… est le titre d’un article du Guardian consacré au “phénomène” des Mp3-blogs.

“It has been five years since MP3 blogs - also known as audioblogs - first started appearing on the web. In 2003, a few thoughtful music bloggers decided it would be a good idea to complement discussions of songs on their sites with the songs themselves, which readers could download in MP3 format and listen to straight away. Don’t just take our word for it, was the attitude - take the music too.”

nous disent-ils

Link ( via mudd up )

Mon animal est possible

Publié dans chronique, experimental avec des tags, , le avril 29, 2008 par noreille

(enfin un post sur le son, et la musique, après cette conspiration cinématographique)

Un oublié dans mon précédent poste sur le travail de la voix, suscité par l’album “Il Fiore della Bocca d’Alessandro Bosetti.

Alexandre St-Onge, musicien canadien, actif depuis des années dans des domaines musicaux divers: l’électronique, principalement, en solo ou comme membre de Shalabi Effect (en trio avec David Kristian et Sam Shalabi), l’improvisation avec son projet Klaxon Gueule, et une forme de néo-Krautrock avec son projet Et Sans. Si ses débuts le plaçait alternativement du côté du bruitisme, ou du silence, Il s’est lancé depuis quelques temps dans une série de disques consacrés aux monstres. La thématique est large et va selon ses propres termes, de son désir de communiquer avec des monstres (son projet suivant est dédié à Joseph Carey Merrick, l’”Elephant Man” original), et d’un désir d’exorciser sa propre monstruosité. D’où le titre de cet album: “Mon animal est possible”.

Étonnement, ces exploration de la monstruosité se traduit par un album de chansons, huit en tout, qui sont parmi les choses les plus douces et les plus mélodiques que St-Onge ait composé jusqu’ici. Interprétées par sa compagne (Fanny) et lui-même, ces chansons ont attiré des comparaisons en tous sens, avec Scott Walker ou Robert Wyatt, voire avec l’étrange album “L’enfant assassin des mouches” de Jean Claude Vannier. Les voix y sont spectrales, fuyantes, doublées comme par une ombre sonore, le monstre derrière chacun. Selon St-Onge, “la monstruosité signifie la possibilité d’une relation avec l’insaisissable, elle est l’avènement d’un tout autre sens qui jamais ne pourra être confondu avec la signification. À travers cette suite de chansons “pop” électroniques pour voix, basse électrique et ordinateur j’essaie de faire passer à travers ma voix celle de Joseph Carey Merrick. Il s’agit d’un rituel de possession de/par l’autre, semblable à une planchette Ouija, où mon corps/ma bouche est devenu ce célèbre moyen de communiquer avec les esprits.” (Alexandre St-Onge sur le site du label oral)

On trouve quelques extraits de ce disque sur le site du label Alien8